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Blue Like An Orange Sustainable Capital : faire de l'investissement durable la norme

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Et si la finance sauvait le monde ? Tel est le crédo, un rien provocateur, de Bertrand Badré, un financier français dont la voix compte sur la scène internationale. Auteur de Money honnie (2016), qui milite pour une finance éthique et durable, l’ancien Directeur général de la Banque mondiale a décidé de montrer l’exemple en lançant Blue like an Orange Sustainable Capital, un fonds d’investissement à impact destiné à transformer le monde pour le meilleur.

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bertrand_badre_blue_like_an_orange_capital.jpeg, par AdminLetsGo

Inspecteur des finances, banquier d'affaires à New-York, ancien conseiller économique du président Chirac, directeur financier du Crédit Agricole puis de la Société générale, directeur général de la Banque mondiale… Vous avez eu déjà plusieurs vies de financier. Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas de l’entreprenariat solidaire et social ?

Bertrand Badré C’est le constat que nous vivons une crise grave à plusieurs facettes : une crise du système financier mondial, dont nous ne sommes pas encore sortis, combinée à une redistribution des cartes au niveau géopolitique, combinée elle-même à une révolution technologique sans précédent, ainsi qu’à une crise climatique aux effets de plus en plus inquiétants et une remise en question croissante du caractère durable de l’économie que nous avons choisie. Quand on fait la somme de tout cela, on se dit qu’il y a urgence à agir.

À mon propre niveau, cet impératif d’action s’est traduit par l’idée de monter une entreprise qui soit un élément de réponse à l’équation, tout en restant un porte-parole engagé partout où l’on me propose d’intervenir. L’humanité est à un moment charnière et il m’aurait semblé impensable de m’abstraire des responsabilités qui sont les miennes à un tel moment.

 

« La terre est bleue comme une orange ; à nous d’en prendre soin. » Tels sont les mots par lesquels vous introduisez Blue like an Orange Sustainable Capital dans votre ouvrage Money honnie. Quel est l’objet de cette société ?

B. B. Il s’agit de montrer qu’il est possible – et qu’en plus c’est une bonne idée – d’obtenir à la fois une bonne performance, ce que recherche tout investisseur compte tenu du niveau de risque qu’il accepte, et un impact sociétal positif. Ou, pour le dire autrement, de prouver qu’à risk et return donnés – quand vous êtes un fonds de pension, votre premier objectif reste d’assurer la retraite de vos pensionnés sur terre, pas au ciel !... –, un investisseur peut aussi se voir garantir que son argent est utilisé de manière positive pour l’environnement, pour l’homme, pour la société. Cette troisième dimension de l’investissement, l’impact, est propre au 21e siècle, quand le 19e siècle avait été celui du return et le 20e siècle, celui du risk-return. La référence poétique à Paul Éluard est une façon, pour Blue like an Orange Sustainable Capital, de porter cette nouvelle dimension.

Il faut voir qu’une des conséquences majeures de la dernière crise financière, comme j’ai eu à cœur de le souligner dans mon livre, a été la transformation d’un monde dominé par les banques en un monde où les investisseurs sont devenus rois, avec près de 100 000 milliards de dollars entre les mains. Il faut absolument entraîner ces acteurs dans le financement de la prospérité pour tous, en les dirigeant sur des investissements de long terme, des projets viables, porteurs de sens et d’avenir pour l’humanité.

 

« Il faut absolument entraîner ces acteurs dans le financement de la prospérité pour tous, en les dirigeant sur des investissements de long terme, des projets viables, porteurs de sens et d’avenir pour l’humanité. » Bertrand Badré

 

Quels types de projets justement entend financer Blue like an Orange Sustainable Capital ?

