15 avril 2020 6 minute(s)

CovidEcoute : la plateforme gratuite pour aider les personnes en détresse psychologique pendant l’épidémie de Covid19

L'incertitude liée à la crise sanitaire du covid19 et au confinement, engendre du stress et de l’anxiété pour une grande majorité de la population. Chacun peut se sentir rapidement submergé par des vagues d’émotions par rapport à sa santé, à celle de ses proches ou au sentiment d’isolement. Cette crise vient perturber notre mode de vie et peut fragiliser les personnes les plus vulnérables. Stéphany Pelissolo, est psychologue clinicienne et psychothérapeute mais aussi formatrice MBCT, Thérapie cognitive basée sur la pleine conscience. Elle est à l’initiative de la plateforme covidecoute.org soutenue par PwC France, un service gratuit proposé à toute personne en proie à une détresse psychologique liée à l’épidémie de covid19 et au confinement. Rencontre et explications en pleine conscience.

Pourquoi la méditation peut être une réponse à cette situation de crise ?

La situation de crise agite notre esprit de pensées et notre corps de sensations et d’émotions. La méditation, qui n’est pas une séance de relaxation ni une expérience mystique, peut être une vraie réponse à la situation inédite que nous sommes en train de vivre. C’est une sorte d’arrêt sur image, le bouton stop pour l’esprit. Méditer nous permet de nous arrêter et de passer en mode pause. La méditation, au milieu de l’agitation anxiogène de ces dernières semaines et du flot d’informations diffusées par les médias, est un moment pour se demander « comment je vais ici et maintenant ?» et pour savoir « de quoi ai-je besoin pour prendre soin de moi ? ». Méditer, c’est le fait de ramener son attention intentionnellement dans l’instant présent, sans jugement et curieux de ce qui est en nous et autour de nous moment après moment.

Quels sont les grands enjeux et l’impact de cette crise covid19 pour la population française ?

Les enjeux ne sont pour le moment encore que des hypothèses dans la mesure où l’on ne sait pas réellement comment la population vit cette crise et ce confinement. La seule certitude dont on peut témoigner pour l’instant est la grande anxiété ressentie par les malades atteints du covid19 et leur entourage ainsi que l’inquiétude des soignants face au manque de moyens pour prendre en charge tous les malades.

Ce que l’on a pu observer, c’est qu’il y a eu une première vague à la suite de l’annonce du confinement le lundi 16 mars dernier.
Les deux premières semaines du confinement ont été plutôt bien vécues par la population française en bonne santé et même parfois ont été bénéfiques. Cela leur a permis finalement de passer de facto en mode pause. Cette première observation soulève bien l’un des maux de notre société aujourd’hui qui est celui d’être constamment dans le mode « faire » et dans la recherche de productivité, de rentabilité et de performance. Or, face à cette crise et aux restrictions de déplacements le mode pause a été activé automatiquement, au moins dans un premier temps.

D’ici les prochains jours, on risque malheureusement de voir apparaitre une grande incertitude par rapport à l’avenir, le confinement commencera à peser de plus en plus sur la population, l’ennui et la frustration pourront rapidement nous sembler difficile à gérer. Tout l’enjeu sera de réussir à accompagner la population dans cette crise sanitaire mondiale et de ne laisser personne affronter seul une quelconque détresse. N’oublions pas les personnes âgées confinées et isolées, les étudiants, les personnes vivants seules. Cette crise inédite l’est aussi parce que nous n’avons pas toujours les réponses à apporter. Notre travail, en tant que professionnels de santé est d’aider ceux qui se sentent angoissés, ceux qui doivent affronter des épreuves douloureuses et toutes les personnes fragiles.

Enfin, la situation a un impact immédiat dans notre quotidien, c’est pourquoi il est important de faire attention à son état de santé mentale. Pour certains, c’est leur avenir professionnel qui est en jeu mais aussi leurs finances dans un contexte de crise qui engendra inévitablement la perte d’emplois. La contagiosité du virus empêche aussi les familles de se rendre auprès des proches malades ou de leurs défunts. Il ne faut pas minimiser la situation tragique que l’on est en train de vivre. Celle-ci laissera des séquelles mais il existe des moyens d’agir et de soulager la douleur des personnes en détresse psychologique.

Comment avez-vous eu l’idée de CovidEcoute ?

Nous sommes tous concernés par le virus. Le personnel soignant est confronté au sentiment de culpabilité et travaille dans des conditions éprouvantes. Les parents qui ont désormais une charge mentale beaucoup plus importante à gérer, jonglant entre télétravail, réunions, école à la maison, courses, ménage. Nous n’avons plus de sas de décompression et nous enchainons toutes les taches successivement. Il existe un vrai risque d’épuisement physique et mental. Certaines personnes sont très isolées et le risque de déprimer est important. Les malades et leurs proches doivent vivre chacun de leur côté la maladie et parfois le deuil, là où nous avons tellement besoin de soutien et d’être ensemble. Nous savons aussi que cette situation de confinement est propice dans certains foyers au développement d’un climat de violence.

