6 juillet 2020 6 minute(s)

« La zone ASEAN Océanie est un marché attractif pour développer nos entreprises françaises »

Pays déconfiné depuis le 23 avril, le Vietnam, pourtant au cœur d’une zone fortement touchée par le covid-19, est aujourd’hui un pays très attractif pour nos entreprises françaises. La France est le 11ème client et fournisseur de l’ASEAN Océanie ! Et les relations et échanges sont mutuels puisque l’ASEAN Océanie représente le 9ème client et fournisseur de la France. Jean-Philippe Arvert, Directeur Business France pour la zone ASEAN Océanie, travaille aujourd’hui avec ses 60 collaborateurs pour mettre dans le radar des entreprises françaises les 11 pays de la zone qui représentent un marché à fort potentiel, et ce malgré la crise sanitaire qui frappe l’économie mondiale. Troisième bloc économique du monde, la zone Asie du sud-est et l’Océanie offre de nouvelles opportunités pour développer l’attractivité de la France. Rencontre.
Jean-Philippe Arvert, Directeur Zone ASEAN Océanie, Business France

Quel est aujourd’hui l’impact économique du covid-19 en Asie ?

Jean-Philippe Arvert : Selon les dernières annonces de la Banque Mondiale et du FMI les prévisions de croissance dans le contexte de l’épidémie pour les pays de la zone sont de deux sortes. D’un côté nous avons des pays qui entreront en récession comme Singapour, la Thaïlande, la Malaisie et l’Australie, et de l’autre l’Indonésie et le Vietnam qui sortent clairement leurs épingles du jeu (respectivement 2,1% de croissance pour l’Indonésie et 5% pour le Vietnam). Le Vietnam a donc le vent en poupe et fait face à la crise. Ils représentent un terreau très fertile pour nos entreprises françaises. Il faut ajouter également que ce sont en grandes parties les mesures prises rapidement par les gouvernements local qui a permis de contenir l’épidémie de covid-19 et d’organiser une reprise des activités. Avec moins de 330 cas et aucun mort à déclarer, le Vietnam est un modèle dans la gestion de la crise avec des mesures prises à temps pour endiguer la propagation du virus. 

 

Quels sont les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire ?

J.P.A – Parmi les secteurs économiques les plus fortement touchés par la crise dans la zone Asie du sud-est Océanie, on compte les activités liées au tourisme, à la restauration et à l’hôtellerie. Le secteur aérien et l’aviation ont eux aussi payés un lourd tribut. Enfin, le secteur du luxe et les grandes marques françaises, n’ont pas été épargnés. Mais à l’inverse et communément à la France, le secteur de la santé, des services informatiques, des logiciels, des jeux-vidéos et du bâtiment ont continué d’enregistrer une activité soutenue pendant et après la crise sanitaire. Des secteurs de pointe dans la zone ASEAN*-Pacifique où la France a une première carte à jouer ! 

Enfin, l’agriculture  est un secteur relativement impacté dans cette zone. Face à la crise et aux fermetures des frontières la production locale a été réduite (pas d’exportations) et les importations de denrées alimentaires fortement réduites. A Singapour par exemple 90% des produits alimentaires sont importés ! Le 8 juin dernier en visioconférence une déclaration bilatérale a été signée entre le Ministre de l’Agriculture Français et le gouvernement Singapourien sur la sécurisation de l’approvisionnement alimentaire de la Cité Etat. La France est un grand pays exportateur, notamment dans le secteur de la food. Les équipes Business France et Team France Export ont joué un rôle clé dans la sensibilisation des filières agroalimentaires françaises. Tout l’objectif est d’aider les entreprises à organiser des rencontres d’affaires on line avec les acteurs Singapouriens et de renforcer les relations commerciales et les offres avec la zone. La crise permet cependant de revoir l’approche de nos entreprises dans leur démarche export et dans l’attente de l’ouverture des liaisons aériennes intercontinentales en s’adaptant aux besoins locaux afin de pouvoir faire rayonner nos savoir-faire et nos filières d’excellence. 

 

Pourquoi la zone Asie du Sud-Est Océanie représente un marché particulièrement attractif pour les entreprises françaises ? 

J.P.A – Il est important de rappeler que les pays de la zone Asie du Sud-Est Océanie sont des marchés beaucoup moins concurrentiels que l’Asie continentale. L’Asie pour les entreprises françaises ne doit pas être réduite uniquement à la Chine, au Japon et à la Corée du Sud ! Cette zone ASEAN Océanie peut s’avérer dans certains cas plus faciles d’approche, et la France bénéficie également d’une très bonne image. N’oublions pas aussi que l’Indonésie est la 16ème puissance économique mondiale et membre du G20. 

