Le 7 novembre dernier s’est ouverte à Marrakech la 22e Conférence des parties (COP22) sur les changements climatiques. Un an après l’accord de Paris, de nombreuses questions restent en suspens. Une chose est sûre toutefois : l’accord obtenu le 12 décembre 2015, en dépit de ses faiblesses, fournit un cadre, des références et une rampe de lancement pour construire l’avenir.

« Tomorrow is today »… L’avertissement de Martin Luther King est particulièrement vrai dans le cas du changement climatique. Si l’on veut parvenir à maîtriser nos émissions de gaz à effet de serre et ainsi limiter la hausse de la température moyenne de la terre à +1,5/2 °C, il y a urgence à mener une action collectivement organisée. C’est bien la conscience de cette urgence qui, de façon inédite, a animé les négociateurs de la Conférence de Paris sur le climat et anime plus que jamais les Nations unies à l’heure de la COP22.

 

Initiatives pour une révolution

Océans bouleversés, fonte des glaciers sur les toits du monde, désertification : un an après l’accord de Paris, le changement climatique est toujours une réalité et ses manifestations diverses, perceptibles à de nombreux endroits de la planète, continuent d’inspirer de multiples initiatives locales, venues aussi bien de municipalités que de fonds souverains, de fonds de pension et de compagnies d'assurances. Ces initiatives témoignent de l’approche polycentrique et auto-organisée qui, selon Vasconcelos et al. [2013], s’avère la mieux à même d’affronter le dilemme global posé par le climat.

Avec l’accord de Paris, toute mobilisation de cet ordre dispose désormais d’une référence précieuse. Les objectifs qui y sont inscrits sont proprement révolutionnaires et leur réalisation affrontera des antagonismes massifs. Mais dorénavant ils sont légitimés par l’assentiment de toutes les nations représentées.

 

Un accord catalyseur

En elles-mêmes, les déclarations d’intentions nationales annoncées avant ou pendant la Conférence de Paris prévoient des efforts de réduction d’émissions insuffisants et n’ont pas valeur d’engagements juridiquement contraignants. Il est particulièrement regrettable que l’accord ne plaide pas plus vigoureusement pour la mise en œuvre généralisée de prix carbone significatifs. Pour autant, la démarche décentralisée, qui a conduit 189 pays à présenter des plans d’action à l’appui de leurs déclarations, a eu le mérite d’amener un grand nombre d’entre eux à faire pour la première fois des investigations sérieuses. Celles-ci ont permis une prise de conscience : le changement climatique n’est pas seulement le souci et l’affaire des autres, mais pour chacun un risque majeur.

En particulier, la conscience, progressivement partagée entre la Chine et les États-Unis, de la nécessité d’aboutir à un accord significatif à Paris a été entre eux le catalyseur d’un dialogue et d’engagements réciproques d’autant plus appréciables qu’ils font actuellement défaut sur beaucoup de sujets d’intérêt commun aux deux pays. Au cours de la préparation de la Conférence, il est aussi apparu que des instruments existent pour faire face à la menace et que leur dynamique peut être favorable, voire très favorable en ce qui concerne les énergies renouvelables. On sait aussi désormais qu’il y a, en matière de santé publique et d’occupation de l’espace, des bénéfices rapides associés aux actions de réduction des émissions de gaz à effet de serre, bénéfices auxquels les populations sont très sensibles.

L’accord historique de Paris, en somme, offre un cadre et un esprit : c’est une référence et un tremplin, ainsi qu’un instrument de cohérence, pour beaucoup d’initiatives qu’il s’agit désormais de catalyser, en favorisant leur multiplication, leur renforcement et leur convergence. Ces amorces d’évolution sont encore modestes au regard des chantiers qu’elles ouvrent. C’est un peu comme si nous étions dans les années 1770 : à la lecture du Livre III de L’Ancien Régime et la Révolution on mesure le foisonnement de visions et d’actions, dont Alexis de Tocqueville [1856/1985] rend compte, qui en définitive ont convergé pour renverser l’Ancien Régime et fonder un ordre différent.

 

Claude Henry, enseignant à Sciences Po Paris et à l’Université Columbia, président du conseil scientifique de l’Iddri, membre de l'Academia Europea, Fellow de l’Econometric Society et médaille d’argent du CNRS. 

 

 

* Cet article reprend dans ses grandes lignes « L’accord de Paris comme référence, tremplin et instrument de cohérence », publié en juillet-août 2016 dans la Revue d'économie politique 4/2016 (Vol. 126), p. 487-497. 

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