7 octobre 2020 4 minute(s)

La recherche française, à l’épreuve de la relance

L’entreprise réunionnaise Torskal cherche aux quatre coins du monde un traitement du cancer alliant nano-technologie et chimie verte. A l’instar d’autres biotechs, la crise sanitaire de la Covid-19 challenge ses perspectives. Anne-Laure Morel, CEO et fondatrice, souhaite s’investir dans de nouveaux partenariats, les yeux rivés vers l’international.

Suite à la crise sanitaire, y’a-t-il eu une prise de conscience de l’écosystème de recherche & développement français ?

Comme d’autres biotechs, nous avons été sollicités par des laboratoires, des grands groupes, des services de transfert de technologie et des universités, pour trouver ensemble une solution de test Covid-19. Nos métiers ont ainsi bénéficié d’une nouvelle visibilité médiatique et le grand public a découvert l’organisation et la vivacité de la recherche française. Il a aussi compris ce qu’il y a en jeu. Notre paysage s’organise entre la recherche fondamentale, souvent publique, la recherche appliquée, du côté du privé, et le développement expérimental, porté par les deux à la fois. Supprimez le budget de l’un et les deux autres en pâtiront. Si l’on met fin aux dotations à la recherche fondamentale, c’est la fin à moyen terme de toute innovation sur le territoire français. C’est l’alliance de ces différents modes de recherche qui font l’excellence française. Au-delà des budgets, ce sont des cadres de coopération qui sont nécessaires pour décupler notre recherche, mise à l’épreuve lors de la crise sanitaire.

Quel rôle pour les entreprises de R&D dans le plan de relance de la France ?

On ne peut envisager la reprise économique sans la contribution des entreprises de recherche. Elles sont le moteur de l’attractivité française et de son rayonnement à l’international.
La recherche rend nos entreprises compétitives sur des activités à forte valeur ajoutée.

"Installer le siège social de Torskal à l'Île de la Réunion était un réel pari. Un pari gagnant." Anne-Laure Morel, CEO et fondatrice de Torskal

Dans ce contexte, quelle direction va prendre Torskal ?

La crise sanitaire nous a poussé à réfléchir à la stratégie à moyen-long terme. Contrairement à la tendance actuelle, nous avons fait le pari du recrutement. Par ailleurs, nous étions jusqu’à présent plutôt concentrés sur le marché français et la Chine. Notre intérêt se porte maintenant sur le continent américain où nous avons l’opportunité de devenir les pionniers de la nano technologie verte. On recherche des partenaires industriels : tout est à construire dans ce nouveau projet de rayonnement international. Ce sera notre ambition en ce temps de reconstruction économique.

Avec le nouveau Plan d’Investissement d’Avenir 4, doté de 2,5 Md€, le plan de relance soutient-il suffisamment les entreprises de recherche ?

Il n’est pas tant question de budget, mais plutôt d’accès à cette ressource. Les précédents PIA étaient conditionnés à la création d’alliances avec de grands groupes ou laboratoires pour en bénéficier. Une habile façon d’encourager les collaborations, d’importance capitale pour la recherche française. Cependant ce dispositif ne protégeait pas suffisamment les très petites entreprises.

"Tant de choses sont aujourd’hui dématérialisées ; Il est temps que les acteurs de l’investissement prennent ce virage." Anne-Laure Morel, CEO et fondatrice de Torskal

De manière plus générale, les biotechs consomment beaucoup de cash. Il y a définitivement un enjeu à trouver des mécanismes de financement durables pour mieux les soutenir. Dans cette perspective, chez Torskal, nous croyons beaucoup aux développements de partenariats locaux pour lever des fonds sur place et accéder au marché en même temps.
Le partenariat est le modèle qui accélère Torskal. Nous le pratiquons pour nos essais cliniques avec des partenaires privés. Et nous embarquons également les partenaires publics tels que les CHU. Avec cette méthode, nous co-construisons le produit afin de garantir son achat à long terme par ces mêmes acteurs.

Quels sont les avantages à innover loin des places reconnues ?

Installer le siège social de Torskal sur l’Île de la Réunion était un réel pari. Un pari gagnant, puisqu’il s’avère aujourd’hui très bénéfique pour notre produit. Nous travaillons à proximité de nos fournisseurs de plantes médicinales, la matière première de notre solution. Cela nous permet de sécuriser l’approvisionnement en travaillant directement avec les agriculteurs. Nous avons commencé nos travaux en collaboration avec des phytochimistes formés au sein de laboratoires locaux qui connaissent ces plantes endémiques. Nous avons donc fait un partage de connaissance alliant la phytochimie et la chimie des matériaux.
L’autre avantage à s’installer dans un département d’outre mer est d’ordre fiscal. On bénéficie d’un taux attractif dans le cadre du crédit d’impôt recherche de l’ordre de 50% – alors qu’il est de 30% en métropole. La Réunion, c’est l’Europe au cœur de l’Océan Indien, sauft que l’on est géographiquement plus proche de nos partenaires asiatiques.
Toutefois, ce choix des Dom-Tom n’est pas facile à porter en toutes circonstances. Cela nous est parfois signalé par de potentiels investisseurs, historiquement basés dans les grandes places comme Paris. Pourtant, tant de choses sont aujourd’hui dématérialisées et désenclavées ; Il est temps que les acteurs de l’investissement prennent ce virage. Le numérique, les stratégies fiscales sont d’importants leviers pour l’innovation dans les Dom-Tom, à condition que les investisseurs se décentralisent eux-aussi.

Légende de la photo : Anne-Laure Morel signe un nouveau partenariat, une démarche qui a permis d’accélérer le développement de Torskal. 

Torskal, lauréate des Trophées #LetsgoFrance 2020 dans la catégorie "La France à l'international"

Torskal, lauréate des Trophées #LetsgoFrance 2020 dans la catégorie "La France à l'international"

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