4 novembre 2020 4 minute(s)

Apprendre aux entreprises à s’engager

La crise sanitaire de la Covid-19 a démontré que s’engager ne s’improvise pas. Si de nombreuses entreprises ont fait part de leur désir d’agir, toutes n’ont pas réussi à déployer une action, faute d’expérience. Alors, peut-on aider les entreprises françaises à s’engager ? Pour l’Institut de l’Engagement, c’est une certitude ! A la croisée des mondes professionnel et associatif, il valorise le volontariat de milliers de jeunes pour leur permettre de construire la carrière de leur rêve. Une génération d’actifs prêts à agir et à changer la donne, y compris en entreprise, et qui font la fierté de Claire de Mazancourt, directrice.

Qu’est-ce que la crise de la Covid révèle de la capacité des Français à s’engager ?

C’était un moment critique qui a donné naissance à un élan de solidarité exceptionnel. Des centaines de milliers de personnes se sont inscrites sur les plateformes d’entraide, comme celle du gouvernement covid19.reserve-civique.gouv.fr. Des entreprises ont mobilisé leurs salariés et/ou leurs outils de production.
L’envie d’agir était là. Et la mobilisation de ces bénévoles et de ces entreprises a porté ses fruits. Ainsi l’AP-HP a accueilli quelque 10 000 bénévoles, sans lesquels elle n’aurait pu traverser la crise.

Mais parmi les centaines de milliers de personnes qui voulaient s’engager, beaucoup ne se sont pas vu proposer une mission.
Certaines entreprises n’ont pas su comment se mobiliser : quoi faire, quoi proposer, à qui, sous quelle forme, avec quelle compétence ?
Du côté de ceux qui avaient des besoins, il s’est avéré parfois très difficile de faire collaborer des professionnels et des bénévoles, parce que ceux-ci ne partagent pas le même référentiel de compétences que le professionnel qu’ils souhaitent aider. Rappelez-vous les agriculteurs qui avaient besoin de main d’œuvre : les bénévoles ont accouru, mais ils n’avaient pas la maîtrise, le savoir-faire, la capacité physique pour aider.

Pourquoi certains organismes ont-ils réussi à intégrer leurs bénévoles et d’autres pas ? Pourquoi toutes les plateformes n’ont-elles pas rencontré le succès ? Probablement parce qu’il manquait un échelon et que l’on n’était pas prêt et structuré en termes de compétence, coordination, structure, orientation, formation. Il faut maîtriser tous ces aspects pour avoir un résultat positif. C’est pourquoi je suis convaincue qu’on doit donner envie aux entreprises françaises de s’engager, mais aussi les accompagner pour qu’elles le fassent, en temps de crise ou pas.

Sur quoi travaillera la promotion d’automne de l’Institut de l’Engagement ?

On les a baptisés « Les engagés du Covid 19 ». Cette promotion sera spéciale. Déjà, nous l’avons ouverte à tous, indépendamment de l’âge. Elle accueillera tous ceux qui se sont engagés pendant la crise sanitaire et souhaitent transformer leur engagement, en utilisant les enseignements de cette tranche de vie, si particulière, pour en faire un projet, pour innover, pour inventer des solutions. De leur expérience, nous tirerons les leçons nécessaires pour que s’engager soit à la portée de tous. Des initiatives sont nées pendant cette période. Ne les laissons pas disparaître alors qu’elles sont utiles en temps de crise comme en temps normal. Cette expérience doit porter ses enseignements aussi dans les entreprises.
Ainsi, la Covid 19 ne nous aura pas laissé que des masques et de la distanciation physique, mais de nouvelles façons de nous mobiliser et de pratiquer la solidarité. Nous devons déployer nos capacités à engager nos entreprises.

"Après la crise sanitaire vécue, et la prise de conscience qui l’a accompagnée, on n’imagine pas relancer la société française sans l’action et la contribution de ses associations." Claire de Mazancourt

Que faire pour que la culture de l’engagement soit valorisée en France ?

Les recruteurs, et plus largement les équipes des ressources humaines, ont un rôle à jouer. Comment apprécier une expérience associative dans un CV ?
L’expérience de la vie associative est d’autant plus riche qu’elle est volontaire, faite de mixité sociale, en contact direct avec le terrain. Elle ne peut être aussi encadrée qu’une mission en entreprise ; elle encourage donc beaucoup plus la prise d’initiatives.
Si j’étais un recruteur, je demanderais au candidat “Pourquoi avez-vous mis tout en bas vos engagements civiques ? ”Les jeunes qui vivent le service civique ont eu des responsabilités, on leur a fait confiance et ils se sentent capables d’apporter quelque chose. Un jeune en service civique, c’est quelqu’un qui a consacré sa vie à autre chose que son propre parcours, qui s’est intéressé aux besoins des autres, a cherché à y répondre, dans le cadre d’un projet partagé. N’est-ce pas une caractéristique que l’on recherche chez les salariés en entreprise ? L’entreprise ne cherche-t-elle pas quelqu’un de motivé par l’atteinte d’un objectif commun ? Un jeune qui a fait un engagement civique a fait cette preuve-là !

Sarah El Haïry, la secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, a annoncé 100 millions d’euros mobilisés en complément du plan de relance pour le monde associatif. C’est une forme de reconnaissance ?

Après la crise sanitaire vécue, et la prise de conscience qui l’a accompagnée, on n’imagine pas relancer la société française sans l’action et la contribution de ses associations.
Malheureusement, une période difficile s’annonce. L’Institut de l’Engagement vit des dons des entreprises. Celles-ci naviguent en partie à vue en ce moment. Leur premier réflexe est de recentrer leurs dépenses sur ce qu’elles estiment essentiel et peut-être de se désinvestir des opérations de mécénat d’entreprise. Mais veiller à l’équilibre social n’est-ce pas l’essentiel que nous a révélé la crise ? Veut-on en faire une variable d’ajustement ? Le mécénat est-il un à côté ?
Sans l’engagement du monde associatif, cette crise serait encore plus violente, les conséquences sociales et sanitaires seraient encore plus graves. Les associations sont des acteurs essentiels au bon fonctionnement de la société. J’exhorte le secteur privé à ne pas renoncer à ses engagements et nous serons là pour, ensemble, avoir un impact positif sur la société.
C’est de l’avenir, que nous parlons, pas d’une simple ligne budgétaire. Ne coupons pas cette ligne budgétaire, ne coupons pas l’avenir de l’engagement.

Votre vote a bien été enregistré ! Allez plus loin : Participez à la visibilité du projet !
NON MERCI !