6 avril 2020 6 minute(s)

Face à la crise du coronavirus, la solidarité entre entrepreneurs est notre meilleur atout !

Depuis le 18 mars, l’Entreprise DU FUTUR, la plateforme « phygitale » des dirigeants de PME et ETI qui travaillent ensemble pour une transformation durable de leur entreprise, anime des communautés d’entraide pour accompagner les entrepreneurs français confinés jusqu’au rebond. Entretien avec Alban Guyot, initiateur du projet.

Comment est née l’idée, dès le début du confinement en France, de créer des communautés d’entraide pour les PME et ETI ?

Alban Guyot, Directeur Général de l’entreprise DU FUTUR

Alban Guyot – Depuis la création en 2016 de l’Entreprise DU FUTUR, notre mission au quotidien est d’orchestrer entre les directions générales et les COMEX de PME et d’ETI des connexions à valeur ajoutée, à travers une plateforme « phygitale ». La dimension physique de ces interactions étant aujourd’hui à l’arrêt, il était logique de tout miser sur le digital.

Dès les premiers jours du confinement et au fil des différentes annonces du gouvernement, nous avons passé plus de 2 000 appels téléphoniques et avons constaté une très grande solitude des dirigeants, qui se sentaient inondés d’informations et de documentations, notamment de la part de l’administration, mais n’avaient pas les clés pour les appliquer à leur entreprise.

D’où l’idée de créer des communautés d’entraide thématiques, qui ne soient pas un énième canal de rediffusion d’informations générales mais un canal de partage d’expériences concrètes. Avec le parti-pris d’ouvrir ces communautés à nos 19 000 membres et, au-delà, à tous les dirigeants qui le souhaitent, et pas uniquement à nos adhérents qui paient 1 900 € par an pour avoir accès à nos services.

 

Que se passe-t-il concrètement au sein de ces communautés ? Quel type d’aide proposez-vous à leurs membres ?

A.G. – Nous animons chacune des communautés en veillant à ce que leurs membres, quand ils postent une information, l’accompagnent d’un retour d’expérience les concernant. Par exemple, sur le thème du chômage partiel : voilà quels sont mes différents droits, il m’a fallu demander mes identifiants, j’ai mis tant de temps à les avoir, ensuite j’ai déclaré mon chômage partiel, je l’ai obtenu, ou voici les raisons pour lesquelles on me l’a refusé, voici comment j’ai fait appel, etc. Ces partages d’informations « pratico-pratiques » permettent aux autres membres de mieux anticiper leurs propres démarches, et de se rassurer sur leur gestion de la crise.

Au démarrage, nous avions organisé les communautés d’entraide autour de plusieurs grandes thématiques : gestion du cash, des collaborateurs, des clients, de la communication, de la production, de la continuité de service, de la préparation de la reprise, etc. Puis, au bout de quelques jours, nous nous sommes aperçus que beaucoup de membres avaient créé et s’étaient mis à animer leur propre communauté. Nous les avons laissées grandir de manière libre. Aujourd’hui, nous passons à la deuxième phase qui est de centraliser les grands sujets d’information, en fusionnant par exemple les communautés « communication en temps de crise » et « marketing en temps de crise ».

En parallèle, nous avons lancé en début de semaine dernière une initiative plus confidentielle pour les dirigeants de grosses PME et ETI, qui génèrent plusieurs centaines de millions de chiffre d’affaires et ont plusieurs centaines ou milliers de collaborateurs : nous leur proposons des « live entraide dirigeants », des sessions de web conférence de 30 minutes à 3 ou 4 qui leur permettent d’échanger autour de leurs contraintes quotidiennes, de la manière dont ils travaillent, réfléchissent et anticipent la reprise d’activité – autant d’enjeux qui peuvent avoir un impact majeur sur l’économie en général, et sur leurs salariés et sous-traitants en particulier. Chaque live fait ensuite l’objet d’un compte-rendu, que nous repartageons à la communauté globale pour lui permettre de s’enrichir de ces échanges.

Quel succès vos initiatives rencontrent-elles ?

A.G. – L’ensemble fonctionne plutôt bien. Au 1er avril, nous avoisinions les 500 membres actifs, qui participent de manière quotidienne à l’animation de notre trentaine de communautés thématiques : toutes les 5-10 min, on constate que des utilisateurs commentent ou partagent des informations, des bonnes pratiques, apportent des réponses concrètes aux questions posées… Nous avons par ailleurs déjà organisé 18 live, qui ont permis à plus de 50 dirigeants d’échanger entre eux. Il est très satisfaisant de voir une telle solidarité se mettre en place entre les chefs d’entreprise français.

