À ce jour, une seule entreprise française est champion de la démarche « Climate Neutral Now* » de l’ONU : WeNow. Lancée en 2015 en faisant le pari de l’éco-conduite, la startup disruptive ne cache pas ses ambitions. Entretien avec Valérie Mas, l’une de ses CEO.

Pourquoi avoir créé WeNow ?

Valérie Mas – 30 % des émissions de CO2  en France sont dues au transport. Ce secteur est donc largement concerné par les engagements de réduction pris par notre pays dans le cadre du récent accord de Paris sur le climat, à savoir -40 % à l’horizon 2030. Il faut maintenant concrétiser ces belles intentions – ce qui est loin d’être gagné, quand on sait que 2015 a été la première année où, après dix ans de baisse continue des émissions liées au transport, celles-ci ont à nouveau augmenté… Il est urgent de trouver des solutions efficaces, rapidement déployables et à moindre coût, tout en intégrant l’idée qu’on aura besoin de l’automobile encore longtemps.

Sur ces deux plans, le véhicule électrique n’est pas encore satisfaisant : non seulement il lui faut encore parcourir 100 à 150 000 km avant de présenter un bilan Analyse du Cycle de Vie - ACV meilleur qu’un véhicule thermique, mais il reste coûteux et nécessite de produire, surtout hors de France, une électricité encore largement carbonée, notamment en cas de pics de consommation.

WeNow se veut une solution à ce casse-tête. Grâce à ce service connecté, constitué d’un boîtier à installer dans sa voiture et d’une application à télécharger, nous récoltons des données qui vont aider chaque automobiliste à réduire sa consommation de carburant et à compenser ses émissions de CO2 : en mesurant l’impact réel de ses trajets, en bénéficiant de conseils pour adapter sa conduite en conséquence, la rendre moins dangereuse, plus économe en énergie, décider même éventuellement de réduire l’usage de sa voiture… tout en finançant un projet choisi par ses soins – de reforestation par exemple – qui réduit dans le temps la même quantité de CO2 que celui émis par son véhicule, et en suivant l’évolution.

 

Nous défendons plus qu’une démarche environnementale : c’est une démarche sociétale au sens large.

 

En quoi est-ce une solution révolutionnaire ?

V. M. – Personne n’avait misé à ce point sur la responsabilisation des conducteurs avant nous : fruit de deux brevets déposés, WeNow a été élu « Top Product of the Year » 2016 à la conférence Environmental Leader de Denver, aux États-Unis. Si l’idée est révolutionnaire, c’est au sens où elle fait de chaque voiture, en même temps qu’un problème pour le climat, la solution à ce problème. Au fond, nous inaugurons l’ère de l’empowerment de l’empreinte carbone : à chaque citoyen de prendre ses responsabilités, de réduire, compenser et neutraliser ses propres émissions au profit de sa santé, de sa sécurité et de la préservation de la planète, sans que cela ne lui coûte trop cher en argent, en temps ou en changement de mode de vie. Évidemment, il faut l’y aider un peu, c’est pourquoi nous avons mis en place un système de récompenses pour inciter nos utilisateurs à réaliser ces efforts au quotidien et devenir, à leur échelle, des « héros » du climat !

Nous défendons plus qu’une démarche environnementale : c’est une démarche sociétale au sens large. Demain, WeNow pourrait ainsi devenir le gardien du budget CO2 de chacun : un budget à gérer « en bon père de famille », en arbitrant tous les choix du quotidien au regard de leur impact énergétique, pour la mobilité mais aussi le chauffage domestique, l’industrie, l’activité digitale… À terme, WeNow pourrait donc être intégrée aux véhicules ou aux bâtiments par les constructeurs.

 

En attendant, quels sont vos marchés prioritaires ?

V. M. – Même si le bouche-à-oreille commence à bien fonctionner auprès des particuliers à la fibre « écolo », notre modèle économique repose avant tout sur les flottes d’entreprises et de collectivités locales,  sur lesquelles la pression des pouvoirs publics n’a jamais été aussi forte : elles doivent réaliser des bilans carbone de plus en plus poussés et mettre en place des plans de déplacement pour lesquels, à part le covoiturage qui met plus de temps à s’imposer que chez les particuliers, les solutions réelles ne sont pas légions. Total, La Poste, FM Logistic, la municipalité de Rueil Malmaison ou encore le parc naturel régional de l’Avesnois nous font d’ores et déjà confiance, à travers des expérimentations mises en œuvre en France, en Europe et aux États-Unis. 

WeNow est d’autant plus intéressante pour ces clients qu’un fossé persiste entre les tests d’homologation des véhicules réalisés par les constructeurs et la réalité de la consommation des automobilistes. Grâce aux données que nous recueillons, traitées en toute fiabilité et indépendance par l’IFP Énergies Nouvelles, nous constituons un capital de data de mobilité précieux pour les gestionnaires de flottes et les villes, à partir duquel définir leurs politiques d’achat, de gestion des flux, de lutte contre la pollution, de stationnement… – les personnaliser aussi, en s’adressant à un type d’usagers en particulier (les conducteurs des véhicules de telle taille, de tel âge, etc.).

Notre application est ainsi appelée à servir de support à de nombreux services, sur la base de partenariats : télépéage à tarif réduit pour les utilisateurs de BlaBlaCar, parkings, assurances, services automobiles after market afin de construire un nouveau lien fort et utile avec les clients…

 

En quoi WeNow est-elle une invention résolument made in France ?

V. M. – Notre équipe est basée en France, avec une direction qui est un pur produit de l’éducation française – un ingénieur issu de Polytechnique Toulouse, Fabien Carimalo, et la diplômée d’HEC que je suis… Le design et le logiciel de notre application sont également made in France. L’invention du concept, que l’on doit à Yves Choueifaty, entrepreneur de la finance, est typiquement française, par son côté cartésien et pragmatique : c’est la résolution créative d’une équation mathématique ! Et ce n’est pas un hasard si cette idée est née dans un des pays les plus enclins à défendre un modèle de développement durable pour la planète, les plus attachés aussi à son capital forestier.

 

* Cette démarche distingue les initiatives visant à mesurer, réduire et compenser tout à la fois les émissions de CO2 dans le monde.

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