2 décembre 2019 5 minute(s)

Nous avons en France une attention pour l’innovation écologique et sociale

Née en 2018 près de Nantes, Open Lande est une communauté de talents : entrepreneurs, artistes, indépendants, salariés en reconversion, associations, qui ont décidé de consacrer leur énergie à relever les grands défis écologiques contemporains. Entretien avec Walter Bouvais, co-fondateur d’un mouvement catalyseur de changement, qui entend bien s’étendre en France et au-delà pour contribuer le plus efficacement possible à « réparer la Terre ».
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En couverture, l’équipe Open Lande : Marine Laurent, Sylvain Mauger, Pascale Guiffant, Walter Bouvais et Nathalie De Cock (crédit Gwennig Duigou pour Open Lande)

Pourquoi avoir créé Open Lande ?

Walter Bouvais – Le projet est né d’une rencontre en 2016 avec un promoteur immobilier nantais, Bernard Brémond. Il cherchait un nouvel usage à un vaste domaine qu’il possède dans la région, Land Rohan. Pour ma part, je sortais d’une aventure éditoriale et entrepreneuriale avec la création d’un journal national, Terra Eco, un des pionniers de l’information écologique en France. Je souhaitais travailler à réconcilier d’une part l’esprit d’entreprendre, au sens large du terme, l’énergie de créer qui anime les entrepreneurs mais aussi les milieux associatifs, les individus, les artistes, etc., et d’autre part la prise en compte de la gravité de la crise écologique à laquelle nous sommes confrontés.
Ma conviction était que la transition est aussi un défi entrepreneurial, que l’innovation est une des clés pour apporter des réponses aux questions de climat, d’énergie ou de biodiversité. D’où l’idée de créer, à partir de ce lieu qu’est Land Rohan, un écosystème créatif et entrepreneurial qui s’empare de ces défis.

Concrètement, Open Lande, qu’est-ce que c’est ? Vous parlez sur votre site de « fabrique de projets évolutionnaires »…

Walter Bouvais – Open Lande, c’est la conjonction de trois éléments.
C’est d’abord une communauté humaine. Plus qu’un réseau, c’est une communauté de professionnels qui ont des métiers et des projets sur le papier assez différents, mais qui se retrouvent autour de l’objectif de « réparer la Terre ». Cela veut dire non seulement réduire l’empreinte écologique des activités humaines, mais aussi bâtir une économie nouvelle. Nous ressentons autour de ces sujets une formidable quête de sens, de la part de professionnels talentueux, venus de tous horizons.
Pour développer ses actions, la communauté Open Lande s’appuie sur un lieu : en l’occurrence Land Rohan. C’est un premier point de rencontre. Il y en aura d’autres, en France et peut-être ailleurs, dans des zones urbaines comme rurales, là où l’énergie entrepreneuriale se cristallise et manifeste l’envie de travailler au service du bien commun.
À partir de ce lieu, notre communauté a construit une offre, le « parcours Open Lande », qui vise à accompagner les individus et les organisations dans leur métamorphose écologique à travers des séminaires, des formations, un service de pré-incubation de projets, ainsi qu’un service d’open innovation pour les organisations et les territoires. Notre action est donc axée principalement autour de la transmission et de l’accompagnement de projet, et repose sur l’intelligence collective.
La transition écologique est aussi – et peut-être avant tout – une question culturelle. Aussi, nous axons notre travail sur l’inspiration, sur l’envie de créer “autre chose”, des projets réellement humains, écologiques et innovants.

"Faire de la France un pays très engagé dans la cause écologique, en ne la réduisant pas à une question citoyenne et militante, mais en considérant que c’est aussi une affaire d’innovation." Walter Bouvais

Quels types de projets avez-vous accompagnés jusqu’à présent ?

