4 mai 2020 6 minute(s)

Urban Lab, cœur battant de la fabrique de villes plus résilientes pour demain

Alors que la crise sanitaire du Covid-19 souligne l’urgence de construire des villes plus résilientes pour faire face aux défis environnementaux du 21e siècle, plongée dans l’Urban Lab, le laboratoire d’expérimentation urbaine de Paris&Co (l’agence de développement économique et d’innovation de Paris et de sa métropole) avec Marion Apaire, sa responsable.

Quelle est la mission de l’Urban Lab ?

Marion Apaire, Responsable de l’Urban Lab

Marion Apaire – Ce laboratoire d’expérimentation urbaine a été créé en 2010 sous l’impulsion de la Ville de Paris, dans une volonté d’identifier des innovations urbaines pour répondre aux besoins des usagers, de généraliser leur déploiement et de favoriser l’acculturation de la collectivité aux thématiques émergentes.

Depuis sa création, l’Urban Lab porte une double mission. D’une part, aider les structures qui innovent – entreprises, associations, groupements de recherche – en leur permettant de tester in situ, sur une durée de 6 mois à un an, l’efficacité, la faisabilité et la durabilité de leur solution avant de la lancer sur le marché, afin de réduire le risque lié à la commercialisation. D’autre part, aiguiller les concepteurs et décideurs de la ville, publics comme privés, en leur montrant quelles sont les solutions qui ont fait leur preuve et en faisant des recommandations sur la fabrique de la ville.

En dix ans, à travers une dizaine d’appels à expérimentation thématiques, nous avons ainsi accompagné plus de 300 expérimentations, sur des projets qui avaient tous pour point commun de chercher à améliorer la ville, sur des sujets divers : logistique urbaine, économie circulaire, végétalisation, adaptation au changement climatique, qualité de l’air, fabrique de la ville, espace public… À chaque fois, la démarche a permis aux entrepreneurs d’innover et à la collectivité d’identifier les sujets qui émergent, éventuellement de soutenir des filiales émergentes, à tout le moins d’apprendre de chacune des innovations, d’en dégager les forces et faiblesses, les besoins d’appuis réglementaires qui leur permettraient d’essaimer et d’irriguer les politiques publiques…

 

Qu’est-ce qui fait votre spécificité par rapport aux labs d’autres grandes villes de France et du monde ?

M. A. – En France, nous faisons partie des premiers : peu de structures ont autant d’années d’expérience que nous et une ingénierie aussi solide. Il existe des démarches de soutien de l’innovation urbaine à Boston, ou encore à Barcelone, mais chaque dispositif a un modèle très spécifique, qui dépend du jeu d’acteurs en présence, ainsi que des cultures de politique publique.

À cet égard, il faut savoir que l’Urban Lab a fait évoluer son modèle en 2018. Nous avons mis en place deux quartiers d’innovation urbaine sur les territoires du 13ème (Paris-Rive-Gauche) et du nord-est parisien (Chapelle-S), où sont désormais concentrées les expérimentations. Cela permet d’avoir une connaissance plus fine des territoires sur lesquels nous testons des solutions, de mieux répondre aux problématiques locales, en allant à la rencontre des différents usagers en amont des expérimentations, et de rendre les projets plus visibles auprès d’eux.

Par ailleurs, si nous travaillons toujours main dans la main avec la Ville de Paris, nous impliquons également un pôle de 15 partenaire publics et privés qui contribuent, financièrement comme opérationnellement, à la fabrique collective de la ville,de la Banque des Territoires à Enedis, en passant par Icade, Citeo ou Orange. Un dispositif assez similaire de quartier d’innovation existe à Montréal, mais il s’appuie avant tout sur un partenariat entre startups, universités et partenaires privés. Notre démarche est inédite.

 

Certaines solutions expérimentées à Paris ont-elles été déployées à grande échelle ?

M. A. – Oui, il y a par exemple Agricool, dont nous avons accompagné le développement des  « Cooltainers » : des containers maritimes réhabilités dans lesquels on cultive des fraises en grande quantité tout au long de l’année, grâce à un dispositif de rafraîchissement. La startup a levé au total plus de 25 millions d’euros et connaît aujourd’hui une expansion internationale, notamment à Dubaï ; en France, ses fraises sont distribuées par Monoprix.

