15 juillet 2019 3 minute(s)

La FoodTech française a la frite !

Depuis quelques années, l’irruption des start-up de la FoodTech bouleverse en profondeur les habitudes alimentaires des Français. Un affront à la culture culinaire d’un pays qui a vu son “ repas gastronomique ” classé au patrimoine immatériel de l’humanité ? Pas si sûr comme le souligne Julien Tanguy, Directeur général d’Edenred France, société qui a révolutionné le monde de la restauration il y a plus de 50 ans avec ses Ticket Restaurant.

Depuis les années 60, Edenred occupe une place d’observateur privilégié de l’évolution des habitudes alimentaires des Français. Selon vous, qu’est-ce qui a le plus changé ces dernières années ?

Julien Tanguy – Nous observons plusieurs bouleversements dans la manière de “vivre le repas”. L’alimentation est de plus en plus consommée comme un service que l’on commande à domicile ou depuis le bureau. Dans le même temps, le digital élargit le champ des possibles. On ne se limite plus aux établissements situés à une centaine de mètres du bureau, mais on découvre, on teste et on varie plus facilement les lieux de restauration. Enfin, contrairement à certaines idées reçues, le digital n’est pas en train de tuer la restauration traditionnelle. Au contraire ! Il génère des revenus additionnels  et crée une émulation qui pousse l’offre à se renouveler.

 

Ces évolutions ne touchent pas que la France. Assistons-nous à une uniformisation des pratiques entre pays et à une perte de spécificité des habitudes alimentaires qui ont fait la renommée de la patrie de Joël Robuchon ?

J. T. – Non, la France garde évidemment certaines spécificités. Ici, manger reste un acte plus émotionnel qu’ailleurs avec une forte dimension culturelle et de lien social. Exemple : en France on continue de prendre le temps de déjeuner et 30 % des salaries s’offrent une pause au restaurant le midi. Les Français sont également plus attentifs à ce qu’ils mettent dans leur assiette. Les préoccupations sur l’origine des aliments et la manière dont ils sont produits sont plus fortes qu’ailleurs.

 

Si la FoodTech européenne est en pleine ébullition, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont capté à elles seules 63 % des montants investis dans le secteur en 2017. Les start-up tricolores ont-elles du mal à attirer les capitaux ?

J. T. – Ces chiffres sont un trompe-l’oeil ! En réalité, seulement deux start-up allemandes (Delivery Hero et Hello Fresh) et une entreprise britannique (Deliveroo), toutes les trois spécialisées dans la livraison, accaparent 60 % des investissements européens. Si notre pays ne compte pas encore de tels mastodontes, son écosystème de près de 500 start-up adresse une plus grande diversité de sujets, et les investissements y sont mieux répartis. Plusieurs jeunes pousses sont même parvenues à lever plus de 10 millions d’euros.

 

La France détient en effet le record européen du nombre de levées de fonds supérieures à 500 000 euros dans la FoodTech (176). Quelle est la principale force de l’écosystème français ?

J. T. – Sa diversité. Comme je l’ai dit plus tôt, les préoccupations françaises autour du “mieux manger” mais aussi de l’écologie conduisent à une vraie émulation entrepreneuriale. Je suis épaté par le nombre d’initiatives centrées sur des problématiques environnementales (circuit court, bio, lutte anti-gaspi…). Je pense par exemple à Too Good To Go ou à cette start-up avec laquelle j’échangeais récemment, et qui travaille sur la réduction des emballages pour la livraison de repas via le rétablissement de la consigne. Enfin, cet écosystème est aujourd’hui soutenu par une série de nouveaux incubateurs dédiés à la Foodtech, à l’image de Smart Food Paris lancé par Paris & co.


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