24 février 2020 2 minute(s)

“Ne laissons pas le numérique à la porte de l’école”

Ancien professeur de droit, puis directeur de l’INSEEC, Rémy Challe a pris la tête d’EdTech France en novembre 2018. L’association fédère les entreprises du secteur du e-learning et souhaite mettre l’innovation et le numérique au service de l’éducation et du développement des compétences. L’écosystème français peut-il se faire une place à l’International ? Réponse de Rémy Challe.

Créée en 2018, EdTech France rassemble 230 entreprises qui reflètent toute la diversité de l’écosystème tricolore. Quelle est sa mission ? 

L’écosystème français était éparpillé et difficilement audible. Il était urgent de fédérer ses entreprises pour leur permettre d’échanger et de rencontrer leurs clients et partenaires mais aussi pour donner de la visibilité à la filière. Au niveau territorial, nous avons créé des clusters régionaux comme EdTech Grand Ouest, EdTech Hauts-de-France et bientôt EdTech Occitanie, grâce auxquels les entrepreneurs peuvent se structurer localement et utiliser notre marque pour partir à la rencontre des collectivités, académies, organismes de formation et entreprises.

Dynamique, la filière hexagonale des ed-tech compte entre 400 et 500 entreprises. Quelle sont les spécificités de l’écosystème français en matière d’innovation ? 

Première particularité : il est relativement bien réparti sur le territoire avec plus de 40 % d’entreprises installées hors d’Île-de-France. Autre spécificité : alors que les autres pays sont davantage positionnés sur le segment de l’enseignement scolaire, ce dernier est difficile à adresser en France où il existe toujours une méfiance de l’Éducation nationale à l’égard du numérique. Ici, le segment de la formation professionnelle est donc le plus mature et dynamique en matière de créations de start-up, devant celui de l’enseignement supérieur, en forte croissance.

Les investissements dans les ed-tech tricolores sont passés de moins de 10 millions d’euros en 2014 à plus de 200 millions en 2018. Quelles sont les forces et faiblesses du secteur français ? 

Deuxième marché européen derrière le Royaume-Uni, la France se situe loin derrière les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. L’une des forces de notre écosystème repose sur l’éthique de ses entrepreneurs, souvent d’anciens professeurs et formateurs qui ne sont pas dans une course aux profits. Ils souhaitent avoir un impact positif sur la société et optent pour des modèles économiquement responsables et respectueux de l’apprenant. Côté faiblesse, le secteur est pénalisé par la vision du monde encore un peu figée de l’école française, en décalage par rapport aux nouveaux besoins des apprenants et aux défis de l’économie. 

Le rapport “Faire de la France une économie de rupture technologique” paru le 7 février, identifie l’e-learning comme une filière stratégique à fort potentiel. Êtes-vous soutenus par les pouvoirs publics ?

C’est la première fois que le secteur apparaît dans un rapport gouvernemental. Il s’agit d’une victoire symbolique ! Malgré cela, l’écosystème est encore peu soutenu et l’association ne reçoit par exemple aucun financement public. Il est temps que les pouvoirs publics s’emparent du sujet et capitalisent sur notre savoir-faire éducatif pour bâtir une filière d’excellence qui s’exporte. Sinon, nous n’aurons demain que des solutions conçues loin d’ici et construites sur des valeurs différentes, notamment en matière de protection des données. Il s’agit aussi d’un impératif de souveraineté éducative !

 

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