Walter Bouvais – En un an et demi d’existence, nous avons déjà catalysé plus d’une centaine d’individus et d’organisations dans leurs projets, que ce soit pour transformer des projets existants ou pour en initier de nouveaux. Pour l’instant les porteurs de projets sont surtout implantés dans le grand Ouest, mais nous recevons régulièrement des Parisiens, entre autres, à Land Rohan.
Parmi les initiatives que nous avons aidé à émerger, on peut citer Mini Big Forest, une jeune entreprise qui conçoit et développe des micro-forêts urbaines participatives : ces forêts sont co-plantées avec les salariés d’une entreprise, les élèves d’un collège ou d’un lycée, les habitants d’un quartier… Mini Big Forest a été accompagnée par notre première Fabrique en mars dernier et 7 mini-forêts sont déjà en cours de développement dans l’ouest de la France.

Comment décririez-vous l’esprit français d’Open Lande, s’il en est un ?

Walter Bouvais  – C’est un peu comme la French Touch de l’électro française dans les années 2000, ce piment qui donnait à la musique une texture qu’on ne trouvait pas ailleurs. Open Lande a cette touche française qui vient pour moi de notre culture, dans le fait d’assumer de manière simple et décomplexée nos racines.
Nous avons en France un modèle original qui mixe une grande attention au lien social et à la solidarité, un certain goût pour le terroir, la gastronomie et l’esthétique, un attachement à la tradition humaniste des Lumières, à la parole scientifique – même si Descartes est passé par là et nous a un peu séparés de la nature, c’est le paradoxe français –, et, contrairement à ce qui a été dit pendant tant d’années, un vrai esprit d’aventure, auquel correspond l’esprit entrepreneurial.
Tous ces ingrédients rendent sans doute les Français plus réceptifs que d’autres à la cause écologique – ce n’est pas un hasard si l’accord de Paris a été signé chez nous. Et nous sommes convaincus qu’ils vont faire de la France un pays très engagé dans cette cause, en ne la réduisant pas à une question citoyenne et militante, mais en considérant que c’est aussi une affaire d’innovation.
Maintenant, la balle est dans le camp des entrepreneurs. Chez Open Lande, nous les voyons bouger tous les jours sur ces sujets : le changement culturel est extrêmement puissant et visible, on le voit quasiment à l’œil nu en ce moment. Mais, pour une partie, le monde de l’entreprise reste extrêmement rétif à aborder la question écologique. Il faudrait qu’il se décontracte et comprenne que le moment est venu de changer radicalement, que l’esprit entrepreneurial a quelque chose de majeur à apporter à cette révolution. Notre conviction, c’est que si les hommes et les femmes qui créent, essaient, innovent, entreprennent au service du bien commun, deviennent plus nombreux, leur existence et leur impact devenant plus visibles peuvent rendre irrésistible l’envie d’en être, et donc entraîner le reste de la société.

Comment, à l’échelle d’Open Lande, comptez-vous augmenter votre impact ?

Walter Bouvais – Nous voulons avant tout créer d’autres communautés, et pour cela nous avons choisi de recourir à l’open source. Pour se développer, vous avez deux méthodes : soit vous contrôlez tout en permanence, et ça peut prendre un certain temps ; soit vous acceptez que le projet vous échappe en partie en l’ouvrant à d’autres, qui vont forcément s’en saisir, et vous irez beaucoup plus vite. Compte tenu de l’urgence des enjeux, pour nous il n’y a pas photo.
Le projet Open Lande repose sur deux jambes : une association d’intérêt général et une SAS, décrite comme une entreprise à mission. La première est autofinancée par des soutiens de type mécénat et philanthropie, notamment celui de la Fondation Le Damier qui nous a accompagnés dans nos premières actions d’intérêt général et nous aide dans notre réflexion actuelle pour propager le mouvement. La seconde se finance par son activité commerciale, que nous avons l’objectif de développer en accélérant la notoriété et l’impact du parcours Open Lande, pour qu’il touche de plus en plus d’individus, d’organisations et de territoires. Nous serions très heureux que le mouvement puisse dépasser les frontières françaises, car c’est inscrit dans ses gènes. Alors nous pourrons dire que nous avons un réel impact écologique et social.

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