André-Jacques Auberton Hervé : « La France a les atouts pour créer les champions industriels 4.0 »
Sculpture anti gravitation - Cité des Sciences et de l'Industrie de Paris
France-Europe

André-Jacques Auberton Hervé : « La France a les atouts pour créer les champions industriels 4.0 »

par

France-EuropeAndré-Jacques Auberton Hervé : « La France a les atouts pour créer les champions industriels 4.0 »

Tribune. A l’heure du Brexit, de la montée du protectionnisme et du nationalisme, il est audacieux de défendre une idée progressiste de la France, et plus largement, de l’Europe.

 

C’est pourtant cette audace parfaitement assumée que je revendique. Cette idée est née du constat évident que l’Europe est la seule dimension économique à même d’assurer véritablement la prospérité des peuples qui la compose.

Face à la concurrence économique et industrielle des Etats continents comme la Chine ou les États Unis, quel état européen disposerait de la taille critique pour résister seul dans la compétition économique que se livrent ces deux géants ?

La réponse est contenue dans la question : aucun.

La révolution économique que nous vivons aujourd'hui est aussi violente que celle, industrielle, qui a marqué l’entrée dans le XXe siècle et a provoqué directement ou indirectement deux guerres mondiales.

Après la révolution de la mécanisation, des infrastructures (énergie, transport), et la révolution digitale qui a marqué le passage du siècle, il nous faut enfin entrer dans le XXIe siècle. La révolution digitale qui n’est que la partie émergée de cette transition économique majeure est déjà derrière nous et est considérée comme un acquis pour les grands acteurs d’aujourd’hui.

C'est pourquoi, face à ces défis, les pays du vieux continent doivent résister aux soubresauts et se rassembler. A l'heure où certains nous proposent moins d'Europe, je propose au contraire plus de collaboration entre les Etats européens.

 

En France, et en Europe, nous entrons dans l’ère 4.0 de la mobilité et de la connectivité des hommes et des objets qui nous propulse dans le XXIe siècle.

En effet, des pans entiers de l’économie et les sociétés de tous les secteurs sont bouleversés par des innovations de rupture ; nanotechnologie, intelligence artificielle, Cleantech, Biotech, Fintech, Stockage d’énergie, nouveaux matériaux, impression 3D, véhicules autonomes, internet des objets, Cloud, Big Data, sont autant de domaines où l’Europe a besoin de leaders. Des entreprises prospères, dans ces secteurs, existent au sein de chaque Etat européen, mais compte tenu de la taille du marché européen, elles sont probablement concurrentes entre elles et aucune n'a certainement la taille critique nécessaire pour challenger durablement ses concurrents chinois ou américains. Si l'Europe a su organisé la concurrence interne aux États membres, elle a échoué à construire des leaders mondiaux.

Pourtant, à l’image de la conquête des matières premières qui a structuré la première révolution industrielle avec ses guerres coloniales, l’accès à ces technologies clef génériques va structurer les produits du XXIe siècle. D’où découle mécaniquement la guerre économique qui sévit entre les grandes puissances sur ces sujets.

 

La France peut elle aussi se prévaloir d’entreprises talentueuses : le Bon Coin, Meetic ou encore Kelkoo

 

Le modèle de croissance basé sur la dette et la commande publique est obsolète.

La seule commande qui permette les milliards d’investissement de ces nouvelles entreprises est celle du consom’acteur . C’est lui qui décide du succès d’une innovation qui deviendra un standard mondial. C’est par l’usage que les technologies connaissent le succès avec un décideur prométhéen : le consommateur mondial.

Premier marché de consommation, l’Europe a tous les atouts pour tenir son rang dans cette compétition. La qualité de ses outils de recherche, des innovations de rupture portées par des start-ups dynamique sont autant d’atouts qu’il faut développer.

Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, ou encore Huawei, Alibaba, Baidu Uber, Tesla pour ne citer que celles-ci assurent une grande part de la croissance mondiale. Depuis les années 2000 et la bulle Internet, la France peut elle aussi se prévaloir d’entreprises talentueuses : le Bon Coin, Meetic ou encore Kelkoo. Pourtant, aucune de ces entreprises n’a encore réussi à s’imposer sur la scène internationale. Depuis longtemps adoptée par les Chinois et les Américains, la devise « Big is Beautiful » semble faire peur aux Européens. Le résultat d’une croyance bien ancrée qui voudrait que le « small » représente un marché juteux. Question de culture donc, mais pas seulement. Le système économique français a lui aussi sa part de responsabilité. Il est prouvé que, pour émerger et se développer, l’innovation a besoin d’un marché du travail flexible. Une flexibilité qui aurait aussi pour vertu de favoriser l’investissement.
 

