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Tera, une expérience grandeur nature dans le Lot-et-Garonne

Alors que la COP24 vient de se clore après l’adoption laborieuse d’un accord entre États, sur le terrain les énergies ne faiblissent pas pour inventer un modèle de société plus durable. Exemple avec Tera, un projet expérimental de développement territorial et de revitalisation de zones rurales qui se veut la synthèse des multiples initiatives engagées à travers la France. Entretien avec Simon Decock, maraîcher et premier membre de l’association à bientôt bénéficier du revenu d’autonomie qui fait l’une des originalités du projet.

Comment est née l’idée de Tera ?

Simon Decock : Les fondateurs de l’association, née en 2014, viennent de l’économie sociale et solidaire et ont déjà à leur actif de nombreux projets : on doit par exemple à l’un deux, Frédéric Bosqué, le « Sol violette », la monnaie locale de Toulouse. Mais face aux nombreuses limites économiques, écologiques, sociales et politiques auxquelles le monde est actuellement confronté, ils ont eu envie d’aller plus loin que des initiatives isolées en concevant un projet global, qui ait une portée écosystémique. Ils ont donc fait le tour de France à vélo pour aller à la rencontre des entreprises, des citoyens, des élus ayant développé des alternatives aux modèles dominants – dans les domaines de la permaculture, de l’écoconstruction, des énergies renouvelables, des monnaies citoyennes locales... – et travailler à rassembler ces différentes solutions en un seul et même endroit.

C’est une première en France ! Aucun autre lieu ne réunit l’ensemble des variables retenues ici : production alimentaire locale, distribution des produits créés, utilisation d’une monnaie citoyenne pour valoriser cette production et créer un réseau d’échanges irriguant le territoire de vie, redistribution à chaque habitant d’un revenu d’autonomie (revenu de base inconditionnel en monnaie locale) qui soit garanti par la production, gouvernance partagée entre les habitants et organisation sociale favorisant la santé et l’épanouissement – le tout avec une empreinte écologique minimale !

 

Votre projet a été lauréat de l’innovation sociale de la Région Nouvelle Aquitaine 2016. En quoi est-ce le laboratoire d’un nouveau modèle économique et social pour la France ?

S. D. : C’est une expérience structurante en effet, et c’est pourquoi nous avons mis en place un conseil scientifique composé de chercheurs en économie, en géographie, en ergonomie, en RSE, etc. qui nous aidera à évaluer, ajuster et partager ce que nous faisons.

Nous sommes également accompagnés par ATEMIS, un laboratoire d’intervention-recherche spécialisé sur les enjeux de travail, les modèles économiques durables et les enjeux de développement des territoires. C’est à lui qu’on doit les concepts d’économie de la fonctionnalité et de la coopération, que nous avons appliqués intuitivement avant même de les connaître, et qui permettent de repenser l’économie en partant des besoins des populations.

 

Concrètement, comment se traduit cette expérience sur le terrain ?

S. D. : L’idée initiale de Tera était de construire un éco-village à Masquières, sur le terrain qu’un ami nous a gracieusement cédé pour lancer notre production agricole. Après quelques difficultés juridiques liées au droit du sol, nous avons fait évoluer le projet : nous gardons notre ferme à Masquières, où nous sommes 7 porteurs d’activités à lancer le modèle économique de Tera, et développons un partenariat avec la commune de Trentels, située à une vingtaine de kilomètres, pour créer d’ici 2020 un premier quartier rural expérimental, avec des habitations. D’ici là, nous allons y construire une maison de la transition, lieu de démonstration autour de l’écoconstruction et de l’autonomie en eau et en énergie, et mettre en place un centre de formation afin de permettre aux porteurs de projets d’aller reproduire le modèle ailleurs.

L’idée est de lier ces deux lieux économiquement, via la monnaie citoyenne locale, pour en faire un éco-territoire dynamique où les humains sont pleinement partie prenante de leur environnement.

 

En quoi son implantation dans le Lot-et-Garonne procure-t-elle au projet des conditions particulièrement favorables ?

S. D. : Nous bénéficions ici d’une nature riche et préservée, d’un climat très propice à une agriculture diversifiée. Le territoire compte par ailleurs de nombreuses activités, des villes qui bougent, des élus engagés.

C’est aussi dans le Lot-et-Garonne qu’est née la première monnaie locale du 21e siècle en France, l’Abeille : environ 80 entreprises et coopératives l’utilisent aujourd’hui. L’idée est de nous greffer à ce système : 85 % des revenus de base de Tera seront payés en Abeille – que nous travaillons actuellement à numériser, en collaboration avec ses initiateurs ; cela va permettre de booster considérablement cette monnaie locale et, nous l’espérons, faire réaliser aux entreprises du territoire qu’elles ont beaucoup à gagner d’y participer.  Nous discutons par exemple avec Enercoop, fournisseur d’électricité renouvelable, pour les intégrer dans ce réseau d’échanges. Nous étudions également la possibilité de payer de cette façon certains impôts locaux.

Tout l’esprit de notre démarche est de ne pas avancer isolés. Sur chaque sujet, nous cherchons à travailler avec toutes les parties prenantes du territoire pour voir comment subvenir concrètement aux besoins de la population. Je fais partie par exemple d’une commission baptisée « Bien s’alimenter » : l’idée est d’aller trouver tous les acteurs locaux qui touchent à la problématique de l’alimentation (producteurs, revendeurs, nutritionnistes…) pour réfléchir aux meilleures solutions à développer. Plus concrètement encore, à Tournon-d’Agenais, le village où la trentaine de membres permanents de notre association se sont installés, des idées de partenariat sont en réflexion afin de ne pas porter préjudice aux commerces existants : par exemple, vendre une partie de notre production de pain bio à une boulangerie non bio, ce qui lui permettrait de diversifier sa clientèle.

 

Quels sont vos plus grands défis aujourd’hui, alors que vous entrez dans la phase d’expérimentation du projet ?

S. D. : Le plus difficile est la fatigue physique et la charge mentale. Nous sommes tous des passionnés mais nous avons peu de moyens, ce qui génère parfois des conflits. Il faut aussi composer avec l’envie que les choses changent vite alors que le processus d’installation et d’apprentissage au sein d’un territoire est long. Il n’est pas facile non plus d’être en tension permanente entre deux systèmes, l’ancien et le nouveau : chaque geste doit être réfléchi afin qu’il soit compatible avec les deux systèmes, qu’il puisse entrer dans les cases des institutions. Mais il n’y a rien de plus satisfaisant que d’incarner soi-même le changement que l’on veut voir pour le monde, et de voir d’autres gens autour de soi agir de même.


Résumé de l'entretien : Dans le Lot-et-Garonne, l’association Tera a lancé le premier projet expérimental de France adoptant une logique systémique de développement territorial écologique. En partenariat avec toutes les parties prenantes d’une zone rurale à revitaliser (élus, administrations, producteurs, associations, entreprises, habitants), ce laboratoire d’économie sociale et solidaire à ciel ouvert entend construire un écosystème coopératif vertueux : empreinte écologique minimale, relocalisation de la production alimentaire, valorisation de la production en monnaie citoyenne locale, revenu d’autonomie pour chacun des habitants. Rendez-vous en 2020 pour voir cet éco-territoire sortir de terre.


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