Le danois Hubbster devrait bientôt connaître le même destin, avec ses boîtes à jeux « Our Hub ». Développées à Paris Rive Gauche avec le soutien du Pavillon de l’Arsenal et de l’Urban Lab, elles favorisent le lien social dans les jardins urbains équipés d’infrastructures de sport. En fonction des infrastructures, vous y trouvez des raquettes et des balles de ping-pong, ou bien des ballons de foot ou de basket. On peut ouvrir ces boîtes comme on retire un Vélib’, à l’aide d’un compte utilisateur. L’expérimentation dans le jardin des Grands Moulins et sur les Rives de Seine a permis de vérifier que ce type de service était plébiscité par les habitués, sans qu’il y ait de dégradations. La startup travaille actuellement sur une application plus ergonomique, avant d’inonder le marché.

 

La crise sanitaire actuelle, et plus largement la crise écologique, mettent plus que jamais les villes au défi de devenir plus résilientes. Diriez-vous, à l’aune de votre expérience, que les villes françaises ont une envie particulière de se mettre en action ?

M.A. – Au niveau de Paris en tout cas, je vois beaucoup d’acteurs se mobiliser. La Ville a mis en place un plan Climat ambitieux, créé une mission Résilience et travaille depuis plusieurs années à s’adapter au dérèglement climatique en prenant des mesures clés. A Paris&Co, nous venons de créer un pôle Ville Durable pour soutenir encore plus activement les initiatives qui transforment durablement la cité, qu’elles prennent la forme de start-up, d’expérimentations urbaines ou de projets locaux à fort impact territorial.

Du côté de l’Urban Lab, nous avons lancé tout un programme sur l’adaptation au changement climatique, qui a rencontré beaucoup de succès : indépendants, associations, PME, startups, grands groupes, citoyens et consommateurs se sont largement mobilisés et de nombreux partenariats se sont montés autour des 11 projets lauréats, ce qui est signe d’une vraie prise de conscience collective.

Nous avons mené notamment des expérimentations  sur la manière de réduire notre consommation en eau et nous nous sommes rendu compte que lorsqu’on expliquait pourquoi c’était un enjeu important, qu’on fournissait des éléments de contexte, et qu’on donnait à chacun les moyens d’évaluer sa consommation d’eau, les Parisiens jouaient le jeu, ils se sentaient responsables et étaient prêts à adopter le bon comportement.

A leurs côtés, on constate que les porteurs de projet que nous accompagnons veillent à la cohérence globale de leurs choix en matière de développement durable en privilégiant les circuits courts, en proposant des solutions décarbonées (notamment la cyclo logistique) ou en végétalisant leurs projets (comme les toilettes écologiques La Parisette ou le mobilier de protection HighFive).

Enfin, nous n’hésitons pas à faire des propositions aux acteurs publics comme privés pour transformer notre modèle urbain et faire face à l’urgence climatique.  Elles portent aussi bien sur l’aménagement urbain, avec des revêtements poreux qui empêchent l’imperméabilisation des sols et donc les trop-pleins d’eau en cas de pluies torrentielles, que sur la mise en place d’incitations fiscales et réglementaires pour soutenir les acteurs de l’économie circulaire, en passant par la promotion d’une logistique plus durable et sociale, avec l’essor de la cyclo-logistique par exemple.

La mobilisation est collective, et se prolonge naturellement dans des situations d’urgence comme celle que nous vivons actuellement avec le Covid-19. Plusieurs porteurs de projet que nous accompagnons innovent ainsi pour faire face à la crise sanitaire, montrant leur agilité et leur sens du collectif : le mouvement des Makers fabrique par exemple des masques avec leurs imprimantes 3D, certaines structures livrent des repas à domicile et d’autres, aident des centres d’accueil à mieux s’aménager ou créent des colocations solidaires entre des réfugiés et des nationaux.

 

Inspirez-vous d’autres villes de France ?

M. A. – Nous constatons un engouement certain pour l’expérimentation : de plus en plus de villes nous sollicitent pour dupliquer notre modèle, en France mais aussi au Canada par exemple. Et avec celles qui, comme Lyon ou Nantes, ont déjà des dispositifs de soutien à l’innovation, nous échangeons. Nous n’avons pas encore de démarche d’exportation structurée mais il est possible qu’à terme, nous aidions d’autres pays à développer leur dispositif.

 

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