C’est face à ces risques grandissants et à une discussion avec des psychiatres, le Dr Astrid Chevance et le Dr David Gourion qui étaient en train de traduire en français des articles sur les recommandations pour les soignants et patients en santé mentale, que nous avons eu l’idée de proposer une écoute professionnelle bénévole et gratuite. Aujourd’hui la population ne peut pas forcément avoir accès à des psychothérapies gratuites, les psychologues en libéral en France n’étant pas remboursés, il fallait donc imaginer un service d’écoute disponible rapidement pour aider les gens dans l’instant présent et dans le cadre d’une situation d’urgence. La plateforme CovidEcoute a été pensée pour répondre à une souffrance immédiate avec des professionnels de santé mentale (psychologues, psychiatres et addictologues) bénévoles tous formés à des techniques psychothérapeutiques qui permettent d’aider les personnes en souffrance à acquérir des stratégies pour faire face à celle-ci dans l’ici et maintenant.

Le site prévoit également un espace de self-help ainsi que différents programmes, pour que chacun puisse avoir les bons outils pour se sentir mieux et être accompagné à distance. CovidEcoute propose à la fois des programmes spécifiques de 7 jours pour contrôler sa consommation par exemple mais aussi pour gérer le surmenage et l’épuisement ou apprendre à gérer les enfants pendant le confinement. Le site a été construit pour apporter un maximum de réponses et mettre à disposition toutes les ressources nécessaires mobilisables intégralement en ligne.

Comment les praticiens ont-ils accueilli le projet CovidEcoute ?

Il était important que CovidEcoute soit soutenu par l’ensemble des praticiens psychologues, psychiatres et addictologues en France. Mon idée depuis le début était aussi de ramener l’humain au cœur de cette crise et c’est pourquoi CovidEcoute n’est pas pensée comme une simple hotline téléphonique. Dans ce contexte d’isolement et de confinement les gens en difficulté ont besoin de proximité et d’être rassurés. A peine lancée, plus de 530 praticiens bénévoles ont apporté leur soutien à l’initiative. Nous sommes en train de mettre en place tous ensemble des groupes de renforcement des stratégies de coping qui seront proposés aux appelants lors de l’entretien individuel. L’idée est de personnaliser au maximum l’aide et de réunir par groupe de 10 maximum, des personnes qui traversent la même situation. CovidEcoute pourra ainsi accompagner les femmes enceintes, les personnes qui souffrent d’addiction, les personnes désireuses d’apprendre à gérer leurs émotions, les personnes atteintes du covid19, les personnes isolées, les familles de malades hospitalisés mais aussi les personnels soignants. C’est aux côtés de la Fondation FondaMental, centre de recherche en psychiatrie qui porte le projet, que nous finalisons ce dispositif innovant qui permet de combattre l’isolement et de partager des émotions universelles dans le contexte de crise. Parler pour partager son expérience et ses propres stratégies pour faire face à la crise permet aux personnes aussi de se sentir utiles dans une période difficile et culpabilisante.

Le numérique peut-il jouer le rôle de médiateur dans cette crise du covid19 ?

Le numérique est une ressource formidable pour nous aider à affronter la crise sanitaire. Le personnel médical et paramédical utilise quotidiennement les outils numériques notamment Qare ou Doctolib qui eux aussi font preuve de solidarité nationale en équipant gratuitement les centres éphémères de consultation avec leur suite logicielle et en offrant aux Samu une fonctionnalité qui permet d’adresser les patients symptomatiques non graves vers ces centres plutôt qu’à l’hôpital. La téléconsultation est l’une des seules alternatives utilisables à l’heure actuelle et elle permet à de nombreux patients de continuer par exemple leurs psychothérapies à domicile. Le numérique a sa place dans nos métiers à condition toujours de prendre les précautions nécessaires par rapport à la discipline pratiquée. Avant de passer par le numérique, il est essentiel de s’assurer que les personnes disposent de ressources autour d’elles pour être aidées et soutenues.

Une phrase à partager avec nos lecteurs pour se sentir mieux ?

En méditation je dis souvent « quoique ce soit, ça va aller, c’est juste comme ça maintenant. »

 

 

Stéphany Pelissolo est l’auteure de Étreindre votre douleur, éteindre votre souffrance : La thérapie basée sur la pleine conscience aux éditions Odile Jacob.

La Fondation FondaMental a créé CovidÉcoute avec le soutien du cabinet de conseil et d’audit PwC France et Maghreb, la société AXA et sa plateforme Qare, l’AFTCC, l’Encéphale online et la Fondation Pierre Deniker.

Votre vote a bien été enregistré ! Allez plus loin : Participez à la visibilité du projet !
NON MERCI !