16 juin 2020 7 minute(s)

Curious Connect : faisons de l’alternance un synonyme d’excellence en France

L’alternance est une voie de plus en plus attractive et est devenue synonyme d’indépendance économique et d’insertion professionnelle pour les étudiants. Mais face à la crise économique qui accompagne le Covid-19, les futurs alternants ont été stoppés dans leurs recherches. Afin de limiter la baisse du nombre d’apprentis à la rentrée 2020, le gouvernement vient d’annoncer un plan de relance pour sauver l’apprentissage et les établissements de formation. Face à cette situation inédite, Curious Connect vient faciliter et fluidifier le parcours de l’alternance afin d’en faire un vrai tremplin de réussite pour les jeunes Français et un vivier de talents pour les entreprises. Entretien avec Bianca Schor, fondatrice de cette start-up tech née en 2019.

Comment est née Curious Connect ?

Bianca Schor – Ayant eu la chance de faire de longues études (je suis chercheuse en doctorat à l’Université de Cambridge), Curious Connect est né en 2019 du constat que beaucoup de jeunes de mon entourage n’avaient pas les mêmes opportunités en France. J’ai réalisé que l’alternance était une vraie opportunité, que contrairement à l’idée qu’elle serait un second choix pour ceux qui n’ont pas réussi leurs études, elle était faite pour les étudiants ambitieux et qui veulent se former de manière opérationnelle, au plus proche du marché de l’emploi. En France, le taux d’insertion professionnelle des alternants est largement supérieur, de presque 10 points à diplôme équivalent, à celui d’un jeune n’ayant bénéficié que d’une formation initiale. 

Et pourtant, aujourd’hui encore, l’alternance est un parcours du combattant : en France, 52 % des jeunes qui souhaitent faire une alternance sont bloqués dans leur projets professionnels, dans leur parcours de formation, parce qu’ils ou elles ne trouvent pas d’entreprise en alternance, ce qui les met en risque d’exclusion scolaire. C’est un grave problème pour les jeunes avec des conséquences sociales lourdes, mais aussi un manque à gagner significatif pour les écoles qui chaque année perdent leurs étudiants et pour les entreprises qui passent à côté de nombreux talents. L’une des raisons à ce blocage est probablement que l’alternance n’est pas encore assez valorisée dans notre pays  – malgré les efforts actuels des pouvoirs publics – en comparaison avec l’Angleterre ou l’Allemagne par exemple. Il reste encore du chemin à faire dans ce sens pour égaler nos voisins européens. 

Les nouvelles mesures du gouvernement de versement d’une aide financière de 8000 euros à toutes les entreprises pour l’embauche d’étudiant.e.s en apprentissage à partir de juillet 2020 rendront le salaire des alternant.e.s gratuit ou quasi gratuit pour les entreprises et feront de cette voie un moyen d’insertion professionnelle privilégié pour les étudiant.e.s partout en France.

D’où l’idée de développer Curious Connect, pour faciliter l’accès à ce parcours en apprentissage en intégrant tous les acteurs concernés grâce à la première solution innovante dédiée à l’alternance : nous connectons les jeunes, les écoles qui les forment et les entreprises qui les emploient, afin de fluidifier ce parcours et en faire un vrai tremplin de réussite. Notre mission : faire rimer l’alternance avec l’excellence. Nous avons un concurrent en Grande-Bretagne, né il y a trois ans, mais le concept n’est pas exactement le même car le cadre juridique de l’apprentissage est en pleine évolution en France et nous nous y adaptons avec les méthodologies agiles pour répondre à ce marché en expansion de 16 % par an.

Concrètement, comment fonctionne Curious Connect ?

B.S. – Nous avons voulu traiter l’alternance comme un parcours, et donc nous proposons des solutions d’accompagnement pour l’ensemble de ses acteurs.

Aux écoles qui forment les jeunes en alternance, qu’elles soient de commerce, d’ingénieurs ou de développement web par exemple, nous proposons un programme de placement en entreprise accéléré : L’Accélérateur d’Alternance. Nous y intervenons à travers du coaching individualisé pendant 2 semaines selon notre propre méthodologie et avec nos ressources e-learning, suivi de campagnes de candidatures spontanées automatiques via la plateforme Curious Connect pour permettre à leurs étudiant.e.s de trouver un employeur dans leur secteur et zone de mobilité géographique – qui pour certains représente un frein. Nous avons commencé à commercialiser ce programme en novembre 2019 et avons déjà lancé 4 Accélérateurs d’Alternance en 2020, dont un 100% à distance avec notre école cliente Openclassrooms pendant le confinement. 

Pour les nombreux jeunes qui nous contactent individuellement, nous ouvrons certains de ces programmes afin de les accompagner de A à Z dans la recherche de l’entreprise qui correspond à leur projet d’alternance. Nous leur donnons une méthodologie solide de recherche d’emploi en alternance et augmentons leur réseau professionnel de plus de 300 contacts ciblés grâce à nos campagnes de candidatures spontanées. Nous travaillons beaucoup aussi avec eux sur les soft skills, les codes du monde de l’entreprise, les savoirs-êtres, ainsi que la définition de leur projet professionnel.

Et pour les entreprises ?

