Réalité virtuelle : et si la prochaine révolution de l’image venait encore de France ?
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Réalité virtuelle : et si la prochaine révolution de l’image venait encore de France ?

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CinémaRéalité virtuelle : et si la prochaine révolution de l’image venait encore de France ?

VR : derrière ce nom de code, se prépare une révolution qui inspire déjà le cinéma français. Le point avec Vincent Ravalec, écrivain, réalisateur et producteur, auteur d’une des premières fictions hexagonales en réalité virtuelle.

On dit que l’arrivée de la réalité virtuelle est un bouleversement comparable à l’arrivée des premières images des Frères Lumière. Qu’en pensez-vous ?

 

Vincent Ravalec – L’anecdote veut en effet que les premières projections de L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat aient fait fuir les gens, qui croyaient qu’un train fonçait vraiment sur eux. Or c’est précisément ce qui caractérise la VR : l’impression de véracité. L’autre point commun est qu’à l’époque des Frères Lumière, se créait un médium dont on ne connaissait pas encore la grammaire. Et de fait, avec la VR, on est encore au tout début de l’expérience et de la réflexion, même si en deux ans, déjà, l’écriture a considérablement évolué.

Après, je pense que la VR un médium très différent du cinéma. Elle y emprunte, au même titre que le cinéma emprunte à la photographie ou au théâtre, la BD à la peinture. Mais elle appelle une autre écriture : quand le cinéma a une narration très appuyée, avec des inserts et des gros plans qui permettent d’être au plus près des comédiens, en VR le montage et le gros plan sont compliqués, il faut donc s’appuyer sur d’autres ressorts, le jeu des corps notamment. On est plutôt ici entre le théâtre et le cinéma.

Mais seul l’avenir dira si la VR sera utilisée largement comme un art, à côté des utilisations fonctionnelles pour répondre aux besoins du tourisme, de l’immobilier, de la médecine, du divertissement… Seul l’avenir aussi dira si elle peut influencer le cinéma : il y a deux manières tellement différentes d’appréhender la réalité ! La VR, qui repose sur les notions d’immersion et de 360°, est en effet plutôt contraire à notre expérience sensible, où l’on avance et regarde devant soi, comme à l’écran. Dans tous les cas, je ne vois pas la VR tuer le cinéma – pas plus que le 7e art n’a tué ceux qui le précédaient.

 

Plusieurs réalisateurs français comme Pierre Zandrowicz, Jan Kounen ou vous-même ont déjà sauté le pas de la VR. Comment voyez-vous le cinéma hexagonal s’en emparer ? Peut-il y avoir une « French Touch » en la matière ?

 

V. R. – C’est très possible, car la France a encore la chance d’avoir une exception culturelle : grâce au CNC et aux aides diverses, nous sommes un des rares pays, avec le Canada, où le développement de la VR est soutenu dans sa dimension artistique. Nous avons aussi, avec l’exploitant Mk2 ou le Forum des images, des acteurs dynamiques, entreprenants et ouverts d’esprit.

Cela favorise l’émergence de nouvelles formes et talents qui pourraient ensuite, je l’espère, influencer la production mondiale – laquelle est encore assez pauvre en termes de contenus. Personnellement, je suis d’avis de sacraliser la VR, plutôt que de la banaliser : de faire en sorte que, chaque fois qu’on enfile son casque, ce soit pour vivre une expérience formidable, comme lorsque vous vous déplacez dans une salle de cinéma. L’émulation est là, en France, pour aller dans ce sens. Ce serait faire honneur aux subventions dont nous bénéficions.

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