13 septembre 2019 3 minute(s)

Chimie du végétal : la France en fait-elle assez ?

Qui a dit que chimie ne pouvait pas rimer avec écologie ? La chimie du végétal utilise des bio-ressources comme alternative aux ressources fossiles pour créer de nouveaux produits et matériaux. Fondée en 2007, l’Association Chimie du Végétal (ACDV) appuie et promeut le développement de cette filière. De son côté, la France en fait-elle suffisamment pour soutenir cette industrie d’avenir ? Nous avons posé la question à François Monnet, président de l’ACDV.
screen_shot_2019-09-13_at_3.49.26_pm.png, par AdminLetsGo

Avec une croissance annuelle de 6 %, la chimie du végétal est en plein boom. Quelle est la place de l’innovation dans cet essor ? 

François Monnet – Tout un écosystème d’organismes et de dispositifs mêlant investissements publics et privés accompagnent les chercheurs et les entrepreneurs qui développent de nouvelles solutions. Ces acteurs sont par exemple soutenus par des instituts de transition énergétique tels que l’ITE PIVERT dans le Grand Est, des incubateurs comme le Biopôle Clermont-Limagne ou des démonstrateurs comme Toulouse White biotechnology. Les pôles de compétitivité tels qu’Axelera, dans le bastion de l’industrie chimique qu’est la région Auvergne-Rhône-Alpes, Industries et Agro-Ressources (IAR) dans les régions Hauts-de-France et Grand Est, ou Xylofutur en Nouvelle-Aquitaine, jouent un rôle tout aussi essentiel dans le soutien à l’innovation.

 

Comment s’explique ce très fort engagement des territoires aux côtés du secteur ? 

F. M. – La chimie du végétal génère 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France ! Elle apporte donc un soutien économique et un relai de croissance bienvenus pour les territoires, notamment ruraux. Elle permet de diversifier les sources de revenus, encourage le renouveau industriel et représente déjà 100 000 emplois directs et indirects, souvent non délocalisables et à haute valeur ajoutée. Ce sont près de 200 laboratoires, bioraffineries ou usines de transformation qui se répartissent de manière assez équitable sur l’ensemble du territoire national même si la filière conserve certaines places fortes comme Lyon, berceau historique de la chimie en France.

 

C’est justement à Lyon que s’est tenue la 5e édition du Plant Based Summit en mai. Ce congrès européen de la chimie végétale identifie les grandes tendances d’innovation et de développement. Quelles sont-elles et pouvez-vous nous donner des exemples concrets d’applications ?

F. M. – Les deux grands axes d’innovation reposent sur la création de nouveaux produits à partir de matériaux issus de matières premières végétales et de procédés innovants pour réduire leur empreinte carbone. Emballages, cosmétiques, matériaux de construction… Les produits biosourcés sont déjà une réalité dans une série de secteurs. Par exemple, le guar, polymère de sucre, est utilisé par Solvay pour concevoir des shampooings. De son côté, Arkema s’appuie sur le polyamide 11 issu de l’huile de ricin pour concurrencer des plastiques techniques dans l’automobile. Autre exemple : la start-up Algo utilise des résidus d’algues pour créer des peintures. 

 

La France est leader agricole européen mais reste distancée par l’Allemagne sur la filière des produits et matériaux biosourcés. Qu’est-ce qui explique ce retard ?

F. M. – La France possède 29 millions d’hectares de surface agricole utile et une très grosse surface forestière. L’Allemagne et l’Italie disposent ensemble d’une surface utile à peine plus importante et pourtant, l’Allemagne pèse 18 % de la bioéconomie européenne, la France 14 % et l’Italie 13 %. Cela montre que le pays peut valoriser davantage ses atouts naturels. De même, si l’État investit dans l’innovation, d’autres pays voisins ont écrit leur stratégie bioéconomie plus tôt, comme l’Allemagne il y a 7 ans.


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