23 janvier 2019 7 minute(s)

Drive Tout Nu : le vrac au volant

Premier drive alimentaire zéro déchet au monde, Le Drive tout nu vient d’ouvrir ses portes en périphérie de Toulouse et est déjà victime de son succès. Salomé Géraud, co-fondatrice du projet avec son mari Pierre, met à nu ce concept voué à se développer dans toute la France pour faire de la consommation 100 % responsable une réalité. Effeuillage.
lc_hd-703.jpg, par AdminLetsGo

Comment est née l’idée du Drive Tout Nu ?

Salomé Géraud – Petit, Pierre passait beaucoup de temps avec ses grands-parents, des réfugiés espagnols qui avaient très peu de moyens et utilisaient donc toutes les ressources qu’ils avaient à leur portée, y compris les déchets d’emballage. Les barquettes de steak haché devenaient par exemple des plateaux de fromage ! Ces pratiques faisaient souvent sourire, mais elles ont fait grandir chez Pierre un certain état d’esprit de la récupération. Plus tard, durant ses études à l’école d’ingénieurs de Purpan à Toulouse, en agronomie, il a eu l’opportunité de partir plusieurs mois dans des pays en voie de développement, notamment le Népal, le Kenya et le Mali : là-bas, il a été marqué par les tas gigantesques de déchets qui s’amassaient un peu partout dans le paysage – pour la simple raison que leurs systèmes de collecte sont moins bien organisés que chez nous –, alors pourtant que ces pays ont tendance à moins consommer et à réutiliser davantage qu’en France. Cette expérience a rendu très concret, aux yeux de Pierre, le problème de la production de déchets dans les pays développés.

De mon côté, j’ai eu l’occasion d’être sensibilisée plus tardivement à ce sujet : de réaliser qu’à eux seuls, les Français généraient 590 kg de déchets par an en moyenne, ce qui coûtait chaque année 17 milliards d’euros à notre pays. C’est énorme ! Je viens d’une famille où la récupération n’est pas du tout une seconde nature. Alors, quand j’ai voulu essayer de consommer de manière plus responsable, d’aller vers plus de vrac, je me suis heurtée au manque d’offre, concentrée dans quelques épiceries de centre-ville, et à l’effort que cet objectif demandait : il fallait trimballer ses bocaux, les tarer, les remplir… pour des périurbains, tout ça était un peu trop compliqué.

C’est du croisement de nos deux expériences qu’est née l’idée du Drive tout nu. Nous avons eu envie de simplifier l’accès au vrac, en l’alliant au concept du drive inventé par la grande distribution française, qui connaît un grand succès, pour que ce mode de consommation zéro déchets s’ancre dans le quotidien des gens, et ne reste pas une bonne action de la part d’une minorité convaincue.

 

Votre projet est une première mondiale. Comment fonctionnez-vous en termes de logistique ?

S. G. – Nous avons un entrepôt à Beauzelle, en périphérie de Toulouse, parce que la vocation du Drive tout nu est vraiment d’être implanté dans le périurbain, sur les axes domicile-travail des personnes. Nous y recevons les produits de nos fournisseurs qui, à très grande majorité, sont des producteurs locaux, sous forme de vrac dans de très gros contenants. Nous nous occupons sur place de les reconditionner dans des contenants réutilisables, bocaux en verre et sacs en toile. Puis nous préparons les commandes passées sur notre site Internet par les clients, qui peuvent venir les récupérer sous 2 heures : nous les chargeons dans le coffre de leur voiture, sur leur vélo ou leur remettons en main propre s’ils sont à pied ou en transports en commun.

Si, lors des commandes suivantes, nos clients ramènent les contenants que  nous avons mis à leur disposition – sans consigne financière –, ils reçoivent des bons d’achat chez Le Drive tout nu pour les remercier de participer à un monde sans déchet et favoriser l’économie circulaire. C’est le principe de la consigne inversée !

 

Début janvier, vous avez annoncé une rupture de stock de certains produits, trois semaines seulement après le lancement de votre drive pilote. Quelles leçons en tirez-vous ?