B.S. – Pour préparer la rentrée 2020 et le redémarrage de l’activité en bénéficiant du nouveau cadre de l’alternance, nous mettons en place des pilotes avec des entreprises partenaires en partant de leurs besoins. Il s’agit principalement de leur proposer un matching de qualité entre leurs offres d’alternance et le pool diversifié de jeunes talents que nous avons suivis au préalable, et dont le projet professionnel a été validé individuellement par nos équipes. 

Rappelons que pour les entreprises de plus de 250 salariés, non seulement recourir à l’alternance est un vrai gain, mais c’est aussi une obligation légale que le gouvernement actuel soutient activement : chaque année, les grandes entreprises doivent recruter 5 % de leur masse salariale en alternance, sans quoi elles doivent verser une pénalité (CSA) qui peut atteindre des sommes très importantes, sommes qui sont par la suite utilisées pour financer les contrats en alternance… de leurs concurrents ! D’ailleurs ces entreprises ne pourront bénéficier des aides financières du gouvernement de 8 000 euros qu’à la condition d’atteindre les 5%. Mettre en place une politique de l’alternance leur permet de faire rentrer dans leurs équipes des jeunes talents, de leur transmettre progressivement leur culture et leurs valeurs propres mais aussi de favoriser la diversité et l’innovation en interne parmi celles et ceux qui seront les leaders de demain. J’encourage toutes les entreprises concernées par ces questions à s’informer sur cette voie de recrutement, et nos équipes sont à disposition pour les accompagner dans ce parcours.

Mesurez-vous d’ores et déjà l’impact de votre action ?

B.S. – Tout à fait, l’impact social positif de Curious Connect est au cœur de notre activité. Notre premier programme de placement en entreprise a été mené avec une école du groupe IGS : 100 % des jeunes que nous avons suivis ont obtenu un entretien d’embauche, pour certains c’était le premier de leur vie, et 75 % l’ont réussi, sachant qu’il s’agissait d’une population largement issue de la diversité et des quartiers prioritaires. Mais notre solution s’adapte à tout public.

Quelles sont vos perspectives de développement ?

B.S. – Pour la rentrée 2020, notre objectif est de commercialiser la plateforme Curious Connect aujourd’hui accessible uniquement via notre programme d’Accélérateur d’alternance. Nous rencontrons déjà une forte demande, notamment de la part des écoles qui voient le marché de l’alternance comme une forte opportunité de développement. Ce qui impose de renforcer nos effectifs : nous avons triplé nos équipes pédagogiques et techniques pendant le confinement, et sommes aujourd’hui 8 collaborateurs dont 62,5% de femmes et plus de 5 nationalités différentes. Cette équipe diversifiée est au cœur de l’innovation Curious Connect et représente notre génération de jeunes mobilisé.e.s au service de la France d’aujourd’hui et de demain.

Aujourd’hui, Curious Connect est actif principalement en Ile-de-France mais nos solutions sont accessible à distance partout en France, et nos partenaires, notamment les écoles et grandes entreprises, ont souvent un réseau étendu sur tout le territoire voire à l’étranger. Pour l’international, nous visons 2022 : il y a un vrai marché en Angleterre mais il est encore trop tôt pour nous positionner, nous devons d’abord confirmer notre expertise en France.

D’ici là, la réforme de la formation professionnelle aura fini d’être mise en place en France : beaucoup de choses vont changer. Étant une petite structure, nous avons la chance d’être agiles et de pouvoir nous adapter au mieux à ces évolutions. La réforme incite par exemple les centres de formation à augmenter leurs effectifs, et pour ce faire à placer en entreprise chacun des jeunes qui s’inscrivent dans leurs promotions (ce qui n’était pas forcément le cas par le passé) : Curious Connect sera là pour les accompagner de manière opérationnelle. La réforme encourage également fortement les entreprises, notamment les grands groupes, à augmenter le nombre d’alternants au sein de leurs effectifs en développant par exemple leur propre centre de formation – ce pour quoi elles n’ont pas forcément d’expertise : Curious Connect a là aussi un rôle important à jouer.

Voyez-vous l’alternance sortir des frontières des seuls métiers manuels, pas ou peu qualifiés, pour s’étendre à tous les secteurs et entreprises, et devenir un pilier central de l’économie de demain ?

B. S. – C’est vraiment notre but ! La tendance actuelle va d’ailleurs en ce sens : aujourd’hui ce sont plutôt des écoles qui forment à des métiers en forte tension – comme ceux de développeur ou de data scientist – qui veulent développer l’alternance et s’adressent à nous pour mettre en place de nouveaux programmes dédiés aux métiers du numérique et cela même en temps de crise sanitaire. La preuve en est : notre accélérateur d’Alternance avec Openclassrooms a démarré seulement 2 semaines après le début du confinement.

L’alternance est plutôt un concept anglo-saxon. À quoi pourrait ressembler une alternance à la française ?

B. S. – C’est une très bonne question, et c’est bien pour cela que nous avons créé Curious Connect : l’histoire est encore à écrire, et va s’écrire dans les prochaines années. Si, jusqu’à présent, l’alternance n’était pas une particularité française, rien n’empêche d’en faire aujourd’hui un fer de lance de notre système de formation et de notre économie. En tout cas notre ambition, avec Curious Connect, est d’être le leader de cette transformation en France, et ce notamment grâce à nos outils numériques et notre expertise. 

 

Crédit photo : © Diversidays (Dagency)

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