3 mai 2021 6 minute(s)

La filière cheval s’élance au galop à l’international

Parmi les secteurs économiques français dotés d’un beau potentiel export, la filière cheval se lance plus résolument que jamais dans la course. Entre loisirs et sciences, patrimoine et innovation, elle compte de nombreux atouts à valoriser. Elle peut aussi s’appuyer à la fois sur un fort ancrage territorial, une expertise nationale reconnue et une visibilité croissante à l’étranger. Chez Business France, Marie-Cécile Tardieu, directrice générale déléguée d’Invest, encourage les acteurs de l’univers du cheval à se projeter à l’international.

Pourquoi regrouper sous le terme de filière cheval les filières équine et équestre ?

Marie-Cécile Tardieu, directrice générale déléguée d’Invest, Business France
Marie-Cécile Tardieu, directrice générale déléguée d’Invest, Business France

Le cheval a ceci de particulier qu’il est objet de passion, chez les initiés et les professionnels comme dans le grand public. Il a une portée symbolique forte, une empreinte dans la vie des gens. Il représente aussi un vivier porteur économiquement qu’il faudrait plus souvent estimer à sa juste valeur. Comme le dit l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), le cheval est un patrimoine d’avenir.

Par patrimoine et univers du cheval, j’entends ce qui touche à l’animal (haras, élevage, soins), aux hommes qui s’en occupent (métiers, équipement, sellerie) et aux rencontres qui les réunissent (sport, compétitions, courses, salons, tourisme équestre…). Il y a aussi tout un imaginaire du cheval qui peut inspirer bien d’autres opérateurs économiques, comme l’industrie du luxe (maroquinerie notamment).

Quels sont les points forts de la France dans cette filière ?

L’expertise et l’innovation sont particulièrement évidentes dans le domaine vétérinaire et de la génétique. Ainsi, le centre d’insémination de Châteray dans l’Ain offre des infrastructures d’excellence. Le Centre d’imagerie et de recherche sur les affections locomotrices équines (CIRALE), en Normandie, est également un site unique en Europe. Il dispose en effet d’installations de pointe en radiographie, échographie, scintigraphie, IRM et scanner. Cet équipement complète des sites d’examen dédiés : piste, carrière et tapis roulant à grande vitesse.

La France peut également partager une approche nouvelle du cheval dans la société et une réflexion de développement durable. Les hippodromes y sont sensibles, comme celui de Clairefontaine à Deauville, qui a obtenu le label d’excellence d’EquuRES. Ces considérations environnementales croisent aussi les problématiques locales. Car le cheval est l’exemple même de la mobilité douce. On voit comment les activités équestres peuvent se combiner avec du développement territorial. Ainsi, des réseaux WiFi sont déployés le long des chemins de randonnée équestre en Pays de Sologne.

Les pouvoirs publics sont-ils impliqués ?

Plusieurs régions ont bien compris l’importance de l’univers du cheval. La Normandie a son pôle de compétitivité Hippolia, la région Auvergne Rhône-Alpes son plan Ambition Cheval et les Hauts-de-France son Plan Cheval.

"J’invite les acteurs de la filière cheval à apporter leur éclairage en amont d'Expo 2020 et à nous contacter pour se joindre à nous sur place." Marie-Cécile Tardieu, DG déléguée d’Invest, Business France

Culture du cheval, expertises métiers, soutien à l’innovation, attention des autorités publiques… La France possède une force qui lui permet de nouer des relations fructueuses avec des pays qui partagent le même intérêt. Business France y sensibilise des élus et des membres du Gouvernement. Parmi eux, Franck Riester, Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, et la députée Martine Leguille-Balloy, membre de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale.

Les acteurs français de la filière cheval sont-ils conscients de leur potentiel international ?

Certains le sont, mais pas tous. Les fédérations ont déjà mis en place des coopérations internationales. Les entraineurs français sont présents auprès des écuries les plus prestigieuses à travers le monde. De nombreux grands coureurs sont élevés dans des haras en France.

Mais la filière a encore besoin d’être mieux accompagnée à l’international. Ma conviction est que le moment est venu de prendre le sujet dans sa globalité et de conduire les acteurs dans une démarche collective. Business France est prêt à travailler avec d’autres organisations telles que l’IFCE, la Fédération française d’équitation (FFE) et le Comité national de tourisme équestre (CNTE). Les professionnels du monde du cheval peuvent avoir envie de se retrouver et d’avancer ensemble. Nous sommes là pour les accompagner.

