5 questions à Bertrand Badré
Finance

5 questions à Bertrand Badré

par

Finance5 questions à Bertrand Badré

Ancien Directeur général de la Banque mondiale et visiting fellow au Peterson Institute for International Economics, Bertrand Badré vient de publier Money honnie. Et si la finance sauvait le monde ?, préfacé par Gordon Brown, aux éditions Débats Publics. Son fonds d’investissement à impact social, BlueOrange Capital, est en cours de création.

Que vous inspire #LetsgoFrance ? 

En cette année de Coupe d’Europe de football et de Jeux Olympiques, forcément, je pense d’abord : « Allez la France ! » L’équipe de France, pas seulement celle de foot, d’épée ou de handball mais le collectif de toutes les énergies françaises, la France qui se met en mouvement et qui chante : « Tous ensemble, tous ensemble !... »

 

Qu’est-ce qui fait l’attractivité de la France ?

C’est amusant, parce que c’est une question qu’on m’avait posée au Grand Oral de l’ENA il y a 25 ans exactement ! Depuis, les atouts de la France n’ont pas beaucoup changé. Nous restons un pays dynamique en termes de démographie, ce qui, dans l’univers des économies avancées, est une denrée de plus en plus rare. Nous bénéficions aussi d’une situation géographique exceptionnelle, au carrefour des influences atlantique, continentale, septentrionale et méridionale, avec une frontière ouverte sur la Méditerranée… Cette situation unique a fait de l’Hexagone une terre d’immigration et de brassage, terreau d’une culture tout à fait singulière.

Contrairement à d’autres pays nous avons également la chance, comme l’observait récemment Nouriel Roubini, un des grands économistes mondiaux, d’avoir encore un État fonctionnel – même s’il n’est pas utilisé au mieux de son potentiel !… De plus, nous figurons au cœur d’un système européen qui, en dépit de la crise actuelle, reste l’un des ensembles les plus créatifs et les plus avancés de l’intégration internationale. Nous conservons aussi une pensée autonome en matière diplomatique, de même qu’un certain nombre d’attributs de puissance, dont un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce n’est pas rien ! Partout sur la planète, si vous dites « France », les gens savent à peu près qui nous sommes… Notre pays est toujours un symbole : la Révolution française reste une des grandes dates de l’histoire mondiale, au même titre que la Révolution américaine. Ce statut nous engage.

 

Par quel exemple l’auriez-vous illustrée ? 

D’un point de vue économique, nous demeurons l’une des grandes puissances mondiales, avec des leaders dans de nombreux secteurs. Prenez l’aéronautique et l’espace : cette industrie, parmi les plus en pointe, est très structurante dans le monde d’aujourd’hui. Face à une telle réussite, on se convainc aisément que la peur du déclassement, très présente chez nos compatriotes, est parfaitement infondée ! D’autant que, compte tenu de notre géographie et de notre démographie, les créateurs français, en particulier les créateurs de startups, réussissent aussi bien chez nous qu’à l’étranger : cette poussée de sève est pleine de promesses et mérite d’être soutenue par un encadrement adéquat et un partage effectif du leadership entre générations – l’équipe de France ne saurait être menée uniquement par des leaders de plus de 60 ans !

Un autre atout que nous ne valorisons sans doute pas assez, parce que nous n’en avons pas toujours conscience, est que le monde comptera, d’ici 20 à 30 ans, 700 millions de francophones. On parle souvent du « poids africain » de la France, sans saisir que c’est une chance : construisons l’avenir là-dessus !

 

Si vous étiez ministre de l’économie, quelle serait votre première réforme ? 

J’en ai une longue liste !... Mais le plus important n’est pas là : pour moi, la réforme est avant tout un état d’esprit. Avant de rentrer dans le détail des mesures, il est essentiel à mes yeux de faire la pédagogie de la réforme, de donner le cap par un message simple et fort, qui définisse clairement sa vision et sa stratégie, et qui puisse être adressé au monde entier. J’ai été très impressionné, à cet égard, par la brève intervention en 2015 à Davos du ministre indien des finances, qui résumait sa feuille de route ainsi : « Mon objectif est de faire de l’Inde un pays où il est facile et plaisant de faire des affaires. » Si je devais être ministre en France, je commencerais pour ma part à définir ma vision de l’économie française : « C’est une économie qui favorise l’entreprise, l’initiative de tous, des multinationales à l’autoentrepreneur. Créateurs de tous les pays, étrangers qui désirez investir en France ou Français qui souhaitez revenir ou vous lancer, soyez assurés que la France vous attend ! »

Ensuite, mes diverses expériences au sein de groupes de travail (sur l’eau, les financements internationaux innovants pour la solidarité ou encore la croissance française) m’ont convaincu de l’absolue nécessité, en amont de toute réforme, de mettre les intérêts les plus divers autour de la table et de travailler, en s’assurant de la bonne volonté et de la bonne foi de chacun, à énoncer les attentes respectives, à reconnaître les différences comme telles et à en faire sens collectivement. Sans cette étape incontournable, il est inutile d’aller plus avant…

 

Finalement, la France de demain, en 3 mots, vous l’imaginez comment ?

Dynamique, généreuse, ambitieuse !

Abonnez-vous à notre newsletter :

Chargement …