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Intelligence artificielle

Féminisation des algorithmes : un enjeu crucial pour la France

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Intelligence artificielleFéminisation des algorithmes : un enjeu crucial pour la France

Dans un rapport publié en décembre, la CNIL pointe le manque de mixité des métiers de l’IA. Delphine Remy-Boutang, cofondatrice de la Journée de la femme Digitale qui se tiendra le 17 avril, revient avec nous sur cet enjeu stratégique.

Que vous inspire le rapport de la CNIL ?

Delphine Rémy-Boutang – Déjà qu’elles sont sous-représentées dans le secteur du numérique (elles ne l’ont investi qu’à 28 % en France), les femmes – qui constituent, pour rappel, 51 % de l’humanité – le sont encore plus dans les métiers de l’IA (à hauteur de 5 %). Cela veut dire qu’aujourd’hui, le futur de l’intelligence artificielle est en train de s'écrire sans leur vision, leur sensibilité, leurs besoins, leurs valeurs : il est déjà biaisé.

Cela ne fait que renforcer les stéréotypes déjà présents dans la société : par exemple, on nous propose la plupart du temps des assistantes virtuelles, alors qu’il serait si simple de donner à ces robots un prénom neutre comme Dominique ou Claude ! Il est urgent de rectifier le tir.

 

Comment rectifier le tir ?

D. R.-B. – En commençant par aider les femmes à se sentir légitimes pour investir ces métiers, et pour cela en leur fournissant des modèles. Le monde du digital n’en manque pas ! C’est quand même une femme, Ada Lovelace, qui a inventé le langage du code informatique. J’aime aussi à citer Margaret Hamilton, une codeuse de la NASA qui a contribué aux premiers pas de l’Homme sur la Lune – et a inspiré nos prix « Margaret », remis chaque année lors de la Journée de la femme Digitale. Quant au sujet de la formation, on parle toujours en France de l’École 42 mais il existe aussi la Wild Code School, fondée par Anna Stepanoff – et dont je suis marraine d’une promotion 100 % féminine, lancée en septembre dernier. Toutes ces figures doivent sortir de l’ombre et convaincre nos consœurs que la révolution IA sera féminine ou ne sera pas !

 



Le point de vue de la CNIL en bref

« Comment permettre à l’Homme de garder la main ? Rapport sur les enjeux éthiques des algorithmes et de l’intelligence artificielle », 15 décembre 2017

À l’heure où se construisent les positions française et européenne sur l’IA, la CNIL a animé en 2017 un grand débat public afin de contribuer à « l’élaboration d’un modèle français de gouvernance éthique » du secteur et ainsi garantir collectivement que cette révolution « augmente l’Homme plutôt qu’elle ne le supplante ».

Parmi les questions soulevées, la CNIL pointe notamment « la propension des algorithmes et de l’intelligence artificielle à générer des biais pouvant conduire à leur tour à créer ou à renforcer des discriminations » sociales, raciales et de genre. Tout algorithme est en effet « toujours le reflet – à travers son paramétrage et ses critères de fonctionnement, ou à travers les données d’apprentissage qui lui ont été fournies – d’un système de valeurs et de choix de société. »

D’où la nécessité d’assurer une mixité réelle chez les professionnels qui développent les algorithmes.
 

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