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Intelligence artificielle

Réglementer les robots, une idée européenne et française

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Intelligence artificielleRéglementer les robots, une idée européenne et française

Faut-il réglementer les robots ? De Bill Gates à Stephen Hawking, plusieurs personnalités se sont inquiétées de l’emprise de l’intelligence artificielle. En France, des spécialistes de la robotique sont à la pointe sur cette question. L'éclairage de Rodolphe Gelin, chercheur en robotique.

Rodolphe Gelin

Rodolphe Gelin , par AdminLetsGo

Rodolphe Gelin, est directeur de recherche chez Softbank Robotics (anciennement Aldebaran). Auteur du livre « Le robot est-il l’avenir de l’homme ». Il défend une approche mesurée, où la réglementation ne briderait pas la recherche.

 

Selon vous, quels sont les problèmes éthiques posés par les robots ?

Rodolphe Gelin. La robotique ne pose aucun problème d’éthique nouveau, car un robot est un outil, comme l’est un marteau ! Il faut garder en tête que les robots sont des objets créés pour nous obéir. Par ailleurs on ne peut pas demander aux roboticiens de trancher sur des questions éthiques complexes sur lesquelles des philosophes ont passé leur vie à chercher des réponses. Une question qui nous est souvent posée concerne la voiture autonome : si un véhicule doit, pour sauver son passager, choisir entre écraser un enfant ou une vieille dame, comment fait-il ? Mais pourquoi le robot serait-il plus fort que les humains pour trancher sur des questions insolubles ? Et comment la réponse du concepteur du robot serait-elle la bonne pour tout le monde ?

 

Pour sortir de ce dilemme, il faudrait donc aborder la question plutôt sous l’angle de la responsabilité légale ?

R.G : Oui et aujourd’hui, le cadre légal français couvre déjà la quasi-totalité des situations, simplement avec des adaptations. Dans certains cas, par exemple pour les drones, il est vrai que de nouvelles réglementations ont été, ou seront, nécessaires. Mais pour les voitures autonomes, s’il y a un accident avec un piéton, le fonctionnement actuel des assurances, avec la recherche des responsabilités en cascade -  conducteur, piéton, constructeur, équipementier - pourrait très bien s’appliquer.

 

« Il y a en France des chercheurs qui sont très au fait de la question d’un droit sur les robots et qui ont été entendus par les députés »

 

En France, plusieurs organismes, comme l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) fin 2015, ou encore Allistene, l’alliance des sciences et technologies du numérique se sont déjà saisis du sujet.  Est-ce que la France est en avance sur ces questions ?

R.G. Il y a en France des chercheurs qui sont très au fait de ces questions depuis plusieurs années et qui ont été entendus par les députés. Raja Chatila, notamment, directeur de recherche au CNRS, est à l’origine d’un rapport important sur l’ « Éthique de la recherche en robotique », publié en 2014. On peut aussi citer Laurence Devillers, professeure à l’université Paris-Sorbonne et chercheuse au Laboratoire d’informatique pour la mécanique et les sciences de l’ingénieur (Limsi) du CNRS, qui réfléchit beaucoup à ces sujets.

 

Qu’en est-il de la notion de « personnalité robot »?

R.G : Cette idée est défendue en France par l’avocat Alain Bensoussan qui préconise de doter le robot d'une personnalité juridique. Le robot serait doté d’un capital propre comme une entreprise, et dont le montant serait fonction des risques que le robot peut faire courir à la société. Il reste des questions techniques auxquelles il faut  répondre : comment est rempli le capital du robot ? Par un pourcentage sur le prix de vente ? Une somme provisionnée par le fabricant ?... L’idée est peut être bonne, mais il y a encore des points techniques à creuser.

 

A terme, y-a-t-il des solutions à adapter pour s’assurer qu’une intelligence artificielle installée dans un robot compagnon n'entrainera pas de dégâts éthiques ?

R.G : Une piste intéressante, qui fait écho au rapport de l’OPESCT*, serait de s’inspirer de ce qui est demandé en médecine, pour les nouveaux médicaments. On peut imaginer des essais préalables, avec des protocoles normalisés, pour les robots. Cela donnerait une phase de qualification avant l'autorisation de la commercialisation. Si l’on doit arriver à de telles autorisations de mises sur le marché, nous serons tout à fait prêts à l'expérimenter.

 

*Rapport de l’OPESCT « Les robots et la Loi », 2015 : http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-off/i3551.pdf

 

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