16 septembre 2020 7 minute(s)

Mission Invest : la course de relais commence dans les territoires

Secrétaire générale du 3ème Sommet Choose France qui a réuni, le 20 janvier dernier à Versailles, à l’invitation du Président de la République, les grands patrons internationaux et les membres du gouvernement français, Marie-Cécile Tardieu a pris ses fonctions en février 2020 au sein de Business France en tant que directrice générale déléguée en charge de l’activité Invest. Elle fait partie de ces femmes passionnées et engagées qui, au-delà d’une carrière internationale admirable, osent changer les regards en proposant une nouvelle façon d’envisager le travail et les relations humaines sans jamais perdre de vue l’objectif d’accompagner la réussite des entreprises françaises. Sportive et fervente défenseuse des valeurs du sport, Marie-Cécile Tardieu nous livre sa vision de la performance collective pour faire rayonner l’attractivité de la France.

Quelles sont les missions d’Invest ? Quelle est votre vision du métier ?

Marie-Cécile Tardieu, directrice générale déléguée en charge de l’activité Invest chez Business France

Invest a pour mission de prospecter et attirer en France des investissements étrangers créateurs de valeur et d’emplois, mais aussi d’accueillir les talents internationaux sur notre territoire. Je conçois l’action de l’Invest comme une véritable course de relais. Il s’agit d’un jeu collectif qui dépasse la simple somme d’individualités. Si l’on rate le passage de relais nous prenons le risque de faire échouer le projet. En France, la transmission de témoin pendant la course se fait toujours du bas vers le haut, une technique qui permet de gagner en fluidité notamment. En ce qui concerne l’Invest, ma conviction est qu’il faut justement s’inspirer de cette technique de transmission française pour faire rayonner à l’international les atouts des territoires et ainsi attirer des investissements porteurs de croissance durable et d’emploi. Le passage de relais se fait tout en préservant le périmètre d’action et les compétences de chacun. Il s’agit de tirer le meilleur de l’internationalisation de nos économies au service des territoires et de la population.

La mission principale de Business France Invest est de faire venir les investisseurs étrangers en France mais aussi de s’assurer que les investisseurs déjà présents restent et développent leurs activités ! Pour attirer efficacement les investisseurs, il faut à la fois vérifier le cahier des charges de l’entreprise étrangère pour s’assurer que nous sommes en mesure de répondre à ses attentes, mais aussi être à l’écoute des orientations des pouvoirs publics en matière de politique économique pour s’inscrire au mieux dans nos priorités nationales en matière de création de valeur et d’emploi. Notre métier est de trouver l’adéquation parfaite ! Enfin, notre action est au cœur des nouveaux enjeux sociétaux, c’est pourquoi nous accordons une attention toute particulière aux projets qui contribuent à la transition écologique. 

La France était le pays le plus attractif d’Europe continentale en 2019 et la première destination des investissements directs étrangers en Europe. Face à cette crise sanitaire mondiale que nous traversons, comment travaille Business France Invest pour continuer à valoriser la France auprès des investisseurs internationaux ? 

La crise du Covid-19 nous conduit à nous projeter dans une sorte de sprint pour aider les entreprises à faire face aux difficultés économiques. Il faut répondre sans délai aux attentes des entreprises étrangères qui sont très sensibles aux mesures de soutien mises en place en France, notamment en termes d’emploi. C’est déterminant pour la pérennité de leur activité en France. Par ailleurs, Business France peut, grâce à son réseau de bureaux à l’étranger, apporter son soutien aux entreprises françaises fragilisées par la crise en étendant la recherche d’éventuels repreneurs, dans le respect de nos intérêts stratégiques. Mais, au-delà de cette course de vitesse, nous aidons les investisseurs à concrétiser leurs projets en France. Nous les mettons en relation avec les bons interlocuteurs et leur facilitons le passage des différentes étapes, même si l’environnement des affaires s’est déjà considérablement amélioré ces dernières années, grâce à des mesures de simplification administrative. Pour poursuivre la métaphore, c’est une sorte de steeple chase dont nous éliminons les haies ou bien aidons au franchissement. Vous avez compris que la référence n’est pas le marathon, ce n’est pas ce qu’attendent les investisseurs que l’on encourage à venir en France ! 

Les investissements sont des décisions de long-terme qui prennent en compte les facteurs de compétitivité, l’agenda des réformes, la prévisibilité et le cadre fiscal et budgétaire. La crise sanitaire actuelle nous révèle combien les risques et l’incertitude sont désormais accrus. Il faut donc réussir à rassurer car la visibilité compte beaucoup dans les décisions d’investissement. C’est pourquoi la France, même pendant la crise du Covid-19, a réaffirmé sa grande détermination à renforcer sa compétitivité. Après les excellents résultats de 2019, qui nous ont placé comme première destination des investissements directs étrangers en Europe, il s’agit de tenir notre rang et cela passera sans nul doute par une poursuite de la simplification des démarches et une modernisation accrue de notre outil productif. 

