20 février 2020 4 minute(s)

Les 2 Vaches : le bonheur d’innover est dans le pré

Du bio avec brio et des idées à gogo ! Fleuron du groupe Danone, la marque Les 2 Vaches constitue un cas emblématique d’intrapreneuriat. Les artisans de cette aventure hors normes ont confié les secrets de cette réussite lors d’une soirée #LetsgoFrance consacrée à l’activation du mode entrepreneur dans les grandes entreprises.
Anne Thevenet-Abitbol est la Directrice Prospective et nouveaux Concepts du groupe Danone

Goût du sens et saveur de la performance

Vive l’audace, la prise de risque, le dépassement des schémas organisationnels classiques et l’engagement sociétal : tel est le message délivré par Anne Thévenet-Abitbol et Christophe Audouin lors d’une manifestation sur l’intrapreneuriat à l’Experience Center de PwC début février.

Dans ce lieu propice à l’infusion de toutes les idées et initiatives permettant d’entreprendre, de créer, de manager et de penser autrement, la directrice de la prospective et des nouveaux concepts du groupe Danone et le directeur général de Les 2 Vaches étaient dans leur élément. « Performance sans conscience n’est que ruine de l’âme » : une devise qui résume l’esprit de cette épopée laitière à haute teneur éthique et sociétale.

Lancée au milieu des années 2000, l’aventure de Les 2 Vaches s’est appuyée sur une ambition qui pourrait aujourd’hui sembler banale mais qui, à l’époque, s’est avérée révolutionnaire : lier business et impact social, mettre le paquet sur la bio et « l’équitable », sensibiliser au bien-être animal, faire souffler l’esprit pionnier et aventurier dans un groupe mainstream.

A la clé, une marque devenue leader de l’ultra frais bio, imitée par ses concurrents mais jamais égalée, et qui a conquis ses galons au sein d’une multinationale en devenant l’une de ses marques phares aux côtés d’Activia, Danette et Velouté.

« Les 2 vaches, c’est l’essence même de l’intrapreneuriat. Tout est parti d’un combat, d’une cause militante : la bio. On en a fait un vrai projet d’entreprise en partenariat avec les éleveurs bio et avec l’aval du groupe et de son président. En rompant résolument avec le marketing classique. On a même démarré dans un garage, comme une certaine marque avec une pomme ! », souligne Anne Thévenet-Abitbol.

« Il fallait considérer que la route était la raison d’être, et non le business simplement bordé par la RSE », renchérit Christophe Audouin, très influencé par l’action de Gary Hirshberg, l’ancien CEO iconique de Stonyfield Farm, une référence mondiale dans le secteur du yaourt bio. « D’où la nécessité d’imaginer une organisation et une gouvernance nouvelles pour réussir cette ambition, qui était et qui demeure de sauver les fermiers bio, de promouvoir le bio en grande distribution, de le faire aimer et de le démocratiser. Il fallait tout inventer, en challengeant le rôle de l’entreprise. Ce qui était d’ailleurs conforme à la pensée d’Antoine Riboud, qui disait il y a plus d’un demi-siècle que la responsabilité des entreprises ne peut plus s’arrêter au seuil de leurs usines ».

 

Chrisyophe Audouin est le co-fondateur de Les 2 vaches qu’il dirige aujourd’hui.

Nouvel esprit, nouvelle organisation

Une nouvelle entité légale et financière a vu le jour pour porter le projet de Les 2 Vaches. Sans beaucoup d’argent mais avec beaucoup d’idées, l’inventivité palliant le manque de moyens alloués … « On a dû faire un marketing alternatif. On n’était pas attendu. Il a fallu construire de la crédibilité dans le groupe », se souvient la directrice des nouveaux concepts.

Pour le DG de la marque aux deux ruminants, les entreprises « ont besoin de ces organisations agiles, en rupture, face à un monde lui-même en rupture ». Rien d’une mode, mais tout d’un nouveau mode de pensée et d’action. L’intrapreneuriat représente le meilleur des deux mondes en conjuguant salariat et entrepreneuriat : « C’est une chance pour des jeunes salariés qui, sans l’aide de l’interne, ne pourraient pas entreprendre faute de réseau, de compétences et d’argent. On peut intraprendre sans avoir à cocher ces trois cases. »

Inspiration, transversalité, effacement des frontières hiérarchiques traditionnelles, prise de risque avec le soutien du groupe (lequel mobilise ses moyens humains, techniques et financiers), ou encore capacité à se projeter sur le long terme et à attirer de nouveaux talents : les vertus de l’intrapreneuriat ne sont plus à démontrer.

Mais pour qu’elles s’expriment pleinement, un certain nombre de conditions doivent être réunies. Comme toute bonne préparation laitière, la qualité ne s’improvise pas et le succès d’un projet intrapreneurial ne vient pas par hasard.

Les ingrédients d’une bonne recette intrapreneuriale

Les clés pour réussir cette subtile alchimie ? Christophe Audouin en identifie trois :

D’abord, la gouvernance. « Il faut réfléchir au cadre. On a passé un contrat avec Danone sur des façons de travailler, la gestion du temps, l’autonomie, un reporting différent ». Ensuite, de très bons sponsors au sein de l’entreprise, qui soutiennent efficacement le projet sans penser à la rentabilité à court terme. Enfin, le leadership. « Il est essentiel d’avoir des personnes qui ont une ambition pour le projet supérieure à leur ambition personnelle et qui font les choses par conviction. »

Rappelant que l’intrapreneuriat constitue d’abord une aventure humaine, Anne Thévenet-Abitbol insiste sur le fait qu’il faut se faire plaisir, être évidemment motivé, reconnu et guidé par le sens, et travailler en mode projet. Toutes choses qui permettent de garder beaucoup de talents dans l’entreprise et d’en attirer de l’extérieur.

Prendre le taureau par les cornes

Force de vie et de progrès, l’intrapreneuriat permet d’ouvrir de nouvelles voies, comme l’a bien montré cette approche caractérisée par un partenariat pionnier avec les éleveurs bio et couronnée par une certification équitable.

En acquérant du poids et de la crédibilité, Les 2 Vaches ont changé les lignes. « On reparle chez Danone de l’amont, de l’agriculture et des agriculteurs, et pas seulement des bienfaits sur la santé d’une bonne alimentation », argumente Christophe Audouin. Résultat : Danone a été l’une des toutes premières entreprises françaises certifiées « B Corp »[1]. Le lait des Vaches a fait tache d’huile puisque 30 % du chiffre d’affaire du groupe est aujourd’hui B Corp.

Bref, l’intrapreneuriat apprend à ne pas garder les deux pieds dans le même sabot, à innover sans ruminer ses échecs, à aller toujours de l’avant avec conscience, endurance et conviction. Une vraie corne d’abondance !

[1] certification octroyée à des entreprises répondant à des exigences sociétales et environnementales, de gouvernance ainsi que de transparence envers le public.

 

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