La 9e édition de la semaine de la finance solidaire est lancée. Focus sur les atouts qui pourraient bien faire de la France un modèle à suivre, pour développer cette économie d’avenir.

La City de Londres, reine de la finance ? Pas sur tous les marchés ! L’Hexagone, tout entier, entend bien lui ravir au moins un secteur, celui de la finance solidaire ; d’après une étude de Finansol parue en 2014, au classement des régions comptant le plus d’épargnants solidaires, les Pays de la Loire occupent la 3e place, l’Ile-de-France la 2e et l’ancienne région Rhône Alpes, la 1re. Pour aller plus loin, Finansol a également mesuré la contribution de la finance solidaire au développement économique des territoires français. Ainsi, l’Ile-de-France peut afficher un taux de près de 25%.

La France a assurément des atouts. A commencer par l'épargne salariale.

8,5 Md €

C’est le montant d’encours de l’épargne salariale française, en 2015, versus 549 M€ en 2009

 

La finance solidaire, un véritable marché
On le sait, les ménages français mettent de l'argent de côté (leur taux d'épargne se situe au-dessus de 14%, contre une moyenne européenne de 10%), et les salariés profitent de l'obligation faite aux entreprises d'instituer un Plan d'épargne entreprise (PEE), pour se constituer un bas de laine. Dans ce cadre, les employeurs doivent, depuis le 1er janvier 2009, proposer au moins un fonds solidaire aux salariés. Et ces derniers en redemandent ! Alors qu'en juin 2009, l'épargne salariale solidaire représentait 549 millions d'euros, les montants d'encours atteignaient 8,5 milliards d’euros en 2015. Autant dire que la finance solidaire n'est plus une niche, mais un véritable marché. En parallèle, les créations d'entreprises sociales et solidaires, soutenues par cette épargne, se multiplient. Ces PME opèrent dans des secteurs aussi variés que le recyclage, les énergies renouvelables ou l'innovation en matière de sécurité alimentaire, et font de la réinsertion des personnes éloignées de l'emploi ou des jeunes en difficulté leur mot d'ordre.

 

Des acteurs de poids sur le marché

La France peut se féliciter d’avoir des organismes atypiques comme la Nef, un établissement de crédit constitué en coopérative et spécialisé dans la finance éthique. En 2015, l’établissement a collecté près de 125 millions d’euros d’épargne solidaire. Autres acteurs majeurs, les banques.

« Les banques françaises nous sollicitent de plus en plus », remarque avec satisfaction Nicolas Hazard, fondateur et président du Comptoir de l’Innovation, une structure spécialisée dans ce type d'investissements. Nous avons 50 millions d'euros sous gestion, et dans deux ans, nous devrions atteindre 100 millions »,

détaille-t-il. En parallèle de cette activité propre, le Comptoir gère également des fonds pour d'autres institutions financières, comme la Caisse des Dépôts, qui lui a confié son nouveau fonds à impact social, NovESS, en juin dernier. La CDC s'est associée à BNP Paribas, CNP Assurances et le Crédit Coopératif, ainsi qu'à l’Ircantec (la caisse de retraite complémentaire des salariés de droit public) et la Mutuelle Nationale Territoriale pour lancer ce fonds de 100 millions d'euros.
 

Bientôt des titres à impact social en France

Mais les professionnels de la finance ne s'arrêtent pas aux investissements directs dans des entreprises sociales et solidaires. Ils s'intéressent également à de nouveaux modes de financement d'actions sociales, par le biais de titres à impact social (TIS). Les TIS fonctionnent de la même façon, ou presque, que des obligations classiques. Autrement dit, in fine, les investisseurs sont remboursés de leur capital, et bénéficient d'un taux de rendement défini à l'avance. D’ailleurs, le Comptoir de l'Innovation travaille  actuellement sur une obligation de ce type –une première en France – qui porte sur la réduction du nombre d'enfants placés dans des centres du département du Nord.

Le but est de lever des fonds auprès d'investisseurs privés, pour les verser ensuite à un acteur social à but non-lucratif, qui développera un programme pour aider les familles en difficulté et éviter que leurs enfants soient placés dans des centres publics. Au terme d'une évaluation indépendante, si les résultats attendus sont atteints (un recul du nombre de placements dans des centres, soit une économie pour la collectivité), l'Etat offrira aux investisseurs un pourcentage sur les économies réalisées. La CDC et BNP Paribas sont, depuis l'an dernier, à l’initiative de ce projet pilote. Et c'est le Comptoir qui est chargé du montage.

 

Un « Davos » à Paris

« Les banques, de même que les compagnies d'assurance, comme Aviva France, qui a lancé Aviva Impact Investing France, un fonds d'amorçage pour les entreprises sociales,  en partenariat avec le Comptoir de l’Innovation, sont très intéressées par ces initiatives », souligne Nicolas Hazard. D'ailleurs, pour lui, pas de doute, la France est déjà la place, par excellence, de l'impact investing. Pour mettre en valeur la position clé de la France, il organise depuis cinq ans Impact 2, le « Davos » - comme il le définit - de l'entrepreneuriat social. La conférence réunit quelque 1500 acteurs, français et étrangers, de la nouvelle filière, pour échanger idées et bonnes pratiques. De quoi, également, mettre en avant le savoir-faire français dans ce domaine...

 

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