1 juillet 2019 5 minute(s)

Les Français et les PME, une histoire d’amour

Dans le climat actuel de défiance généralisée, les PME font figure d’exception auprès des Français qui, à une très large majorité, leur accordent leur confiance. Tel est le résultat d’une enquête menée par la FEEF (Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France) et le cabinet d’études et conseil Occurrence, qui vient confirmer les PME comme les « pollinisateurs de la vie économique et sociale » de notre pays. Entretien avec Dominique Amirault, Président de la FEEF.
screen_shot_2019-07-01_at_3.28.19_pm.png, par AdminLetsGo

Pourquoi avoir mené cette étude sur la perception des Français à l’égard des PME ? Pourquoi maintenant ?

Dominique Amirault – Depuis une dizaine d’années, on constatait par toutes sortes de sondages que les PME avaient la confiance des Français. On savait qu’elles étaient responsables de 80 % de la croissance de la grande distribution – alors qu’elles ne font que 20 % de parts de marché – en attirant les consommateurs en fond de rayon, grâce à des produits créateurs de valeur, qui répondent à leurs attentes, à la différence des grandes marques qui cassent les prix tout au long de l’année et ont plutôt tendance à imposer leur point de vue.

Cette confiance durable est formidable mais elle nous porte à être ambitieux. Pour répondre à cette confiance, nous avons mis en place au sein de notre fédération le label PME+, « Pour un Monde + Engagé » : cette marque collective a eu un bon retentissement auprès des citoyens.

Mais nous avons voulu aller plus loin encore : cette confiance demandait à être qualifiée, pour mieux comprendre la réalité des attentes des consommateurs. D’où l’enquête menée en avril avec Occurrence auprès de 1 000 Français sur leur perception des PME.

 

L’étude vous a-t-elle conforté dans vos intuitions ou certains enseignements vous ont-ils surpris ?

D. A. – Elle a plutôt confirmé des intuitions. Si les PME sont proches du cœur des Français, c’est avant tout pour leur dimension humaine et leur authenticité : elles ne font pas croire ce qu’elles ne sont pas mais répondent de façon sincère aux attentes des consommateurs, en matière de santé et d’environnement notamment. À leurs inquiétudes aussi, face à une mondialisation devenue synonyme de déracinement, de manque de transparence et de traçabilité, mais également de délocalisation, donc de perte d’emplois et de savoir-faire : avec les PME, les Français savent d’où viennent les produits ; ils savent aussi que ce sont elles qui, à 80 %, créent les emplois en France et parviennent à sauver des métiers qui font partie de notre patrimoine culturel. La confiance qu’ils accordent aux PME vient enfin de ce qu’elles font intimement partie des territoires : non seulement elles animent les territoires mais elles sont façonnées par eux, de même que les territoires façonnent les produits. Au fond, avec les PME, les consommateurs ont l’impression d’appartenir au même monde, contrairement aux multinationales.

La révélation de cette enquête, c’est que les Français associent clairement les PME au retour au local : pour eux, elles ne jouent pas seulement un rôle dans la vitalité économique et sociale des territoires, elles sont une garantie de circuit court. C’est un phénomène nouveau, qui permet de dire que si l’histoire d’amour entre les Français et les PME dure, elle n’a sans doute jamais été aussi forte qu’aujourd’hui.

 

[[nid:3175]] Diriez-vous que les Français sont plus attachés à leurs PME que dans d’autres pays ?

D. A. – Je n’ai pas l’information pour les autres pays mais il est certain qu’en France, les PME jouent la sincérité d’une histoire d’amour avec ceux qui les font vivre, plutôt que de vouloir s’uniformiser à travers une norme.

 

Les Français sondés estiment que les PME sont entravées par une fiscalité et des contraintes réglementaires trop lourdes qui freinent leur potentiel de développement. Espérez-vous voir cette étude déboucher sur une législation plus favorable ?

D. A. – Contrairement à beaucoup de Français, à la FEEF, ne sommes pas favorables aux réglementations, qui sont le fruit d’une culture conflictuelle et sont souvent déconnectées du terrain. Nous préférons largement l’approche anglo-saxonne du travail collaboratif, de la recherche de solutions par compromis en mettant autour de la table les parties prenantes.

Plutôt que la discrimination, nous défendons donc bien plutôt la différenciation PME : on ne peut pas traiter de la même manière une multinationale et une PME, qui n’ont pas les mêmes moyens ni les mêmes façons de fonctionner ; c’est comme si, en boxe, on faisait combattre un poids plume avec un poids lourd, on sait dès le départ qui va gagner ! Il faut donc faire preuve de discernement pour jouer les complémentarités et les synergies. Moi qui suis dans le secteur du vin, je peux témoigner que si la France a la plus belle image dans le monde, c’est parce que les grandes marques ont su travailler avec les petits châteaux et domaines pour aller en force à l’export. Cette différenciation PME, nous l’avons concrétisée il y a 10 ans par voie d’accords avec les distributeurs : la démarche fonctionne, car c’est notamment grâce à elle que 80 % de la croissance de la grande distribution est faite aujourd’hui par les PME.

 [[nid:3173]] Après, il faut certainement faire évoluer la législation sur le plan fiscal : il n’est pas normal qu’une PME, qui défend davantage les savoir-faire et les emplois français, paie plus d’impôts qu’une multinationale qui bénéficie de nombreuses optimisations. Tout le monde doit être traité de façon équitable, et les Français sont très largement d’accord sur ce point.


L’étude FEEF / Occurrence en chiffres

  • 77 % des Français ont confiance dans les PME (vs 28 % pour les multinationales).
  • 78 % considèrent les PME utiles à la bonne santé de l’économie française.
  • Pour près de 9 Français sur 10, les PME participent au rayonnement d’une région et de ses produits locaux (vs 27 % pour les multinationales).
  • 83 % estiment que les PME renforcent le lien social au sein d’un territoire (vs 24 % pour les multinationales).
  • 84 % jugent que les PME sont bien placées pour assurer des circuits de distribution courts (vs. 21 % pour les multinationales).
  • Pour 85 % des Français, les PME souffrent d’une fiscalité trop importante (vs 28 % pour les multinationales)

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