29 janvier 2020 3 minute(s)

Le Prix des Deux Magots, éloge des lettres au café

Créé en 1933, le Prix des Deux Magots est l’une des plus prestigieuses distinctions littéraires françaises. Parmi ses lauréats : Raymond Queneau, Antoine Blondin, Pauline Réage, Marc Lambron, Christophe Bataille, Marc Dugain … Entretien à livre ouvert avec le président du jury, Etienne de Montety.

Quelles sont les particularités de ce prix ?

D’abord, le lieu. Le jury se réunit dans un café, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, ce quartier où se sont illustrés tant d’écrivains. C’est une forme d’hommage à la tradition des cafés littéraires. Le prix est bien sûr indissociable de l’histoire des Deux Magots, qui appartient à la même famille depuis un siècle (NDLR : la famille Mathivat, propriétaire de l’établissement depuis 1919). Une famille très attachée à la littérature et qui a toujours soutenu cette aventure à bout de bras. Les lauréats y ont table ouverte pendant un an.

Ensuite, sa vocation. Il s’agit d’un prix de découverte plus que de consécration, qui va le plus souvent à de jeunes talents prometteurs. Par exemple, nous avons été les premiers à distinguer la Chambre des officiers de Marc Dugain, qui a connu un immense succès.

Enfin, le moment. Il est décerné fin janvier, loin de l’effervescence des grands prix d’automne. Si, de ce fait, nous échappons un peu aux projecteurs, nous délibérons dans la sérénité, sans trop savoir si nous sommes le premier prix de 2020 ou le dernier de la saison précédente.

Quel est l’esprit du Prix ?

La bonne humeur, l’amitié, l’enthousiasme. Nous avons des coups de cœur pour de jeunes écrivains, que nous contribuons souvent à « lancer », des auteurs comme Christophe Bataille, Pauline Dreyfus pour son livre sur Paul Morand et l’Académie française, ou Pierre Adrian avec son essai sur Pasolini. La liberté de choix, l’esprit d’indépendance et l’esprit de camaraderie guident le jury. Nous récompensons parfois un roman, parfois un essai. Parfois un quasi inconnu ou au contraire un auteur confirmé, comme l’an dernier l’historien Emmanuel de Waresquiel.

A quoi servent les prix littéraires ?

A mettre en valeur des livres, à s’orienter dans une production littéraire abondante. Les prix constituent un repère pour les lecteurs et une aide pour les libraires. Et ils incitent à lire. D’ailleurs, les prix de lecteurs se développent, tels que le Goncourt des lycéens, devenu une référence.

Certes, ils n’échappent pas à la critique. Il peut arriver que les jurys se trompent, saluent un livre qui ne restera pas et passent à côté de grands textes. C’est ainsi. Ce ne sont pas des algorithmes qui sélectionnent mais des individus en chair et en os, imparfaits mais vivants.

Vous avez fondé le salon « Histoire de lire » à Versailles, vous venez de publier un essai sur les lectures des Présidents de la République (NDLR : Dans la bibliothèque de nos présidents, éditions Taillandier), est-il vrai que les gens lisent de moins en moins ?

Si lire, c’est poser ses yeux sur un écran, alors non ! Les yeux sont habitués à lire, à déchiffrer des lettres. Mais il y a une concurrence entre la littérature et les nouvelles activités liées à la technologie. Le temps qu’on passe sur Instagram, on ne le passe pas à lire. Les séries sont aussi des concurrents très sérieux pour le livre et la lecture. Entre une bonne série et un roman médiocre, le choix est vite fait ! Entre une bonne série et un bon roman, c’est un choix parfois cornélien …

Trois mots pour qualifier la langue française ?

Poétique, riche, souple. Elle apporte la nuance, élément essentiel à l’heure des nouveaux médias où dominent l’outrance, la caricature, l’invective. Le jargon commercial « globish » n’a pas non plus pour lui la poésie, la richesse, la souplesse de la langue française, son sens de la complexité, son art de la nuance.

Votre mot préféré ?

« Demain », car Il porte une promesse, une espérance.

Un chef-d’œuvre de la littérature qui mériterait tout particulièrement de recevoir le Prix des Deux Magots ?

Le Confort intellectuel de Marcel Aymé, pour son esprit d’irrévérence, sa langue magnifique et ironique, la façon dont il dépeint et ridiculise le pédantisme et les intellectuels qui se prennent au sérieux. C’est un livre d’un mauvais esprit délicieux, une petite bombe pleine d’humour. Et un excellent antidote au politiquement correct de notre temps.

Votre vote a bien été enregistré ! Allez plus loin : Participez à la visibilité du projet !
NON MERCI !