Comment sortir du lot face à nos concurrents ?

Sur le plan mondial, la France n’est pas seule. Nous sommes en concurrence avec les États-Unis, l’Irlande et le Royaume-Uni. Nous affirmer sur ce marché nécessite d’identifier les atouts de la filière française pour les valoriser davantage à l’international. Nous avons des compétences très fortes. Notre grand défi est de montrer à quel point nous sommes à la pointe dans l’univers du cheval.

Avec certains pays, prendre l’angle de l’univers du cheval permet de partager d’emblée une passion commune. Cela aide à mieux se connaître et se comprendre, à nouer des relations hors du commun. C’est le cas avec les pays du Golfe, qui sont des partenaires économiques à fort potentiel. Le cheval fait partie intégrante de la culture des Emirats Arabes Unis. par ailleurs, l’intérêt pour le cheval est un héritage en Inde, et il est de plus en plus fort en Chine.

Je vois plusieurs pistes de valorisation à développer en priorité. Tout d’abord, la coopération culturelle et vétérinaire peut être renforcée. Nous pouvons aussi répondre à un besoin de formation dans les divers métiers du cheval. Enfin, et surtout, nous sommes porteurs d’une conception novatrice du cheval. Celui-ci est de plus en plus sollicité dans des domaines aussi variés que le management, la thérapie, le handicap, l’insertion professionnelle et le développement dans les territoires. Nous avons des modèles innovants à exporter et nous pouvons accueillir des investissements étrangers dans cette filière.

Que peuvent attendre les acteurs de la filière cheval du pavillon France à Expo 2020 ?

En raison de la crise sanitaire, Expo 2020 se tiendra à Dubaï d’octobre 2021 à mars 2022. Nous avons choisi de mettre l’accent sur le thème de l’attractivité de la France pendant la semaine du sport. La mission cheval se déploiera du 7 au 9 décembre 2021, juste après la saison d’automne des ventes de yearlings. Ainsi, tous les acteurs seront disponibles pour se rendre aux Emirats Arabes Unis.

A Dubaï, Business France aidera les entreprises françaises à valoriser leurs savoir-faire, trouver des clients et attirer des investisseurs de la région. Nous favoriserons donc les échanges, le brassage d’idées et de contacts. Pour cela, nous sommes prêts à amener avec nous de nombreux acteurs – régions, startups, grandes entreprises. Nous les accueillerons au pavillon de la France d’Expo 2020, dont l’étage sera réservé aux rendez-vous d’affaires. Business France, qui est en relation avec de très nombreux interlocuteurs, y organisera des rencontres entre acteurs économiques et institutionnels.

Nous organiserons également un séminaire d’une journée et examinons la possibilité d’un événement équestre. Enfin, nous visons à faire connaître le plus de savoir-faire français en préparant des supports digitaux. J’invite les acteurs de la filière à apporter leur éclairage en amont et à nous contacter pour se joindre à nous sur place.

Comment le soutien de Business France à la filière cheval s’inscrit-il dans la durée ?

Notre démarche est de construire un réseau d’acteurs de l’univers du cheval qui ont envie de se projeter à l’international. Nous les accompagnerons lors des grands rendez-vous annuels. Cela peut être à l’étranger sur des salons, comme le fait déjà la Chambre française de Commerce et d’Industrie au Maroc. Or, en France, il ne manque pas d’événements à exploiter pour organiser des rendez-vous avec des investisseurs étrangers intéressés par notre pays. Le Qatar prix de l’arc de triomphe et le salon international Equita Lyon s’y prêtent bien. A Lamotte-Beuvron, le Parc équestre fédéral – le plus grand parc équestre d’Europe, géré par la FFE – accueille l’Open Generali, le plus grand rassemblement équin au monde.

Par ailleurs, Business France a décidé d’être partenaire de l’Open de France de polo. Des partenaires étrangers qui possèdent des équipes devraient s’y rendre. En amont de la mission cheval à Dubaï, nous y organiserons une rencontre pour amorcer les synergies de notre approche collective. Tous les acteurs français de la filière sont donc bienvenus pour se joindre à cette aventure. Ils trouveront dans Business France une agence prête à les écouter, guider, appuyer, mettre en relation avec les bons interlocuteurs.

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