B. B.Nous allons investir dans les infrastructures, car les besoins sont énormes à travers la planète ; dans des entreprises des secteurs de la santé, l’éducation et l’agriculture ; enfin dans des institutions financières qui offrent un accès au crédit pour les PME, le logement, les femmes…

Parce qu’il faut bien commencer quelque part, nous concentrons pour le moment nos efforts sur l’Amérique latine : c’est un continent à la fois marqué par des inégalités importantes et de grands enjeux de climat, de reforestation notamment, donc où la dimension d’impact est assez forte, et qui a besoin de capitaux venant de l’extérieur – ce qui n’est pas le cas de l’Asie par exemple. C’est aussi un continent relativement sophistiqué, sur lequel on peut mettre en œuvre des projets intéressants et innovants, et le faire en collaboration avec la banque interaméricaine qui est un partenaire de choix.

 

Au-delà des pays émergents, envisagez-vous de vous tourner à terme vers les économies matures et notamment le marché français ? 

B. B.Ce n’est pas encore d’actualité. Il y a beaucoup à faire d’abord avant de se poser la question !

 

À quelle échelle imaginez-vous l’impact à terme de votre action ?

B. B.Je suis à la fois très ambitieux et très modeste. Ce que j’espère, c’est que notre société puisse servir de modèle, que dans vingt ou trente ans on se dise : c’est autour de ces années-là que tout a commencé, et que Blue like an Orange faisait partie des pionniers. Cela va au-delà de l’espoir, car je pense qu’on n’a pas le choix : il faut absolument que dans vingt ou trente ans, l’industrie de l’investissement soit organisée autour de ces principes du risk-return-impact. Sinon, nous risquons de faire face à un énorme problème, dont on entrevoit ces jours-ci quelques manifestations…

 

Êtes-vous optimiste sur la marche du monde ?

B. B.Honnêtement, je ne sais pas. Probablement que j’étais un peu plus optimiste il y a trois ans –  quand l’humanité, à travers trois conférences internationales qui se sont succédé à Addis-Abeba, New York et Paris, s’est accordée sur des feuilles de route décisives pour les quinze ans à venir, sur le financement du développement, le développement durable et la lutte contre le réchauffement climatique. Je ne peux pas dire qu’aujourd’hui il n’y a pas des avancées, mais j’ai peur que cela n’aille pas assez vite par rapport à l’urgence des besoins. Le rapport sur le climat publié la semaine dernière a quand même rappelé que le monde n’était pas du tout sur la bonne trajectoire… Il y a trois ans, nous étions face à une révolution silencieuse. Aujourd’hui, la dynamique est un peu moins silencieuse, mais c’est aussi un peu moins une révolution !

L’incertitude que j’ai, c’est de savoir si continuer de jouer à la marge en espérant que la marge devienne le centre va fonctionner, ou si ça n’est pas au cœur du système financier, à nos principes fondamentaux que sont la mesure de la performance, la comptabilité, le reporting, etc. – tous ces sujets qui ennuient tout le monde et sont pourtant si importants ! –, qu’il faut s’attaquer. En d’autres termes, s’il ne faut pas réorganiser le principe même de la finance… Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire. Surtout dans un monde où les États n’ont pas vraiment envie de coopérer en général et sur ce sujet en particulier.

 

Les Français sont-ils à vos yeux plus éthiques et socialement responsables que leurs concitoyens du monde ?

B. B.Ce qui est clair en tous cas, c’est qu’il se passe des choses en France. Nous sommes dans le peloton des pays qui sont en mouvement. Est-ce que c’est suffisant ? Non. Est-ce que cela va dans la bonne direction ? Oui.


Résumé de l’entretien

Face à la crise multiforme – à la fois financière, géopolitique, climatique, technologique et économique – qui secoue le monde, Bertrand Badré a décidé d’agir en créant Blue like an Orange Sustainable Capital, qui se veut un modèle pour le monde financier dont il s’agit de repenser les fondements, en combinant la recherche de la performance (du return) et celle d’un impact positif pour la société et l’environnement. Projets d’infrastructures, entreprises de la santé, de l’éducation et de l’agriculture, institutions financières offrant un accès au crédit pour les PME, le logement ou les femmes, pourront être ainsi soutenus et contribuer à transformer le monde pour le meilleur.


Crédits photo : Blue Like An Orange / Plus d'informations ici.

 

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