Diriez-vous que les entrepreneurs français font actuellement preuve d’agilité et de résilience face à la crise ?

A.G. – Ils font preuve en tous cas de beaucoup d’humilité. Leurs challenges changent au jour le jour, et ils font tout pour s’adapter.

En début de semaine dernière, 90 % de nos live tournaient autour de la mise en place du chômage partiel, de la fermeture des usines et du maintien d’une continuité d’activité. Puis, en fin de semaine, on a surtout parlé de la gestion du cash et de la mise en place du prêt Atout de Bpifrance et des prêts garantis par l’État. Maintenant que ces sujets liés à la survie à court terme de l’entreprise sont traités, les dirigeants se concentrent sur la préparation de la reprise : quand vais-je pouvoir redémarrer, au moins de manière partielle ? pourrai-je assurer des conditions de sécurité optimales à tous mes collaborateurs ? où vais-je pouvoir me fournir en masques, en gants, en gel ? pourrai-je remettre tout le monde sur des postes de travail similaires, ou faudra-t-il faire travailler certains en alternance pour éviter qu’ils ne se croisent ? etc.

L’autre grand sujet de préoccupation concerne la dimension mondiale de la crise : vais-je pouvoir reprendre l’ensemble de mon activité si certains des pays avec lesquels je travaille sont encore fermés ? pourrai-je assurer mes commandes dès lors qu’il est de plus en plus difficile de sourcer les matières premières, et de trouver des transporteurs qui acceptent de les livrer ? pourrai-je garder mes clients si des pays comme la Chine redémarrent leur production avant la France, vont-ils accepter des reports de délais et ne pas aller à la concurrence ? etc.

 

Avez-vous, parmi vos membres, des entreprises qui ont modifié leur activité pour participer à l’effort national de lutte contre le coronavirus ?

A.G. – Oui, bien sûr, car nous avons parmi nos membres beaucoup d’industriels. Ceux qui sont dans l’impression 3D peuvent fabriquer des visières, des pièces pour respirateurs, ceux qui sont dans le textile peuvent fabriquer des masques, etc. Tout le monde le fait sans hésitation, car en plus de contribuer à l’effort national global, à très court terme, cela reste un moyen de faire rentrer un peu de chiffre d’affaires et de continuer un minimum de production. Mais il n’en reste pas moins que la plupart des dirigeants se concentrent aujourd’hui sur l’après.

 

Comment, juste avant le début de la crise, auriez-vous décrit la santé du tissu économique français ? Ce constat vous rend-il optimiste pour l’avenir, pour sa capacité de rebond ?

A.G. – L’année 2020 avait très bien démarré. Les actions boursières suivaient une dynamique très favorable, les carnets de commande étaient pleins, beaucoup d’entreprises projetaient de développer des innovations, de lancer de nouveaux produits, etc. La crise sanitaire a forcément cassé cette dynamique d’accélération, et il est difficile de savoir si elle pourra reprendre cette année ou plutôt en 2021.

Ceci étant, on voit émerger depuis cette semaine des réflexions sur la création d’alliances stratégiques, de joint-ventures, de fusions d’entreprises, qui pourraient être extrêmement opportunes dans ce temps particulier de la vie économique : pour deux PME, le fait de s’allier sur du très court terme pour redémarrer l’activité peut permettre de mutualiser leurs moyens de sécurité, leurs ressources, leurs compétences, leur cash, et les aider à rebondir plus efficacement et plus rapidement. Cette autre forme de solidarité est très intéressante, et je pressens qu’il y aura en 2020 de nombreuses initiatives en ce sens.

Du côté de l’Entreprise DU FUTUR, nous nous préparons au retour des « HEROs » à partir du mois de mai, qui se veut une initiative d’entraide globale visant à accompagner nos dirigeants vers la sortie de crise à travers 4 grands enjeux : l’Humain ; l’Engagement social et environnemental de leur entreprise ; la Révolution de leur modèle économique, de l’expérience client, avec leur transformation digitale ; enfin, l’Orchestration de leur excellence opérationnelle, de leur performance industrielle, de leur développement international. Là encore, la solidarité sera notre meilleur atout !

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