25 septembre 2019 6 minute(s)

Les territoires français, eldorado de l’innovation économique et sociale

Les 1er et 2 octobre, le Palais Brongniart ouvre ses portes à France Attractive, le forum de l’économie et de l’attractivité des territoires français. L’occasion de revenir sur l’immense potentiel de cet « eldorado » avec Pierre Veltz, sociologue et économiste, auteur de La France des territoires, défis et promesses (Éd. de L’Aube, février 2019).

Chercheur français mais aussi homme d’action, Pierre Veltz est sur tous les fronts depuis quelques mois : spécialiste de l’organisation des entreprises et des dynamiques territoriales, reconnu pour ses travaux sur la mondialisation et la métropolisation, directeur d’établissements publics importants comme Paris-Saclay, le sociologue et économiste a porté l’an passé le manifeste co-signé par le comité d’experts de la Fondation Usine Extraordinaire, dans le but de réconcilier les Français avec le monde de l’industrie, avant de publier début 2019, en pleine crise des Gilets jaunes, un hommage engagé à la France des territoires, loin des caricatures qui en sont souvent faites.

Dans cet ouvrage qui ose affronter toute la complexité de la société française et questionner ses racines ainsi que ses implications territoriales, l’auteur n’en fait pas moins le pari de l’optimisme, dressant le portrait d’« une France qui proteste mais aussi invente, au cœur des territoires, des chemins nouveaux pour faire face aux grands défis » contemporains.

 

Les villes et territoires, laboratoires du futur

« Autour des promesses du numérique, des urgences écologiques, de la volonté de recréer du commun dans un monde fragmenté », « nos villes, nos régions, nos campagnes fourmillent plus que jamais de projets créatifs et novateurs », écrit Pierre Veltz. Ces projets de transformation ne sont pas menés « dans un espace abstrait nommé France » mais bien « dans la diversité des territoires » : « dans les métropoles, mais aussi dans les villes moyennes et dans les territoires ruraux – excentrés, et d’autant plus imaginatifs ».

Bien sûr, certains sujets comme les inégalités, l’emploi ou l’environnement « appellent des stratégies nationales et européennes », prévient l’auteur. Mais d’autres comme les nouvelles mobilités, la santé, l’énergie, l’alimentation ou l’industrie demandent surtout des expérimentations dans les villes et les territoires, ces « laboratoires du futur, à l’échelle un », où faire circuler les idées et les expériences pour transformer ensuite « les apprentissages locaux en apprentissage collectif ». « C’est à cela que devrait s’employer la puissance publique, plutôt qu’à imposer des normes universelles », estime le chercheur français.

 

La France à l’heure d’un « tournant local »

Le grand constat de Pierre Veltz, qui fonde son analyse, est « l’émergence d’un puissant mouvement de montée du "local", au point que l’on pourrait parler de "tournant local" », qui touche aussi bien notre économie que notre vie sociale.

Ce virage est avant tout culturel, au sens où il implique « une autre vision du monde » où la proximité « devient une valeur en soi », portée par les impératifs écologiques et les idées de circuits courts, de sobriété, de circularité, mais également par la génération des Millenials qui sont en train de prendre le pouvoir et recherchent avant tout l’autonomie, l’équilibre entre leurs vies professionnelle et personnelle, ainsi que la possibilité de « faire » – soit « de voir le résultat concret de ses actions, fussent-elles modestes, et de ne plus être simplement le petit maillon dans une longue chaîne d’activités pilotées par de grandes organisations ».

Ce tournant est également technique et organisationnel, à l’image du développement des énergies renouvelables « qui conduit nécessairement vers des solutions localement spécifiques ». Plus largement, les « grands vecteurs de croissance dans les décennies qui viennent » que sont la santé, le bien-être, l’alimentation, la mobilité et l’éducation, appellent « la création de systèmes collectifs fortement territorialisés, sources d’innovation et d’emplois à de multiples niveaux de qualification » et portés par « une grande diversité d’acteurs : grandes et petites firmes traditionnelles, économie collaborative et solidaire, entrepreneurs sociaux, associations, réseaux d’internautes, artisans et néo-artisans numériques ». Pierre Veltz en est convaincu, « c’est ce foisonnement qu’il faut accepter, encourager, en quittant les schémas préétablis de ce qu’est le développement économique local et en cessant de vouloir l’enfermer dans des filières ou des boîtes séparées. »

 

Un monde de réseaux qui redistribue les dynamiques territoriales

Pour l’auteur, « la grille de lecture habituelle opposant la centralisation à la décentralisation, les jacobins aux girondins » est désormais « dépassée » : « cette grille n’a pas intégré l’explosion de la connectivité (TGV, smartphones, réseaux sociaux), c’est-à-dire l’émergence d’un monde en réseaux où le pouvoir est à la fois concentré et distribué » et ignore qu’on peut aujourd’hui, en France, « produire (presque) tout (presque) n’importe où ». Dans un « tout petit pays » comme le nôtre, où, contrairement à la Chine, aux États-Unis ou aux pays émergents, « les infrastructures sont abondantes et les compétences largement réparties, aucun territoire n’est condamné ».

S’il ne nie évidemment pas que « certains territoires vont très mal, cumulant les facteurs de déclin, et se sentent délaissés », le sociologue n’en appelle pas moins à voir la France comme « un espace continu offrant des opportunités multiples et variées », composé de territoires « traversés par mille fils tendus entre eux, qui les solidarisent. Plutôt que de souligner sans cesse nos divisions, nous devrions prendre appui sur ces forces d’intégration, largement sous-explorées ».

Aussi, loin de plaider pour un « localisme » synonyme de retour régressif au territoire identitaire et fermé sur lui-même, c’est à une vision fluide et ouverte des interdépendances entre les zones rurales, les villes moyennes et les métropoles, « pôles d’appui et de services » pour les premières plutôt que « "locomotives" d’un développement dont elles seraient les seules forces vives », que l’auteur nous invite : « Sur l’agenda des politiques publiques, rien n’est plus urgent que de revitaliser les liens de co-production entre les métropoles et les espaces qui les environnent, bien au-delà des banlieues proches. »

Dans tous les cas, « il n’y a pas à choisir entre la valorisation du local et le renforcement des interdépendances (nationales, européennes). Le grand paradoxe de notre monde hyper-connecté est que nous allons simultanément vers plus d’ancrage et plus d’intégration ».

 


Pour recevoir toutes nos publications, abonnez-vous à notre  newsletter .

 

Votre vote a bien été enregistré ! Allez plus loin : Participez à la visibilité du projet !
NON MERCI !