Qu’est ce qui fait, selon vous, la spécificité de la France aux yeux des investisseurs internationaux ? 

La France a ce petit supplément d’âme qui lui est propre. Je suis convaincue que la France peut être vue comme un acteur économique de premier rang où il est intéressant d’investir mais aussi comme une puissance visionnaire qui dessine la mondialisation de demain. Si je prends l’exemple de la santé, de l’alimentation ou encore de la transition écologique, nos sociétés seront de plus en plus averses au risque et les enjeux de sécurité sanitaire ou de qualité de vie vont devenir des facteurs de plus en plus pris en compte à l’avenir. Or il existe un modèle français, attentif à l’environnement et au bien -être des individus. Un modèle français fondé sur le développement économique et sociétal durable. Je pense que les entreprises étrangères qui veulent être en pointe sur ces sujets, peuvent être certaines de trouver en France un marché porteur. 

Quels sont les atouts de la France sur la scène internationale ? 

Il existe des atouts structurels et des atouts plus conjoncturels. En tant que 2ème plus grand marché européen, avec un accès à un bassin de 500 millions de consommateurs c’est sans aucun doute la force structurelle de la France. A cela s’ajoute notre capacité à développer des infrastructures qui ont un impact indéniable sur la compétitivité du site France. C’est le cas par exemple des infrastructures ferroviaires, portuaires ou autoroutières mais aussi de la connexion numérique grâce au Plan France Très Haut Débit. Nous pouvons aussi compter sur l’excellence de nos formations et sur notre potentiel en recherche et innovation. Dans le monde qui se profile, il ne faut pas simplement raisonner en secteurs car on voit bien que les frontières entre les secteurs sont parfois fongibles, il faut développer des compétences fondamentales et secteurs transversaux pour construire un outil productif compétitif et agile. La France sait rebondir et se positionner là où l’on ne l’attend pas. Dans la compétition internationale, la France est une combinaison de richesses immuables qui traversent le temps et qui font de notre pays un lieu incontournable. 

Vous êtes une grande sportive et fervente défenseuse des valeurs du sport. A l’aune des JO 2024 et de la coupe du monde de rugby en 2023 en France, en quoi selon vous le sport est un vecteur d’attractivité ? Que souhaitez-vous mettre en place ? 

Je suis persuadée que le sport véhicule des valeurs essentielles pour la société, l’entreprise et les individus. On développe son goût de l’effort, son leadership, sa confiance en soi et on crée des équipes plus soudées. C’est aussi un secteur économique à part entière, on a tendance à le sous-estimer. Pour tous ces motifs, lorsque j’étais Chef du service économique auprès de l’Ambassade de France à Rabat j’ai aidé à créer l’Association de promotion du sport en entreprise au Maroc (APSEM), positionnée auprès du patronat marocain. Pour encourager le sport en entreprise, il faut aussi être exemplaire. Avec mon mari, Jean-François Girault, qui était l’Ambassadeur de France au Maroc, on a donc créé le concept d’Ambassade sportive, sur le modèle des Ambassades vertes que le Quai d’Orsay avait lancées à l’occasion de la COP21. Nous avons réussi à mobiliser plus d’une vingtaine d’autres ambassades étrangères et avons permis de développer collectivement les différentes pratiques sportives. 

Passionnée de course à pied, j’ai également fondé la course des 10km pour la paix dont la 4ème édition aura lieu à Rabat en octobre 2020. Une course sportive, symbolique, solidaire et inclusive. 

Le sport peut être très directement corrélé à l’attractivité d’un pays et il est un vecteur pour attirer les investisseurs étrangers ! Dans la perspective des JO 2024 il sera important de créer un sentiment d’adhésion. On doit fédérer les entreprises étrangères et leur projet autour de l’aventure formidable que s’apprête à vivre la France. Ces Jeux Olympiques seront aussi l’occasion pour les territoires de mettre en avant leurs atouts et leurs spécificités. Soutien au développement de certaines industries, diffusion de l’innovation et de la tech, appel aux talents, le sport est un levier remarquable. Je suis sûre que les investisseurs étrangers peuvent être orientés vers de nouvelles opportunités. Dans ce secteur comme dans d’autres, notre ambition chez Business France Invest, et localement en partenariat avec les agences régionales de développement, c’est de maintenir la France sur la première marche du podium. 

 

Article réalisé avec notre partenaire Business France.

Crédit photo © Passage de témoin entre Sylviane Félix et Christine Arron aux championnats d’Europe 1998. Spécificité française: le passage du bas vers le haut. Photo Eric Feferberg. AFP

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