Grace à l’émergence d’une classe moyenne, cette zone économique représente incontestablement un fort relai de croissance notamment domestique avec une population qui voyage, qui a accès à la propriété et qui commence à avoir les moyens de s’offrir des produits food made in France. Selon les estimations le nombre de personnes appartenant à la classe moyenne en 2030 pour la zone sera de 450 millions. Une clientèle intéressante pour les entreprises françaises, tout particulièrement pour les activités de biens de consommation (food, cosmétiques, mode …). A cette caractéristique, s’ajoute une population hyper connectée et très favorable à la pratique du e-commerce. Mais pour accélérer ce développement commercial, la zone devra surmonter plusieurs défis : le développement des infrastructures de transports – routières et aériennes, ainsi que les enjeux énergétiques et environnementaux.

 

Quels conseils donneriez-vous aux entreprises françaises qui souhaitent s’implanter dans l’un des 11 pays de la zone ASEAN Océanie ? 

J.P.A – Cette zone reste encore méconnue pour les entreprises françaises et l’une des missions de Business France est justement de donner aux dirigeants des informations fiables pour aborder ce marché. Aujourd’hui la demande entrante de ces pays de la zone ASEAN Océanie est très importante et elle l’a été même pendant la crise du covid-19. Cette zone est très hétérogène et il faut savoir s’adresser à la fois à un Thaïlandais, un Australien et un Singapourien, tout en prenant en compte l’interculturalité de ces marchés. L’approche commerciale est certes asiatique mais comporte des spécificités propres à chacun des 11 pays de la zone. L’une des missions de Business France est de coacher les entreprises françaises pour les aider dans leur approche commerciale interculturelle et leur faire connaître les contraintes et les règles de chaque pays. Si la crise sanitaire a permis de mettre en place de nombreux rendez-vous business digitalisés, il faut garder en tête que la culture asiatique accorde une très grande importance à la relation. Si une entreprise souhaite investir ou entrer sur le marché ASEAN Océanie il lui faudra rencontrer physiquement ses futurs partenaires locaux et entretenir la relation commerciale. Pour développer l’export dans la culture française il est primordial aujourd’hui de ne plus être passif et de prendre les devants pour aller vers les entreprises étrangères.

 

Quelles sont les opportunités commerciales pour nos entreprises françaises post-crise du covid-19 dans la zone ASEAN Océanie ? 

J.P.A – Le secteur de la cosmétique représente aujourd’hui un très fort potentiel sur les marchés de la zone avec l’émergence de la classe moyenne asiatique. La santé ensuite où la France a une vraie expertise métier pour accompagner ces pays et répondre aux besoins en dispositifs médicaux, notamment la construction d’hôpitaux et des premières maisons de retraite. Le segment Silver Economie est une réelle opportunité pour nos entreprises françaises. Sans surprise, le secteur alimentaire avec le vin et la gastronomie est aussi un pilier commercial pour la zone. A ce secteur, s’ajoute celui des équipements agroalimentaires pour aider notamment ces pays à transformer leurs produits frais, les conserver et les exporter. Enfin l’industrie du futur est un secteur en forte croissance qui affichent de nombreux besoins en équipement et technologie. Parmi les nouvelles tendances sectorielles qui émergent post crise du covid-19, on note des demandes importantes en solutions techniques et en digitalisation dans tous les secteurs d’application.

 

La relocalisation est au centre de l’attention ces derniers mois. Cependant, est-il possible de réaliser une délocalisation raisonnée ? 

J.P.A – Oui ! La délocalisation, si elle est raisonnée, a aussi des effets positifs et permet aux entreprises en France de se développer grâce à la création de leurs filiales localement. Implanter une partie de sa production à l’étranger est un atout pour adapter son produit aux besoins des marchés locaux. Par exemple le Groupe Bel (La Vache qui rit) ou Andros sont des entreprises françaises qui ont fait le choix de s’implanter au Vietnam pour accompagner la croissance de leur société en Asie du Sud-Est. Ces localisations permettent aux entreprises françaises d’ancrer durablement leur présence dans un pays et d’implanter leurs outils de production au plus près des bassins de consommation locaux. C’est d’ailleurs l’un des enjeux de l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Vietnam qui entrera en vigueur Le 1er août 2020. Il facilitera les investissements européens sur le Vietnam. Tous les secteurs et toutes les industries seront impactés puisque l’ALE éliminera progressivement 99 des droits de douane sur toutes les marchandises échangées, qu’il s’agisse de pièces automobiles, d’équipements médicaux, de produits alimentaires ou de boissons Par ailleurs, l’ALE a ouvert les marchés publics aux sociétés européennes.

 

ASEAN* l’association des nations de l’Asie du Sud-Est regroupe 11 pays d’Asie du Sud-Est : Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, le Brunei, le Vietnam, le Laos, la Birmanie, le Cambodge et Singapour.

 

Pour en savoir plus : 

Site Internet : https://www.businessfrance.fr/

Team France Export : https://www.teamfrance-export.fr/

Atelier AseanO le 6 novembre : https://events-export.businessfrance.fr/atelier-aseano-2020/

 

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