13 mars 2020 3 minute(s)

Une certaine idée du champagne, de l’entreprise et de la France …

Il y a quinze ans, Pierre-Emmanuel Taittinger fut l’artisan du sauvetage de cette prestigieuse maison de champagne. Fin 2019, il en a transmis les rênes à ses enfants. Il revient sur cette aventure entrepreneuriale exceptionnelle et livre ses convictions sur le management et la culture d’entreprise. Entretien pétillant et inspirant.

Pourquoi avoir racheté la maison Taittinger ?

Pour une raison très simple : le devoir. Familial et patriotique. J’estimais qu’il était de mon devoir de tout faire pour que cette maison reste champenoise et française. Ce fut un acte de résistance et de patriotisme économique. Et un acte de foi. Impensable, me disais-je, de laisser partir une affaire qui porte mon nom et dont l’histoire est si riche et si chargée de symboles !

Quelles sont les principales difficultés que vous ayez rencontrées ?

Très franchement, de grandes difficultés, je n’en ai pas connu. J’ai cependant éprouvé une grande frayeur lors de la crise financière de 2008, lorsque nous avons vu le monde bancaire trembler sur ses bases. Ce fut à vrai dire la seule angoisse véritable, d’ailleurs totalement étrangère à la maison Taittinger. Heureusement, tout est assez vite rentré dans l’ordre. En dehors de ces inquiétudes macroéconomiques, Taittinger n’a pas traversé d’épreuve à proprement parler ; nous avons fait le nécessaire pour les éviter.

… Et vos plus grandes satisfactions ?

D’abord, bien évidemment, la satisfaction d’avoir réussi à développer la maison. Elle s’est redéployée dans le monde entier et elle a progressé dans tous les domaines : qualité, rayonnement de la marque, respect de l’environnement avec une approche écologique très exigeante et très innovante pour nos 290 hectares de vigne. Nous sommes devenus l’une des six plus grandes maisons de champagne. Et puis j’ai toujours veillé à donner satisfaction à nos actionnaires ; il s’agit, à mes yeux, d’une composante à part entière de la responsabilité du chef d’entreprise. Je me suis employé à l’exercer au mieux.

Mais au-delà de ces motifs de satisfaction, je suis particulièrement fier d’avoir porté un projet humain pour cette entreprise qui a une très belle âme. La dimension humaine a été, et demeure, absolument centrale.

Quand avez-vous commencé à penser à votre succession ?

Dès le début ! Préparer sa succession est un acte majeur du chef d’entreprise. J’avais annoncé que je partirai à 65 ou 66 ans. Ce cap a été atteint et je me suis retiré comme prévu, dans l’allégresse et la satisfaction du devoir accompli. Nouvelle présidente, ma fille Vitalie qui connaît et incarne si bien le champagne – cette histoire où les femmes ont souvent joué un rôle déterminant dès le début du XIXe siècle – et mon fils Clovis, nouveau Directeur général aux côtés de Damien Le Sueur, reprennent le témoin avec une équipe très qualifiée. La relève est assurée ! C’est ma plus grande fierté et ma plus grande satisfaction.

15 ans après, avez-vous le sentiment d’avoir répondu à ce que vous avait écrit un jour votre grand-père : « Oser, entreprendre et conserver, dans l’intérêt de la famille et du pays » ?

Oui, sans aucun doute. Et je continue à le faire. Pas seulement dans le champagne. Il y a quelques mois, j’ai racheté avec Philippe Varin (NDLR : ancien président de PSA) l’atelier de vitrail Simon-Marq, le plus ancien au monde, fondé en 1640 !

Qu’est-ce qui distingue selon vous les entreprises familiales des autres ?

Elles ont souvent un management très stable, ce qui constitue une grande force. Leur action s’inscrit plus naturellement dans le long terme, chose d’autant plus importante lorsqu’elles réalisent des produits d’excellence qui exigent un rapport au temps très particulier.

Le champagne, pour vous, c’est …

Une cérémonie ! Le champagne, c’est plus qu’un vin, c’est un symbole, un symbole de l’amour et de la fête ; c’est avant tout une célébration. Et ce produit d’exception n’aura d’avenir que si l’on maintient le mythe qui lui est lié et le caractère de cérémonie qui s’y rattache.

L’avenir de la France, vous le voyez comment ? 

Je le vois généreux. A condition que la France soit bien gérée. La gestion rigoureuse des affaires publiques est la condition première d’actions généreuses. Je suis un incorrigible optimiste et j’aime à me définir comme un « rêveur engagé ». Aussi, je ne puis voir l’avenir de notre pays qu’avec optimisme, même si de rudes combats, économiques ou autres, sont devant nous.

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