Myriam Maestroni
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Myriam Maestroni : « Un leadership à la française est en train d’émerger »

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ParcoursMyriam Maestroni : « Un leadership à la française est en train d’émerger »

#LetsgoFrance a rencontré Myriam Maestroni, papesse de la transition énergétique en France. Son palmarès – grade de chevalier de la légion d’honneur, femme en or 2014 pour l’environnement –  reflète une vie professionnelle riche et engagée, pour un entrepreneuriat français intergénérationnel, transverse et confiant.

Pendant près de 25 ans, vous avez occupé des postes importants chez un géant du gaz. Qu’est-ce qui a provoqué votre départ et vous a amené à l’entrepreneuriat ?

Myriam Maestroni : Je me suis aperçue que le monde était en train de changer, et pas du tout de la façon à laquelle j’avais été préparée. On m’avait dit le 20e siècle sera celui du pétrole et le 21e celui du gaz. J’ai eu une prise de conscience déterminante. Non, ça ne va pas se passer comme ça, me suis-je dit. Ce soubresaut, je l’ai eu, alors même que le sujet de la préservation des ressources et de l’environnement n’était pas encore, pleinement, entré dans le débat public. Cela a été un moment de doute, j’ai eu l’impression d’avancer à contre-courant, mais je voulais vraiment créer le futur dans lequel j’avais envie de vivre. Pour changer les mentalités autour de moi, j’ai dû mettre en équation plusieurs dimensions personnelles, professionnelles, économiques et pratiques qui m’ont poussée à travailler dans une logique de transformation : le conseil en énergie et la conception de solutions énergétiques durables. Ces sujets, je les traite depuis 2003 ; parler de transition énergétique était alors iconoclaste. J’ai donc toqué à la porte du monde universitaire et des chercheurs pour échanger sur ces idées et les approfondir. Il y a 13 ans de cela, c’était différent. Oser évoquer et mettre en œuvre des moyens pour aider les clients à réduire leur consommation d’énergie alors que j’étais la première femme directeur commercial puis directeur général d’une société de distribution d’énergie, dont le business model depuis plus de 100 ans était, à l’instar des sociétés de l’ensemble du secteur « plus on vend plus on génère des marges plus on est profitable », ce n’était pas du tout évident.

 

Vous avez donc fondé Economie d’Energie SAS. Comment se positionne votre entreprise sur le marché de la transition énergétique ?

M.M : L’entreprise accompagne les particuliers, les collectivités et les entreprises dans la mise en œuvre efficace de l'énergie. Cela couvre un ensemble de services, qui nous permet de faire émerger un marché de masse, de la rénovation à l’optimisation énergétique, d’une part, et d’apporter des réponses concrètes à toutes les questions que cela pose, d’autre part. Alors que bon nombre de sociétés spécialisées apportent une réponse partielle, nous privilégions une approche holistique. Nous avons intégré toute la chaîne de services, de l’étude de la problématique énergétique à l’optimisation et la rénovation.  Bien sûr, ces services conçus pour des grandes entreprises,  à la fois clientes et partenaires ont tous pour caractéristiques communes d’être basés sur des approches digitales, et ils privilégient la qualité de la relation et de l’expérience client, encore réduite à sa plus simple expression dans le secteur de l’énergie.

Nous sommes portés par quatre forces qui inscrivent la démarche dans une dynamique qui ne peut que s’accélérer. Tout d’abord une prise de conscience brutale et globale : il y a eu une révélation à l’échelle planétaire après Al Gore en 2005, depuis ré-ancrée à différentes occasions dont, bien sûr, la Cop 21. Ensuite, la réglementation sur le CO2, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, sujets au cœur du débat de la transition énergétique. Du côté des entreprises, on observe aussi une nouvelle posture impulsée par le développement durable, puis par la RSE. Et enfin, notre économie se transforme. Les pays les plus riches sont challengés par les pays émergents. La croissance du monde s’est divisée en deux groupes : les pays à la démographie exponentielle qui construisent et s’équipent, et puis nous, pays qui devons inventer une nouvelle économie de l’optimisation. Et cela présage forcément de nouveaux business model.

 

Votre entreprise se nourrit-elle de vos expériences précédentes ?

M.M : Il y a effectivement mon histoire et mon expérience de terrain, qui m’ont permis d’acquérir  une connaissance profonde du secteur de l’énergie, de ses enjeux économiques, industriels, géopolitiques, financiers, … mais la vraie révélation a été pour moi de pouvoir combiner tout cela avec le meilleur de ce que nous apporte la jeune génération « digital native ». Je suis particulièrement fascinée par leur rapport au monde, au temps qui passe en version accéléré, leur instinctivité et capacité à créer et s’approprier de nouveaux usages, à jongler avec le big data, à maximiser toutes les stratégies du marketing multicanal et la puissance des réseaux sociaux… C’est la conjugaison de ces expériences et compétences respectives qui fait aujourd’hui la force d’Economie d’Energie. Nous continuons d’acquérir des compétences sur les technologies au travers des nouveaux talents, parce que notre succès est dans la combinaison des talents des jeunes et moins jeunes.

Economie d’Energie est mixte, à parité homme-femme. La moyenne d’âge est de moins de 30 ans ; nous faisons cohabiter des gens de 21 à 58 ans, de 11 nationalités différentes, aux profils les plus variés. Les plus seniors combinent leur expérience à la vision des plus jeunes, avec parfois des situations extraordinaires au sens le plus littéral. C’est de tout cela, mêlé à cette envie croissante d’entreprendre, et/ou de reprendre son destin en main par des individus plus connectés que jamais, qu’est en train d’émerger un leadership à la Française.
Notre parti-pris chez Economie d’Energies consiste vraiment à dire que notre projet aboutira si nous veillons à ce qu’il y ait des personnalités ouvertes, et une organisation souple, que règne un esprit bienveillant permettant à chacun de travailler dans des logiques transverses et pluridisciplinaires.

 

Qu’est-ce que le leaderhip à la française pour vous ?  

M.M : Leadership reste historiquement le terme et le symbole d’une culture managériale anglo-saxonne. Mais le pratiquer à la française, comme chez Economie d’Energie, c’est y apporter notre façon assez intellectuelle de penser l’entreprise, tout en prenant en compte le courage, l’énergie et l’envie des équipes. Un leadership qui nous met en mouvement, nous pousse à créer, en s’appuyant tant sur la réflexion que l’émotion.

On est à un carrefour culturel important : la France a une tradition intellectuelle quasi historique qui rencontre aujourd’hui l’engouement d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, qui a soif de rupture, d’innovation, habitée par l’ambition d’être au service de la société. De belles choses sont en train d’arriver en France. Pour les encourager, arrêtons de regarder outre-Atlantique : soyons fiers de nos entreprises. Auchan, Carrefour, Castorama, Total, BNP Paris collaborent avec un tissu de TPE/PME innovantes comme Economie d’Energie. Ce sont nos réussites françaises, ne les oublions pas… au contraire il faut en faire des exemples chez nous et partout dans le monde.

 

Pour en savoir plus, visiter le site Internet d’Economie d’Energie SAS et www.on5company.com

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