Pendant longtemps, la France est demeurée une grande nation maritime qui s’ignore. Elle l’est encore à certains égards, si l’on s’en tient aux cartes géographiques qui trônent dans nos classes d’école, et enracinent dans l’imaginaire national un pays aux contours hexagonaux.

En comptant nos territoires d’outre-mer, la France possède pourtant le deuxième espace maritime du monde, derrière celui des États-Unis, avec 11 millions de km2 (et autant de Zones Economiques Exclusives), soit des milliers de km de côtes bordant sept mers et trois océans. Avec 28 frontières terrestres et maritimes, et un plateau continental vingt fois plus grand que notre territoire métropolitain, la France est ainsi « le pays qui compte le plus de voisins au monde » ! Pour un état qui représente moins de 1 % de la population mondiale, cette présence exceptionnelle permet de jouer un rôle géopolitique de premier plan sur la scène internationale.

Or bleu, tous à bord !

Le potentiel de notre domaine maritime est d’autant plus immense qu’il est le premier au monde par sa diversité : la France représente à elle seule 10 % de la biodiversité de la planète et 20 % des récifs coralliens. Ce patrimoine inégalé offre une multitude de perspectives économiques, que ce soit dans le domaine du tourisme, du commerce, de la construction navale civile et militaire, de la pêche et plus largement de l’agroalimentaire, des biotechnologies, des mines (avec de gigantesques ressources minérales sous-marines) ou des énergies renouvelables.

La mer est d’ores et déjà pour notre pays une filière économique importante avec un chiffre d’affaires de 69 milliards d’euros et environ 450 000 emplois directs en 2012 (soit 8 % des emplois directs du secteur dans l’UE). La France présente des entreprises leaders dans la construction de navires de défense, la recherche océanographique ou encore les technologies offshore. Ces atouts placent l’économie maritime française au premier rang européen. Mais, tous les experts le disent, elle a le potentiel pour jouer dans une toute autre cour. Certains voient même la France, à l’horizon 2050, rivaliser de dynamisme économique avec les BRICS, en devenant un géant maritime mondial !

Eoliennes sous-marines, futur moteur de la croissance bleue

Conscients de l’enjeu, les précédents comme l’actuel gouvernement ont entrepris de mettre la filière en ordre de bataille. Création en 2005 des Assises de l’économie de la mer, définition en 2009 d’une stratégie nationale pour la mer et les océans (avec priorité à la compétitivité de nos grands ports, portes d’entrées stratégiques sur le territoire français), création d’une école nationale maritime, d’un Conseil d’orientation de la recherche et de l’innovation pour la construction navale (Corican), de 7 parcs marins naturels…

Capitalisant sur cette dynamique, le plan d’action pour la « croissance bleue » lancé en 2015 vise à passer à la vitesse supérieure. Un secteur est particulièrement ciblé : celui des énergies marines renouvelables, levier stratégique de la transition énergétique française. Si la France a pris du retard sur ses voisins européens, elle a un potentiel de leadership réel, notamment sur la technologie des hydroliennes (éoliennes sous-marines qu’actionnent les courants) : Alstom, DCNS ou encore EDF EN travaillent actuellement d’arrache-pied pour s’imposer dans la compétition de la rentabilité – et de l’exploitation durable.

Les chantiers de Saint-Nazaire, figure de proue de la nouvelle dynamique française

En attendant l’émergence des premiers champs éoliens au large des côtes françaises, qui renfermeraient le 2 e potentiel européen, c’est du côté de la construction que la filière prend son envol. En mars, STX France a ainsi été choisi par le consortium Otary, chargé de développer le champ Rentel dans l’offshore belge, pour fabriquer la sous-station électrique du parc de 42 éoliennes. Après la commande passée en 2012 par le Danois Dong Energy, c’est le second succès à l’export des chantiers de Saint-Nazaire dans le domaine des énergies marines renouvelables, où la concurrence internationale fait pourtant rage... Nul doute qu’il y en aura d’autres !

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