15 février 2021 3 minute(s)

PIA4 : comment garantir le bon usage des investissements à venir ?

En septembre 2020, l’Etat français a annoncé un 4e programme d’investissement d’avenir (PIA4). Doté de 22 milliards d’euros sur cinq ans, ces fonds visent à rendre les entreprises françaises plus technologiques et plus responsables. Pour Vincent Gillet, secrétaire général adjoint du groupe Afnor, les bénéficiaires du PIA4 obtiendront de meilleurs résultats en adossant leurs plans de transformation à des normes.

Vincent Gillet, pourquoi se tourner vers les normes ?

Parce qu’il faut agir vite ! Il existe des méthodes éprouvées pour transformer avec succès son entreprise : nul besoin de perdre un temps précieux à les réinventer. Pour une transformation rapide et à moindre risque, autant emprunter un chemin déjà balisé.

Vincent Gillet, Directeur délégué de l'Afnor
Vincent Gillet, secrétaire général adjoint du groupe Afnor

Pour les dirigeants, les normes volontaires permettent de ne pas réinventer la roue, de planifier une transformation et de gagner du temps. Ces normes recensent en effet les best practices utilisées par des dizaines de milliers d’entreprises en France et des centaines de milliers d’organisations à l’international. Enrichies de l’expérience des uns et des autres au fil du temps, elles sont parfaitement à jour et immédiatement utilisables.

Pour l’Etat, les normes volontaires font office de dénominateur commun. Dans le cas du PIA4, elles permettraient de suivre la progression de chaque entreprise bénéficiaire, d’avoir de la visibilité sur le bon usage des fonds investis et de mesurer les résultats obtenus.

Aujourd’hui, les aides financières sont largement disponibles. Tout l’enjeu est de suivre l’emploi de ces aides et la concrétisation de l’investissement. A quoi bon tous ces milliards s’ils n’aboutissent pas à la France plus technologique, responsable et innovante que dessine le plan France Relance ? Il y a un besoin de rationalisation et la norme peut y remédier.

Concrètement, quelles sont les options pour une entreprise et pour l’Etat ?

Nous serons challengés dans les cinq années à venir sur notre capacité à rendre compte de l’usage des fonds publics. Chacun peut construire son outil de mesure ou alors, ensemble, nous pouvons nous entendre sur des critères communs. C’est ce que le groupe AFNOR propose.

"Les normes volontaires participent de plusieurs manières à la compétitivité des entreprises." Vincent Gillet, secrétaire général adjoint du groupe Afnor

On peut imaginer que les fonds engagés impliquent l’utilisation de normes, partagées par tous, pour mesurer le niveau de performance des entreprises aidées. La norme n’a pas vocation à orienter les fonds mais, suite à leur réception, à structurer les démarches et à obtenir les résultats escomptés. Cela peut très bien fonctionner, par exemple, avec les politiques de grands travaux en matière d’efficacité énergétique.

Notre message est le suivant : assortir les aides de l’Etat d’un fort encouragement à s’inscrire dans une norme serait bénéfique en termes d’efficacité puis de suivi, de mesure, de comparaison. Cette approche garantirait que tout est mis en œuvre pour que l’investissement aboutisse tel que l’entreprise le souhaite. Pas question cependant de conditionner les aides à l’application de normes : tout doit se faire sur la base du volontariat.

En quoi les normes renforcent-elles la compétitivité et la résilience des entreprises ?

Les normes volontaires participent de plusieurs manières à la compétitivité des entreprises. Celles qui touchent à l’organisation et au management contribuent à la gestion des compétences, à l’amélioration et à la préservation de l’emploi. De nombreuses entreprises investissent actuellement dans la reconversion de leurs équipes vers des métiers plus porteurs. En 2020, les formations AFNOR sur les métiers du développement durable ont bondi de 20%. C’est bien la preuve que le reskilling s’appuie aussi sur des normes pour assurer son succès.

Par ailleurs, les délais de paiement des fournisseurs vont s’allonger avec la crise – un problème identifié très tôt dans le plan de relance. Des normes existent aussi pour encadrer cet aspect de la relation avec les fournisseurs. Elles contribuent à sauvegarder le tissu économique des prestataires et à minimiser le risque de rupture dans la chaîne d’approvisionnement. Par exemple, la norme ISO 20400 sur les achats responsables a été construite notamment avec le Conseil National des Achats. Elle est un bon exemple de norme créée en France qui a aujourd’hui acquis une aura internationale.

Le PIA4 met l’accent sur la relocalisation. Quel peut être le rayon d’action des normes ?

Analyse de la supply chain, cartographie des risques fournisseurs, orchestration de la relation entre le donneur d’ordre et l’ensemble de ses fournisseurs : la norme est utile à toutes ces étapes quand on souhaite relocaliser les achats et s’inscrire dans une démarche responsable.

Portée à l’échelle d’une région, la norme permet de massifier les bonnes pratiques et d’accélérer leur diffusion. Je peux citer l’exemple de l’Union Patronale du Var (UPV) qui, à l’aide d’une plateforme d’indicateurs basés sur une norme, est en train d’instaurer une nouvelle culture d’achat de proximité. Cela va induire un changement énorme pour le millier d’entreprises qu’abrite le territoire varois.

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