13 janvier 2020 3 minute(s)

Clavier LDLC : les secrets de fabrication de la french touche !

Leader du e-commerce informatique et high-tech en France, le groupe LDLC change de casquette pour devenir fabricant d’un clavier repensé de bout en bout pour coller aux spécificités des langues françaises et régionales. Une innovation débusquée du côté d’AFNOR, où la norme volontaire a de quoi inspirer les industriels prêts à sortir du cadre. Une belle trouvaille que nous racontent Christian Mayeur, directeur développement et innovation d’AFNOR Normalisation, et Olivier de la Clergerie, directeur général du groupe LDLC.

L.G.F. : Comment est née l’idée de réinventer le « clavier français » ?

Christian Mayeur (AFNOR): En tant qu’association française de normalisation, nous avons été saisis fin 2015 par le ministère de la Culture d’un questionnement sur l’inadaptation du clavier azerty aux particularités de l’alphabet latin dans l’écriture des langues françaises et régionales, mais aussi européennes. Nous avons ensuite travaillé plus de trois ans pour faire émerger, grâce à des experts de tous bords, un nouveau cadre de transformation optimale.

Olivier de la Clergerie (groupe LDLC) : Notre groupe est engagé depuis des années dans une réflexion en profondeur sur les claviers et a été récompensé à ce titre lors du dernier CES. Nous avons donc été sensibles dès le départ à ce travail de l’AFNOR. Pour nous, il fallait s’en saisir comme d’un véritable levier pour améliorer un produit grand public.

LGF : En quoi ce clavier est-il unique ? Apporte-t-il des changements importants dans l’usage qui peut en être fait ?

Christian Mayeur : La délégation générale à la langue française et aux langues de France nous a livré un diagnostic très détaillé. Associé à une enquête publique qui a suscité près de 3.000 commentaires d’utilisateurs, nous avons identifié une série de problèmes d’écriture. On peut citer par exemple l’accentuation des majuscules, l’absence de certaines ligatures courantes comme le [œ], ou encore du [ç] en majuscule, l’impossibilité de saisir des accents graves et aigus sur toutes les voyelles comme c’est l’usage en langue d’oc. Outre les utilisateurs, les pouvoirs publics, ou les industriels du secteur, des scientifiques de toute l’Europe ont été associés à la recherche d’un juste équilibre entre ce qu’il fallait changer, et ce qu’il fallait conserver. Des machines ont calculé l’emplacement optimal des nouveaux caractères à ajouter à partir d’immenses corpus de texte. Nous avons au final proposé des améliorations de fond dans l’ergonomie ou la saisie des caractères. Les changements concernent certains signes tels que les voyelles accentuées, l’arobase, la ponctuation, le dièse (hashtag), les symboles monétaires, les accolades….

Olivier de la Clergerie : Partir de l’usage est en effet essentiel pour repenser un outil central dans nos échanges quotidiens. Nous avons proposé une fabrication et une distribution en conséquence. Après trois semaines de commercialisation très positives, on voit que l’innovation répond précisément aux besoins des utilisateurs.

LGF : Est-ce si fréquent pour un groupe d’envergure comme LDLC de diversifier ses circuits d’innovation pour concevoir ses produits ?

Olivier de la Clergerie : Notre propre département de R&D est au cœur de notre activité mais il nous invite à nous saisir des opportunités que nous percevons à l’extérieur. Avec l’AFNOR, ce fut notre pari, et nous ne le regrettons pas car elle nous permet aujourd’hui d’avoir un coup d’avance par rapport aux autres. Cette manière d’innover correspond à notre état d’esprit qui vise à aller au devant de la demande sans se laisser aller au confort des habitudes. Ce clavier français reflète notre démarche d’invention et d’adaptation aux normes, ainsi qu’aux codes les plus techniques de la programmation, en France comme à l’étranger.

Christian Mayeur : C’est bien notre vision, qui fait de la norme volontaire un levier stratégique pour les acteurs d’un secteur, évolutif aussi, puisqu’une norme a vocation à être revue tous les 5 ans au maximum. La normalisation volontaire s’affirme comme un vivier d’innovation collective qui gagne à être mis en pratique par un maximum d’acteurs.

 

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