S. G. – Nous avions testé auparavant le concept dans Toulouse et cela avait très bien fonctionné, donc nous savions qu’il y avait une attente. Mais nous n’imaginions pas un démarrage aussi fort ! Nous avons bénéficié d’un boom de visibilité, notamment grâce au reportage vidéo de Brut nature fr diffusé sur les réseaux sociaux.

Effectivement, ce succès – dont nous sommes par ailleurs très fiers – nous a posé quelques problèmes de réactivité logistique, avec des ruptures de stock temporaires, parce que nous ne passons pas par de grosses centrales industrielles, ce qui implique que les producteurs aient le temps de s’adapter. Mais nous avons déjà restocké beaucoup de produits.

Cela ne fait que confirmer la pertinence de notre projet : les Français ont envie de consommer plus responsable aujourd’hui, les études le démontrent, mais ils ont aussi besoin de solutions pour leur simplifier la vie. Chaque jour, nous recevons des centaines de messages de consommateurs qui veulent nous voir vite arriver chez eux, à Lille, Aix, Marseille, Bordeaux, Montpellier… ; de producteurs aussi, d’Occitanie ou d’autres régions, qui aimeraient pouvoir valoriser leurs produits avec nous ; de personnes que le projet a touchées et qui ont envie de remettre du sens dans leur travail en développant un Drive Tout Nu près de chez eux ; enfin de candidats de tout âge qui souhaiteraient rejoindre notre équipe pour développer le projet. C’est très enthousiasmant !

 

Vous affirmez vouloir vous étendre dès 2019 dans toute la France. Quels sont les grands défis de ce développement ?

S. G. – Il va nous falloir surtout choisir notre modèle de développement : voulons-nous le faire sous forme de franchise ou en propre ? Nous n’avons pas encore tranché mais nous y travaillons.

Dans tous les cas, l’idée est de développer un maximum de drives sur le territoire français. C’est un commerce de proximité, il faut donc en voir fleurir un peu partout sur les axes domicile-travail des gens pour que cela devienne un mode de consommation courant et ait un vrai impact sur la production de déchets en France.

 

Faire en sorte que les agriculteurs locaux puissent suivre la demande est-il un autre défi à vos yeux pour valider le modèle ? Quel rôle les pouvoirs publics peuvent-ils jouer à cet égard ?

S. G. – En termes de capacités de production, l’Occitanie peut suivre : nous sommes dans une zone très qualitative de ce point de vue.

Là où il existe un challenge, c’est pour accompagner en France le passage d’une agriculture intensive destinée à l’industrie à une agriculture locale, raisonnée et respectueuse des hommes et de l’environnement. Les pouvoirs publics ont tout leur rôle à jouer dans cette transition, en développant des dispositifs de soutien à ce nouveau modèle.

À notre échelle, nous travaillons avec des agriculteurs et des organismes d’accompagnement pour bien cerner la demande et y répondre par des cultures appropriées. C’est un travail de long terme, mais qui nous tient à cœur, car nous sommes convaincus que c’est ainsi que l’on pourra réellement développer une consommation locale.

La sensibilisation des consommateurs est également cruciale. Il est tout aussi important de respecter la terre, la saisonnalité, sans forcer la nature, que de rester mesuré dans sa consommation, en se détachant de l’immédiateté : si l’on n’a pas tout, tout de suite, ce n’est pas grave ! Nos clients ont cette vertu de patience parce qu’ils défendent une consommation plus douce. C’est un état d’esprit qu’il faut propager ! Et là encore, les pouvoirs publics ont tout leur rôle à jouer.

 

Vous êtes lauréats du Parcours Entrepreneur de Ticket for Change. Qu’est-ce que ce dispositif vous a apporté ?

S. G. – Il nous a donné le déclic pour nous lancer. Pierre et moi avions tous les deux des jobs que nous adorions, mais cette idée de drive zéro déchet nous trottait dans la tête depuis des années. Le Parcours Entrepreneur nous a permis passer de l’idée au premier pas concret du projet, et de le développer en moins d’un an.

Ticket for Change est une formidable boîte à outils et une grande source d’inspiration : pendant 6 mois, vous bénéficiez de conseils de différents experts qui viennent triturer votre concept et vivez au côté de nombreux porteurs de projets passionnants dans l’entrepreneuriat social et solidaire. On en ressort avec une belle dose d’optimisme !

 


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