 

Le financement de l’investissement est la clef de la révolution 4.0.

Ainsi, dans le secteur industriel du semi-conducteur par exemple, le développement d’une innovation technologique suppose de la part de son entreprise un investissement de l’ordre de 10 à 20% de son chiffre d’affaires en recherche et développement et un investissement de l’ordre du chiffre d’affaire annuel attendu. Cette intensité capitalistique vaut également pour les sociétés de service de nouvelle génération qui doivent pénétrer rapidement le marché pour générer une croissance importante et prendre le leadership. Elles le font par une croissance fulgurante un « Blitzscaling » à travers des investissements en vente et marketing immédiatement à l’échelle mondiale.

Les industries d’avenir exigent donc, de par leur nature même, un modèle économique particulièrement intensif en capitaux. Un besoin capitalistique qui implique une course à la taille et donc une course à la compétitivité. Un besoin qui ne peut être couvert que par un marché boursier adapté : un NASDAQ Européen, seul outil basé sur le véritable potentiel de croissance des entreprises contrairement à la dette. Le succès des grands acteurs de la nouvelle économie est lié aux marchés boursiers comme le NASDAQ aux Etats-Unis qui capitalisent immédiatement le potentiel de croissance futur.

 

La France doit être leader pour créer un NASDAQ Européen seul capable de faire émerger des champions mondiaux.

 

Les entreprises du XXIe siècle sont ce que la formule 1 est à la course automobile. Vitesse, agilité, prise de risque sont les atouts indispensables de la réussite pour conserver la pole position. Compte-tenu des capitaux nécessaires au modèle 4.0, l’ambition doit être à la mesure du risque.

 

La France au sein de l’Europe a tous les atouts pour créer les champions industriels 4.0

La France doit montrer la voie et refonder la politique industrielle de l’Europe autour de ses pôles de compétitivité. Les incitations fiscales depuis plus d’une décennie sont une aide précieuse pour la création d’entreprise (le crédit impôt recherche, la défiscalisation de l’ISF pour l’investissement dans les PME, les fonds d’amorçage qui se sont multipliés).

La dynamique de ses start-up, la qualité de ses centres de recherche, doivent permettre à la France de retrouver ce génie français qui a fait sa force. Le CEA n’a-t-il pas été classé par Reuters Numéro 1 mondial en matière d’innovation en 2016?

Les annonces d’investissements en France de sociétés américaines ou chinoises se multiplient, preuve de l’attractivité de la France qui innove. Reste à mettre en place les outils financiers pour faire de la France non seulement l’eldorado de l’innovation et de la création d’entreprise mais le pays de leaders mondiaux décomplexés, champions de leur catégorie, capables de diner à la table des Jeff Bezos, Mark Zuckerberg, Elon Musk,… ou Jack Ma. La France doit être leader pour créer un NASDAQ Européen seul capable de faire émerger des champions mondiaux.

Soitec que j’ai fondé en 1992, est à l’origine d’innovations de rupture et de standards mondiaux qui ont révolutionné l’usage de millions de consommateurs. Soitec a su être un pionnier de l’industrie 4.0 en créant un standard qui a révolutionné la connectivité et la mobilité à travers ses matériaux, tout en conservant ses usines et sa recherche en France.  D’autres suivent aujourd’hui. 248 Start-up françaises étaient présentes au Consumer Electronic Show de Las Vegas en 2017. La nouvelle génération est en marche !

Avec plus de 30 ans d’expérience dans le pilotage d’une entreprise 4.0 : Soitec, j'ai décidé de témoigner et d’alerter à travers mon livre « De l’audace ! » sur les enjeux auxquels nous devons faire face en tant qu’européen pour prendre part, car il est encore temps, à cette compétition.

 

André-Jacques Auberton Hervé, fondateur et P-DG de Soitec

 

 

 

Chargement …