Bernard Gainnier, président de PwC France et Afrique francophone
Innovation

Bernard Gainnier : « Vivons l’innovation comme une opportunité de réhumaniser la société »

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InnovationBernard Gainnier : « Vivons l’innovation comme une opportunité de réhumaniser la société »

Dans un monde en turbulence, que peut-on attendre de la France ? De l’innovation. Intervenant aux 16e rencontres d’Aix, Bernard Gainnier, président de PwC, propose quelques pistes de réflexion.

L’innovation est une ardente obligation! Inventer les technologies, développer les nouveaux usages, adapter et transformer les modes de vie, est essentiel dans un monde en mutation. L’innovation est vitale, elle est nécessaire à l’évolution d’une société. C’est parce qu’à un moment donné,  des hommes et des femmes ont eu une vision différente du monde, ont su rejeter les normes existantes et dépasser le cadre établi que nous avons aujourd’hui l’électricité, les médicaments, les drones et demain la blockchain. Si les bouleversements induits par l’innovation peuvent effrayer, parce qu’ils mettent en danger des acteurs établis, il appartient à chacun d’entre nous d’avoir une vision positive et de transformer les impacts qui semblent négatifs en autant d’opportunités.

 

Il n’existe pas un seul type d’innovation et celle-ci ne se limite pas à la technologie. Les innovations sont multiples et protéiformes et toutes contribuent au changement et potentiellement au progrès. Il ne s’agit donc pas de savoir si l’innovation sert la croissance, puisqu’elle lui est indispensable, mais plutôt de savoir quel est l’impact de l’innovation sur l’économie d’un pays ? Crée-t-elle plus d’emplois qu’elle n’en détruit ?

 

"L’innovation doit servir la société et pas seulement la croissance." Bernard Gainnier 

 

Sachant que toute innovation a pour vocation de remplacer ou de modifier un existant, certains secteurs d’activité peuvent se retrouver intégralement remis en cause du fait de l’innovation. Ainsi, selon une étude PwC, 95% des banques traditionnelles estiment qu'elles pourraient perdre une partie de leurs activités à cause de la digitalisation et de l’apparition de nouveaux opérateurs et de nouveaux usages rendus possibles par le numérique. Cette perte pourrait s’élever à 24% de leurs parts de marché, soit, à court terme et du point de vue des acteurs historiques, un impact négatif de l’innovation sur la croissance. Mais il suffit de changer de point de vue et de se placer sur le moyen terme pour se rendre compte que ces évolutions se font au profit d’un nouvel écosystème : les FinTech, pour qui l’innovation est bien génératrice de croissance. C’est aussi grâce à l’innovation dans le secteur bancaire que l’économie peut devenir participative, à travers notamment les plateformes de prêt entre particuliers ou « peer to peer lending ». Ainsi, si à court terme, l’innovation est un réel challenge, sur le long terme elle est indéniablement créatrice de valeur pour la société et les citoyens.

 

Afin de pouvoir parler d’innovation réussie, il est nécessaire que l’innovation puisse profiter à tous.  L’innovation doit servir la société et pas seulement la croissance. Sachant que tout changement peut être générateur de risques et de menaces et qu’il ne suscite pas forcément de lui-même des mécanismes de solidarité, pourtant indispensables à la protection des plus faibles, il existe un réel danger à ce que seule une partie trop réduite de la société puisse bénéficier des effets positifs de l’innovation.

 

Au-delà de la question de la croissance et de l’emploi, il s’agit en effet de donner au plus grand nombre les moyens de pouvoir appréhender l’innovation et ses opportunités. Seul l’investissement massif dans l’éducation pourra répondre à cet enjeu.

 

Dans le monde de demain, sous-tendu par une innovation toujours plus rapide et parfois brutale, c’est la capacité de connecter les sujets entre eux et de raisonner de façon transversale qui crée de la valeur ajoutée. Ainsi, dans le monde des services professionnels, l’avènement des logiciels de plus en plus intelligents, capables d’analyser et de proposer des stratégies, remet en cause les méthodes de travail et les compétences des équipes en les obligeant à se réinventer. 

 

"L’utilisation et l’appréhension de la connaissance comptent bien plus que l’acquisition de la donnée elle-même." Bernard Gainnier

 

Les experts qui sont recrutés ne peuvent plus être les experts d’un seul domaine mais doivent savoir analyser des données diverses et avoir une vision globale de ces données. Aujourd’hui dans les pays développés, l’accès à la connaissance étant largement facilité grâce aux innovations technologiques, c’est l’utilisation et l’appréhension de la connaissance qui comptent bien plus que l’acquisition de la donnée elle-même.

 

Dans les pays en développement, l’innovation a un rôle essentiel pour permettre aux populations d’accéder aux services de première nécessité, tels que l’eau potable, l’électricité, les réseaux de communication, etc. Dans les économies avancées, elle doit être vécue aussi comme une libération. Cela est vrai à l’échelle d’une nation mais aussi à un niveau plus micro-économique, à l’échelle de l’entreprise, où toute évolution générée à travers l’innovation, et plus particulièrement à travers la digitalisation, doit être considérée comme une libération pour l’organisation. En effet, la digitalisation permettra à chacun de consacrer moins de temps aux tâches à faible valeur ajoutée mais davantage au service de son client. C’est en réussissant à remettre le client au centre de l’économie de marché que l’innovation créera véritablement de la valeur ajoutée.

 

Ainsi, au-delà de la croissance, pour que l’innovation serve la société, accompagnons les changements, investissons dans l’éducation et la formation, vivons l’innovation comme une opportunité de réhumaniser la société.

 

Bernard Gainnier, président de PwC France et Afrique francophone

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