19 novembre 2020 6 minute(s)

Export et réindustrialisation, le tandem de la relance

Le volet export du plan France Relance s’élève à 247 M€ qui s’ajoutent aux aides de soutien export directes et indirectes déjà existantes. Forte de ces nouveaux moyens, Team France Export* compte redonner du souffle aux PME et ETI françaises qui représentent 96% des entreprises exportatrices. Enjeux et revue des mesures avec Frédéric Rossi, Directeur Général Délégué Export chez Business France.

La relocalisation et la réindustrialisation de la France ont quelque peu occulté l’international… Pourquoi est-il important d’inscrire l’international dans le prolongement de la réindustrialisation ?

Cela date d’avant la crise de la Covid et cela reste vrai aujourd’hui : les entreprises qui exportent le plus, innovent plus et créent plus d’emplois. Pourquoi ? Parce que le contexte international les pousse à la compétitivité et au développement de produits différenciants, et pour ce faire, elles recrutent des talents.
Nous réalisons avec le concours d’instituts indépendants des études d’impacts auprès des PME/ETI que nous accompagnons. Nous leur demandons si leur collaboration avec Team France Export leur a permis d’ouvrir de nouveaux courants d’affaires, de sauvegarder ou de créer des emplois. Il en ressort que les entreprises qui s’appuient sur nos services génèrent en moyenne 275 000€ de chiffre d’affaires additionnel à l’export et représentent une création de 12 000 emplois supplémentaires. Ce sont les chiffres de 2019. C’est indéniable, en allant à l’international, nous développons de la richesse sur le sol français.

Frédéric Rossi, Directeur Délégué Général à l'export chez Business France. Crédit photo : Laurence Guenoun.
Frédéric Rossi, Directeur Délégué Général à l’export chez Business France. Crédit photo : Laurence Guenoun.

La France a fait le pari d’une économie ouverte et internationalisée. On dénombre 40 000 filiales d’entreprises françaises à l’étranger et 16 808 entreprises étrangères en France qui produisent chez nous pour exporter ensuite. Elles représentent 2,2 millions d’emplois et 31% des exportations françaises. Nous devons construire un dialogue avec ces entreprises pour qu’elles continuent de choisir la France, dans une communion d’intérêt.

Aujourd’hui nous ne pouvons pas penser le monde comme une économie fermée et faite de flux unidirectionnels : cela n’aurait pas de sens et ne correspond à aucune réalité.
Cette crise a révélé que dans certaines filières stratégiques, il existe des déficits technologiques sur des produits que nous ne fabriquons plus en France et qui nous mettent en péril quand des chocs exogènes surgissent. Il faut s’en prémunir et c’est tout l’enjeu des appels d’offres pour réindustrialiser certains secteurs-clés. Mais il n’est pas envisageable de réindustrialiser la France pour fabriquer tout en France et garder toute la production pour notre marché intérieur, ce serait économiquement intenable. Le relais international est indispensable, il est le prolongement naturel.

En quoi le volet export du plan France Relance est-il inédit ?

Le volet export du plan de relance est une priorité politique pour indiquer la voie, raviver la confiance et l’envie d’international. C’est un engagement fort au plus haut sommet de l’Etat ! c’est aussi une première en ce qui concerne le montant d’aides accordées, mais également une première au regard de la démarche de concertation.

"Choose France, c’est choisir la France, mais c’est aussi acheter français. " Frédéric Rossi

Nous avons consulté 166 organisations professionnelles, tous secteurs confondus, pour élaborer des solutions fortes, simples et innovantes et ramener ainsi massivement nos ETI et PME vers les marchés étrangers. Un dialogue qui a permis de faire émerger les 5 axes de l’accompagnement que nous mettons en place : l’intelligence, c’est à dire mieux informer sur les marchés étrangers, la projection, faciliter et massifier les activités de prospection export, le soutien à la jeunesse à travers le dispositif V.I.E ( volontariat international en entreprise), soit mobiliser les talents pour le développement international des PME/ETI, le renforcement des outils de financement export pour faciliter et maintenir la réalisation des projets, et enfin la promotion de la marque France, en déployant une communication de conquête autour de l’architecture de la marque France et des marques sectorielles.

Téléchargez le récapitulatif des mesures du volet export du plan France Relance.

Quelles questions se posent en ce moment les PME/ETI ?

