2 octobre 2019 3 minute(s)

QPV et numérique, nouvel indice de la diversité dans la Tech

Diversidays a fait du manque de diversité dans le numérique son cheval de bataille. Le 26 septembre, l’association a présenté son premier baromètre sur le sujet, créé en partenariat avec Pôle Emploi et le cabinet de conseil Occurrence. Quels enseignements en tirer ? Les explications d'Anthony Babkine, co-fondateur de Diversidays.

Pour mesurer l’inégalité d’accès aux métiers de la Tech, vous avez créé l’indice QPV (Quartiers Prioritaires de la Ville) et numérique. Comment se calcule-t-il et quels sont ses objectifs ?

Anthony Babkine : Pendant un an, nous avons travaillé avec Pôle Emploi et Occurrence pour créer cet indice qui mesure les différences d’appétence pour la recherche d’emploi dans le numérique selon le genre et l’origine géographique des candidats. Pour cela, nous nous sommes basés sur les données du code ROME (Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois). Objectif : rappeler que si à talent égal, les meilleurs réussissent, la ligne de départ n’est pas la même pour tous ! Aujourd’hui, quand on vient d’un QPV, l’appétence pour les offres dites numérique n’est pas la même. Nous voulons combler cette inégalité en sensibilisant les acteurs du secteur et en les incitant à aller chercher des talents aux parcours moins classiques et représentatifs de la diversité de la population. Prochaine étape : élargir ce travail à d’autres collectifs, comme les populations rurales, les personnes en situation de handicap.

 

Premier constat : cette appétence est  30 % inférieure dans les QPV que dans le reste du pays. Les femmes issues de ces territoires sont même 5 fois moins amenées que les hommes à postuler dans le secteur du numérique. Pourquoi un tel écart ?

A.B : Les raisons peuvent s’expliquer de différentes manières. L’une d’entre elles réside dans un moindre accès aux réseaux professionnels numériques et à une faible visibilité. Le manque de confiance en soi et l’autocensure du fait de l’absence de modèles de réussite auxquels s’identifier dans le monde Tech est aussi un point important. En effet, les success story restent majoritairement parisiennes et souvent associées à une certaine élite sociale et économique. Pour les femmes, s’ajoute une méconnaissance d’un secteur perçu comme réservé aux hommes et souvent réduit aux figures du codeur ou du développeur. On y retrouve pourtant toute la diversité des métiers, du marketing à la communication, en passant par les Ressources Humaines. Un gros travail pédagogique et de terrain est nécessaire pour faire connaitre ces métiers, les rendre désirables et encourager des modèles inspirants à parler de leurs parcours.

 

Le 18 septembre, le gouvernement a lancé l’indice Next40 qui regroupe les 40 principales entreprises technologiques françaises. 39 d’entre elles sont dirigées par des hommes. Pourquoi le secteur est-il encore si peu divers ?

A.B : Si les choses mettent du temps à bouger, la question de l’insertion des femmes est aujourd’hui un sujet central pour l’immense majorité des entreprises du secteur, ce qui est un bon début. L’inclusion de la diversité ethnique et sociale est en revanche souvent oubliée. Face à la pénurie de main d’oeuvre, les start-ups oublient de s’intéresser au vivier de talents que représente la France des QPV. L’enjeu de recruter rapidement fait oublier à ces entreprises qu’elles ont aussi un rôle à jouer sur le tissu économique et social qui les entoure.

 

Le secteur du numérique poursuit sa croissance et représente déjà 6,1 % des nouveaux emplois créés en France. Si rien n’est fait pour inclure plus de diversité, le risque n’est-il pas de voir les inégalités se creuser ? 

A.B : 80 000 emplois ont été créés dans le numérique en France en 2018, un chiffre amené à augmenter dans les prochaines années. Aux États-Unis, le secteur génère déjà un tiers des nouveaux emplois. Si l’on ne fait rien pour favoriser la diversité, les populations des quartiers populaires, tout comme les populations rurales, seront à nouveau les grands laissées-pour-compte du marché de l’emploi de demain. Les décideurs doivent également prendre conscience que ce sujet représente un manque à gagner pour toute l’économie. Si tous ces talents ne sont pas repérés ou ne parviennent pas à trouver leur place, ils partiront. Enfin, quel signal envoyons-nous de ce qu’est l’innovation en France si elle reste un privilège détenu par quelques-uns ?

Diversidays est une association d’égalité des chances qui encourage des talents des quartiers et régions rurales et les porteurs de projets à impact, à la création d’entreprises numériques par l’intermédiaire de programmes d’accompagnements sur-mesure.
L’intégralité du baromètre Diversidays-Pôle Emploi-Occurence est disponible sur le site Internet diversidays.com

 


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