14 novembre 2019 3 minute(s)

Fintech françaises : après le sprint, l’épreuve d’endurance ?

Où en est aujourd’hui la Fintech française ? Cela fait déjà plusieurs années que la première vague a déferlé, et si elle se décline aussi dans l’immobilier (real estech) ou l’assurance (insurtech), de nombreuses start-up continuent de fleurir dans les secteurs bancaires et financiers. Pour Maximilien Nayaradou, directeur R&D de Finance innovation, qui a organisé début novembre son Fintech Business Day, c’est un signe de maturation mais, aussi d’une trop grande dispersion.
Concours
Les candidatures pour les Trophées #LetsgoFrance 2020 sont ouvertes.
Participez !

Juste avant l’été, Finance Innovation a labellisé 42 nouvelles start-up de la Fintech, autant de projets que vous avez jugés suffisamment « stratégiques, crédibles et innovants ». Quelles grandes tendances observez-vous ?

Maximilien Nayaradou : La quête d’innovation est un processus d’erreur et de succès, en finance tout particulièrement, il n’est donc pas étonnant que le fait marquant soit surtout la structuration progressive du marché. On assiste plus à des approfondissements qu’à des innovations de rupture radicales.

A qui s’adressent ces innovations ?

Maximilien Nayaradou : Côté B2B, on continue d’observer de jeunes projets qui utilisent les SI existants des banques et assurances, à partir desquels se créent des solutions pour répondre aux différents besoins en termes de compliance, règlementation, etc. Côté B2C, émergent des fintechs exerçant dans le champ de l’algorithmique au service d’un accès facilité au crédit à la consommation, dans la lignée d’acteurs comme Finfrog ; d’autres encore qu’on pourrait appeler les « coachs d’épargne » (Cashbee, Wishizz). Celles-ci approfondissent les innovations de la grande vague des « robo-advisors » [apps ou plateformes de conseils financiers ndlr], observée depuis 2015. Désormais, avec l’interopérabilité, les utilisateurs peuvent gérer sur une seule app tous leurs comptes bancaires ; ces services permettent aussi d’optimiser son épargne avec des offres plus mûres et adaptées au marché. Elles se sont simplifiées et ont fluidifié leur expérience-utilisateur : voilà un bon exemple de maturation.

Peut-on dire, sans abus de langage, que l’IA sera la technonologie pour développer les fintechs françaises ?

Maximilien Nayaradou : Dans le domaine de l’IA, on observe aussi une forte maturation, avec l’utilisation un peu plus poussée de techs déjà en vogue ces dernières années, comme le data mining et le machine learning. A côté de ça, on observe aussi des grades d’innovation plus forts, dans l’IA en particulier autour cette fois des réseaux neuronaux sémantiques. Citons Aboutgoods, un projet qui permet d’extraire des données de consommation des clients via leurs tickets de caisse et donc de mieux modéliser et prédire leurs comportements financiers. Des start-ups comme Recital utilisent aussi l’IA pour simplifier les processus [auprès de clients comme Crédit Agricole, BNP-Paribas ou la Société Générale, ndlr] et augmenter les gains de productivité dans le traitement automatique du langage : e-mail, chatbots, moteurs de réponses automatisés… Globalement, l’IA se diffuse partout dans l’écosystème, y compris autour des réseaux neuronaux qui étaient auparavant peu présent dans la finance.

Quels freins à un marché français encore plus mature identifiez-vous ? Comment les lever ?

Maximilien Nayaradou : Pour la fintech française, les freins sont moins règlementaires que financiers. C’est culturel, et lié à une certaine aversion pour la trop grande prise de risque, ce qui conduit à une innovation finalement très dispersée. Nos études montrent que, par rapport à un marché comme l’Allemagne, il y a certes un volume total de levées de fond plus important, mais aussi un montant moyen plus modeste et un nombre d’acteurs qui lèvent des fonds beaucoup plus conséquents : nous n’aimons pas mettre tous les œufs dans le même panier. En voulant donner sa chance à tout le monde, nous prenons le risque de saupoudrer. Les tickets, ainsi, ne sont peut-être pas assez élevés pour créer de grands acteurs globaux. Cela vient peut-être aussi du marché : une des difficultés, pour les jeunes projets, c’est d’atteindre l’économie d’échelle, la rentabilité, et donc une grande adoption d’utilisateurs… tout en ayant déjà fait la preuve du concept que le marché existe. Or, les levées de fonds n’ont pas pour première fonction la réalisation de grandes campagnes de communication qui permettraient de s’adresser massivement à un nouveau marché. Les choses s’améliorent néanmoins sur ce point ces dernières années : c’est une voie à poursuivre !

Votre vote a bien été enregistré ! Allez plus loin : Participez à la visibilité du projet !
NON MERCI !