8 novembre 2019 5 minute(s)

Qarnot Computing, à l’assaut de la pollution numérique

Avec son système révolutionnaire de valorisation de la chaleur fatale informatique dans les bâtiments, Qarnot computing se pose en pionnier de la lutte contre la pollution numérique. Entretien avec Quentin Laurens, responsable des relations publiques de la start-up dont les inventions pourraient devenir les piliers d’une smart city à la française.
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Que fait Qarnot en quelques mots ?

Quentin Laurens – Notre activité est double. Nous sommes d’un côté fournisseur de calculs informatiques – au même titre que Microsoft, Amazon Web Services ou Alibaba – pour des clients tels que les banques, les studios d’animation 3D, les industries, les laboratoires de recherche, etc., qui ont besoin de grosses puissances de calcul pour réaliser des modélisations 3D, des simulations, des analyses de risque… Et d’un autre côté, nous proposons de valoriser la chaleur fatale des serveurs informatiques que nous utilisons pour chauffer des bâtiments et de l’eau.
Le constat de départ de Qarnot, c’est que les data centers sont de vrais ogres énergétiques : ils consomment de l’énergie non seulement pour faire tourner le matériel informatique mais pour le refroidir ; autrement dit, on y produit de la chaleur qu’on n’utilise pas et ensuite on consomme encore de l’énergie pour évacuer cette chaleur. C’est un énorme gâchis et une importante source de pollution numérique – en France, les data centers consomment 3 à 4 % de l’électricité nationale – mais le problème est largement ignoré car les grands hangars qui hébergent ces centres sont le plus souvent situés dans des zones périphériques. Quand on sait que par ailleurs 5,1 millions de foyers français sont en précarité énergétique, cela fait réfléchir… C’est de ce double constat qu’est né Qarnot. Nous nous posons comme une alternative vertueuse aux data centers.

En quoi votre approche est-elle révolutionnaire ?

Q. L. – C’est l’idée de mettre en relation deux univers distincts – le calcul informatique et le chauffage des bâtiments – qui est révolutionnaire. Nous sommes les premiers au monde à l’avoir concrétisée, à travers un radiateur-ordinateur de design esthétique comportant trois processeurs informatiques et relié à la fibre optique : en fonction de l’intensité de chaleur dont l’usager a besoin, nous envoyons plus ou moins de calculs à effectuer. Notre grande force, qui nous distingue sur le marché, c’est que nous sommes capables de réagir aux variations journalières et saisonnières grâce à une plateforme qui fait l’interface entre les besoins de puissance de calcul de nos clients en amont et les besoins de chauffage des bâtiments en aval. Notre invention est protégée par un brevet international. Quelques-uns ont tenté de copier le principe mais sans grande réussite : on n’a pas vraiment de concurrents directs sur le marché.

Comment décririez-vous l’esprit français de Qarnot, s’il en est un ?

Q. L. – Déjà, les deux fondateurs de Qarnot sont français, issus de grandes écoles nationales : l’un a fait Polytechnique et l’autre une grande école de commerce. Nos équipes sont largement françaises, nos locaux sont situés à Montrouge et notre radiateur est fabriqué en France : dans le Maine-et-Loire pour le bois, en Normandie pour l’aluminium et entre Orléans et Tours pour l’assemblage.
L’esprit français de Qarnot, c’est peut-être aussi d’avoir la tête dure ! On a beau parler du soutien à la French Tech, il reste dans notre pays des freins réglementaires et législatifs qui sont très difficiles à lever quand on arrive avec une innovation qui casse les codes. Pour le cas de Qarnot, nous faisons à la fois du data center et du chauffage mais selon les règles françaises de la construction, nous ne sommes ni data center ni fournisseur de chauffage. Autant dire qu’il a fallu nous montrer persistants : Qarnot a été créé en 2010 mais nous n’avons levé certains freins réglementaires que récemment… Malgré cela, nous avons choisi de rester en France pour développer notre activité, où les potentiels sont grands. Il faut parler de ce qui fonctionne aussi !
Il y a enfin notre nom, qui rend hommage à Sadi Carnot, le physicien français, père des lois de la thermodynamique – un des principes dominants dans notre activité –, avec ce « Q » qui est le symbole de la chaleur en physique. C’est un nom singulier qui, une fois n’est pas coutume dans le monde ses start-ups, sonne français !

Quelles sont vos perspectives de développement ?

Q. L. – Nous avons créé une joint-venture avec le groupe Casino, ScaleMax, pour venir installer de la puissance de calcul informatique « brute » dans des entrepôts laissés vacants, du fait des progrès de la logistique et du numérique. Les processeurs sont alimentés par des panneaux solaires et avec la chaleur émise, on chauffe les entrepôts voisins une bonne partie de l’année. C’est un bon exemple d’économie numérique circulaire : le déchet informatique devient une ressource pour le bâtiment.
Notre autre grande actualité, c’est le lancement d’une chaudière numérique le 2 décembre à Paris, au Palais de la Découverte, qui expose déjà le radiateur Qarnot. L’idée est de proposer de l’eau chaude sanitaire à partir de la chaleur émise par les serveurs informatiques en fonctionnement, en branchant la chaudière au système d’eau potable. Ce nouveau produit nous permet de dépasser le problème de saisonnalité car la chaudière a vocation à tourner quasiment toute l’année. Parce qu’il est modulable, il nous ouvre aussi des perspectives pour intervenir à l’échelle d’un quartier, voire d’une ville, en concevant de grandes chaufferies collectives.
Pour l’instant la puissance de nos produits ne nous permet d’intervenir qu’à l’échelle du bâtiment. Nous avons ainsi installé à Bordeaux un système de chauffage numérique pour 49 logements et 6 000 m² de bureaux, via 350 radiateurs. Mais les possibles sont là. Nous sommes également en réflexion avec de gros gestionnaires de réseaux de chaleur pour apporter de l’eau « verte » dans leurs réseaux, ce qui constitue aujourd’hui un critère important pour voir leur marché reconduit.
Plus largement, notre approche du calcul informatique délocalisé a un vrai potentiel au regard de la nécessité de développer en France des smart cities autonomes et souveraines, ayant leur propre cerveau, c’est-à-dire leur propre capacité de calcul et de sécurisation des données qui transitent en leur sein. C’est un enjeu capital pour l’avenir, auquel Qarnot apporte un élément de réponse.

Avez-vous l’intention de vous internationaliser ?

Q. L. – Pour l’instant nous développons notre offre en France ; nous sommes d’ailleurs en train de finaliser une troisième levée de fonds avec un partenaire public d’importance, quelques boîtes privées ainsi qu’une entreprise parapublique.
Mais nous avons quelques projets qui naissent en Finlande, où la période de chauffe est plus longue. Plus largement, l’Europe du Nord nous paraît un marché porteur car elle réunit des pays où il fait relativement froid, qui sont plutôt sensibles à la question écologique et en même temps friands de haute technologie. Mais nous ne sommes pas pressés.

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