29 juin 2020 5 minute(s)

Armor-lux « Pour relancer l’activité, les entreprises devront s’adapter et défendre l’esprit de cohésion »

Avec plus de 80 boutiques sur tout le territoire, Armor-lux est depuis 1938 l’un des fleurons français de l’industrie textile. Ancrée en Bretagne depuis sa création, Armor-lux est une entreprise locale qui n’a jamais failli à sa réputation quimpéroise. En plein cœur de la crise sanitaire, l’entreprise et les salariés se sont mobilisés en un temps record pour répondre au besoin en masques des établissements de santé de la région, et ont su déployer leurs outils de production pour confectionner plus de 2 000 000 de masques. Une solidarité locale et nationale pour aider le personnel soignant tout en préparant l’après et le rebond d’Armor-lux, touchée elle aussi par la crise sanitaire. Avec une démarche RSE exemplaire, Armor-lux a tous les atouts pour accompagner les nouvelles habitudes de consommation et imaginer une mode durable et transparente. Rencontre avec Grégoire Guyon, directeur de la communication d’Armor-lux.

Comment l’entreprise Armor-lux fait face à la crise du covid-19 ? Comment avez-vous réussi en plein confinement à transformer votre outil de production pour réaliser masques et surblouses en un temps record ?

Grégoire Guyon, directeur de la communication Armor-lux

Grégoire Guyon – Si les personnels soignants ont été en première ligne pour lutter contre la pandémie du Covid-19, de nombreux acteurs économiques se sont mobilisés. Armor-lux est fière de faire partie de ceux-là. En décidant dès la mi-mars de fournir des masques et des blouses aux établissements de santé, aux entreprises et aux collectivités, nous avons prouvé que notre usine quimpéroise et ses salariés étaient indispensables et que nos valeurs de solidarité et d’engagement avaient du sens en ces temps de crise. Cette décision a été possible après avis favorable du Comité Social et Économique (CSE). Il faut saluer le courage des salariés qui ont accepté de continuer à travailler pour participer à l’effort de solidarité national.

Nous avons produit plus de 2 000 000 de masques. Nos masques sont des masques barrières qui respectent les exigences minimales de méthodes d’essais, de confection et d’usage définies par l’AFNOR. Ce sont des masques grand public de catégorie 1 dont les performances de filtration et de respirabilité ont été mesurées par les laboratoires de la Direction Générale de l’Armement et de l’Institut Français du Textile et de l’Habillement. Nos outils de production sont agiles et ont permis de nous mettre à l’œuvre rapidement. En revanche, nos équipes ont dû faire face à des demandes exponentielles de mi-mars jusqu’à fin mai. Il a fallu alors apprendre à répondre à cette forte intensité de demandes inhabituelle, gérer les stocks et l’approvisionnement mais aussi adapter toute notre production à aux évolutions réglementaires qui ont eu lieu tour à tour pendant le confinement. Une véritable prouesse collective pour notre entreprise mais un défi relevé !

 

En tant que Directeur de la communication et RSE d’Armor-lux, quel est votre ressenti face à la crise aujourd’hui et quels sont selon vous les grandes évolutions qui se dessinent ? 

G.G – Le Covid-19 provoque une hécatombe dans le secteur de l’habillement : La Halle, Camaïeu, Naf Naf, Celio…C’est très violent et inquiétant parce que ce sont de grandes enseignes.

Les évolutions qui se dessinent ne sont pas toutes connues mais je pense que certains vont devoir changer de cap et revoir leur modèle avec une accélération du digital et de la mode responsable.

Aujourd’hui la grande tendance est aux achats de seconde-main qui ont fait leur entrée fracassante dans le quotidien des consommateurs avec des plateformes comme Vinted mais aussi des enseignes comme Okaïdi qui lance ses opérations de dépôts-vente ÏDTroc. Armor-lux quant à elle vient de s’associer avec la startup le Grand Dressing qui permet aux consommateurs de louer leur vêtement en ligne. Mais l’un des défis d’envergure de ces prochaines années sera de réussir à recycler le vêtement pour en produire un autre avec un grade de qualité équivalent et une large gamme de coloris, ce qui n’est pas toujours facile.

 

Comment se porte Armor-lux aujourd’hui ?

Depuis le 11 mai, nos boutiques sont de nouveau ouvertes au public après près de deux mois de fermeture et donc une perte très importante de chiffre d’affaires. Mais cette réouverture a nécessité de mettre en place des mesures sanitaires extrêmement strictes. Nous comprenons ces consignes et nous les respectons même si certaines, comme la mise en quarantaine systématique des articles essayés, rendent difficile la vente et empêchent un retour à une consommation normale. En revanche, le e-commerce fonctionne très bien. Vu le contexte sanitaire, nous avons organisé une grande braderie exclusivement sur le net et avons réalisé un score exceptionnel. Pour ne pas oublier les soignants, nous avons reversé 3% des ventes à Innovéo, le fonds de dotation du CHRU de Brest pour financer la recherche en santé.

Pour relancer l’activité, nous devrons sans doute nous adapter mais surtout défendre ce qui fait la force de notre entreprise depuis sa création : la cohésion. C’est cette cohésion qui a permis de surmonter de nombreuses difficultés dans le passé. C’est cette cohésion qui nous permettra de rebondir, tout en restant fidèles à nos engagements de toujours en faveur de la qualité, de la fabrication française, de l’emploi et de l’éthique.

 

La force et l’agilité de notre tissu industriel français n’est plus à prouver. Quelle place donner selon-vous au made in France pour reconstruire l’après ?

G.G – Nous avons en France de belles usines, des savoir-faire exceptionnels, des produits de qualité. Ils méritent d’être soutenus et reconnus. Pour faire face à la pénurie de masques en France, les industriels textiles ont prouvé qu’ils pouvaient être utiles. On peut espérer, même si cela ne se décrète pas, que les consommateurs se tournent plutôt vers des marques et des entreprises qui portent des valeurs fortes et dont les produits ont du sens.

Nous espérons également que les grands donneurs d’ordres publics ou privés sauront se souvenir, une fois que l’épidémie sera derrière nous, qu’il n’est pas obligatoire d’aller « sourcer » des produits au bout du monde quand on a, en France, des entreprises capables de fabriquer ces mêmes produits dans des conditions respectueuses des salariés, de la santé et de l’environnement.

 

Cette crise est porteuse de changements et de nouvelles aspirations sociétales. Comment Armor-lux imagine son rôle post-crise et comment répondre aux nouvelles attentes des consommateurs ? 

G.G – Nous verrons si la crise renforcera les attentes et aspirations sociétales des consommateurs. Dans un secteur mondialisé et sensible sur le plan de l’éthique et de l’environnement, nous avons intégré la RSE au cœur de notre stratégie et de notre système de management. Cette démarche a été labellisée au niveau exemplaire par AFNOR Certification (Engagé RSE). Nous la menons depuis plus de 15 ans dans une logique de progrès et de performance. Notre politique RSE s’articule autour de quatre axes : le respect des Droits fondamentaux du travail (convention OIT), le respect de l’environnement (certification ISO 14001), le respect de la santé humaine pour garantir aux consommateurs l’innocuité des produits et une forte contribution au développement économique et culturel de la Bretagne.

Pour autant, nous allons poursuivre nos actions et améliorer notre performance RSE. Vu le contexte actuel et la crise que nous sommes en train de traverser, il est indispensable de garantir aux consommateurs et citoyens des filières d’approvisionnement transparentes et sécurisées sur le plan de l’éthique et de l’environnement.

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