Dans une conjoncture toujours plus complexe et volatile, elles se demandent sur quel marché elles peuvent aller et comment y accéder – quel droits de douane vais-je payer ? Quel réseau de distribution activer ? Quel est l’impact du Brexit ? Que prévoit tel ou tel accord de libre-échange quand il s’agit de l’Amérique Latine ou du Canada ? J’ai trouvé un partenaire sur place, comment m’assurer que c’est le bon et qu’il ne fera pas faillite demain ? Elles attendent de la Team France Export qu’elle les aiguille en amont des projections sur les marchés à cibler et comment s’y projeter. Pour fournir cette intelligence économique, rapidement, voire quasiment en temps réel, nous nous appuyons sur nos 60 bureaux dans le monde. Notre mission est d’apporter l’information la plus opérationnelle possible au bon moment, pour atteindre les marchés avant les concurrents. Pour compléter cet accompagnement dans la prospection, 15 000 entreprises bénéficieront des « Chèques Relance Export » une aide qui prendra en charge jusqu’à 50 % du financement des actions de prospection. Soit une enveloppe de 30 millions d’euros d’aides.

"Un produit français est identifié comme « safe », nous en avons fait une caractéristique." Frédéric Rossi

L’autre enjeu est la construction de nouvelles relations commerciales à distance. Nous lancerons dès janvier prochain des vitrines digitales pour faire connaître les produits français qui fonctionnent le mieux à l’export : vins et spiritueux, produits agroalimentaires, santé et cosmétique. Et nous avons élaboré sur tous les secteurs des formats percutants et digitalisés de prospection internationale Il est important de digitaliser pour ne pas freiner le processus d’exportation.

Mais le digital ne fera pas tout. Il faut à un moment que la rencontre ait lieu, qu’il y ait des talents sur place pour suivre dans la durée la relation commerciale. Dès le 1er décembre, 3000 chèques relance V.I.E de 5 000 € euros seront à disposition des PME qui engagent une mission V.I.E.

Comment va évoluer la marque Choose France ?

L’Etat a développé depuis 2018 la marque Choose France. Elle a vocation à être projetée dans le cadre d’une campagne de communication à l’international et déclinée à travers des événements à fort impact, directement au bénéfice des entreprises. Choose France s’intègre dans l’architecture de marque « France », aux côtés de Taste France pour l’agroalimentaire. Pour appuyer d’autres secteurs stratégiques, elle se voit compléter des marques French Tech pour les start-ups, French Fab pour l’Industrie et French Healthcare pour la santé.

Pour en revenir à l’évolution de Choose France, cette marque a une double lecture. C’est choisir la France, mais c’est aussi acheter français. Pour l’agroalimentaire par exemple, nous avons longtemps joué la carte de l’élitisme, différenciant mais pas accessible à tous. Nous faisons évoluer notre discours et proposons maintenant au monde entier « d’introduire des produits français dans leur gastronomie et dans leur quotidien. »
La crise sanitaire a transformé des freins en atouts. La surtransposition des directives et des normes européennes en termes de qualité et de traçabilité, longtemps vécue comme un fardeau, est aujourd’hui un avantage concurrentiel pour les produits agroalimentaires français. Elle augmente la confiance qu’ont les acheteurs internationaux envers les produits français. Un produit français est identifié comme « safe », nous en avons fait une caractéristique.
Il y a trois mois de cela, le gouvernement singapourien a officiellement pris contact avec nous. Il recherchait des approvisionnements en produits agroalimentaires de qualité, traçables et sécurisés. Ils ont depuis entamé des relations commerciales avec des fournisseurs français que nous avons identifiés.

Toutes les filières n’ont pas été impactées de la même façon par la crise sanitaire.

L’exportation des vins et spiritueux connaît un important ralentissement. Le circuit HoReCa (ndlr : hôtellerie, restauration, catering) est à l’arrêt dans le monde entier, en raison de la crise sanitaire.
On note également un coup de frein sur les produits agroalimentaires de luxe, comme le foie gras, alors que les produits de moyenne gamme, voire bas de gamme, tirent leur épingle du jeu. Idem en ce qui concerne l’art de vivre : la fermeture des magasins a fortement pénalisé les exportations de nos créateurs et sociétés de prêt-à-porter et accessoires.
On s’attendait à ce que le secteur de la tech survole la crise. Sauf que ce n’est pas si simple ! Le secteur est essentiellement porté par les start-ups, celles-ci souffrent d’un déficit de notoriété. Elles n’ont pas de références établies, sont par nature inconnues sur les marchés. Elles ont besoin de rencontrer leurs prospects en physique pour convaincre. Chose impossible en ce moment !
Les équipements agricoles et agroalimentaires quant à eux ne sont pas trop touchés car ils se vendent sur des marchés caractérisés par des contrats de long terme. Le secteur de la santé se porte bien également. Covid ou pas, les pays étaient déjà lancés dans la modernisation de leur système de santé. La tendance mondiale est au réinvestissement dans les hôpitaux.

*Team France Export rassemble toutes les solutions publiques proposées par les Régions, les services de l’Etat, Business France, les Chambres de Commerce et d’Industrie et Bpifrance pour faire rayonner les entreprises françaises à l’international : https://www.teamfrance-export.fr/

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