25 mars 2019 4 minute(s)

La Maison Verrier, l’art de la passementerie au fil des siècles

Depuis 1753, cette entreprise labellisée EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) tisse sa légende artisanale dans un univers de galons et de franges, de lézardes et de câblés, de cartisanes et d’embrasses. Et incarne une certaine idée de l’art de vivre à la française et de la perfection manuelle. Reprise en 2018 par Anne Anquetin, diplômée de Supélec, elle poursuit la trame de son destin en se réinventant. Interview avec cette passionnée qui a quitté Microsoft et l’industrie informatique pour se lancer dans une aventure de beauté, de maîtrise du geste et de sur-mesure.

Quelle est en quelques mots l’histoire de la maison Verrier ?

anne_anquetin_credit_photo_philippe_charlot.jpg, par AdminLetsGo

Anne Anquetin : L’entreprise remonte au 18e siècle et représente dans son domaine une transmission de savoir-faire ininterrompue. La famille Verrier, déjà Maître passementier en 1753, en a été propriétaire jusqu’en 1968 et a perpétué de façon exemplaire les gestes de fabrication et la mémoire collective.

Elle a alors été rachetée par deux anciens salariés de l’entreprise, Claude et Renée Dorget, qui l’on dirigée pendant vingt-cinq ans avant que leur fils Yves, qui demeure associé, ne la dirige à son tour pendant cette même durée avant de la transmettre. J’en suis devenue la dirigeante au printemps 2018. Nous sommes fiers de posséder l’unique atelier de passementerie à Paris, situé rue Orfila, dans le 20e arrondissement. Nous y fabriquons l’intégralité de notre production. Les ornementations textiles que nous proposons sont véritablement uniques. Elles reposent sur des savoir-faire exceptionnels et sont réalisées exclusivement à la demande.

 

Qui sont vos clients ?

A.A : Notre clientèle est très variée. Des institutions publiques font appel à nous, comme le Château de Fontainebleau, le MET de New York ou le Gardner Museum de Boston. L’hôtellerie haut de gamme représente un gros marché ; ainsi avons-nous par exemple réalisé les passementeries du Crillon. Nous servons également une clientèle de particuliers, qu’il s’agisse de résidentiel de luxe ou de décoration de yachts. Ce sont les décorateurs d’intérieur et les tapissiers avec lesquels nous travaillons en direct qui prescrivent nos produits sur ces projets. Certains mènent des chantiers dans le monde entier, ce qui contribue à notre rayonnement international et nous permet de réaliser une partie très significative de notre chiffre d’affaire à l’export.

 

Quels sont les principaux savoir-faire dans votre secteur ?

A.A : L’installation, le réglage et la surveillance d’un métier à tisser Jacquard, le travail des cordes au retord, le choix des couleurs des fils au réassort, le tissage de franges ou de crêtes à la main, ou encore le travail à l’établi pour l’habillage des moules en bois, la pose de mèches, les assemblages et toutes les finitions manuelles sont autant de compétences que nous réunissons. Il s’agit de métiers exigeants, y compris sur le plan physique, et qui réclament beaucoup de minutie, de précision. Bien sûr, les bons professionnels sont habités par l’amour du geste et de la belle ouvrage.

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à quitter le monde de l’informatique et des GAFA pour rejoindre celui des métiers à tisser ?

A.A : J’ai passé 25 ans dans un environnement professionnel très stimulant et riche en opportunités mais, à l’aube de la cinquantaine, les questions sur ce que je voulais vraiment faire par la suite sont revenues en force. J’aspirais à diriger une entreprise, à racheter une entité de fabrication, et à travailler dans un secteur lié à l’embellissement du bâti. Après une formation à la reprise d’entreprise, j’ai passé deux ans à chercher des entreprises potentielles, à choisir celle qui répondait à mes attentes, à obtenir la confiance du vendeur, à bâtir mon projet, à le financer … et à le mener à bien. Cette démarche s’est avérée passionnante quoique pas de tout repos, et l’aventure n’en est qu’à ses débuts !

 

Et demain ?

A.A : L’avenir passe très largement par le développement de notre activité et l’enrichissement de nos savoir-faire. Dans cette optique, recruter et organiser nos compétences constituera évidemment une priorité. Nous souhaitons aussi étendre notre notoriété. Autre piste : nous ouvrir à des secteurs comme la haute couture, en mobilisant nos savoir-faire pour des réalisations d’ornements ayant de nouvelles vocations comme des boutons ou des accessoires de sacs à mains…

 

Crédit photo : Philippe Charlot 


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