19 juillet 2019 5 minute(s)

Une Française à la pointe de l’écologie digitale

Métaux lourds pour fabriquer nos téléphones mobiles, déchets électroniques, consommation excessive de l’énergie électrique pour nos activités digitales… Souvent présenté comme la solution pour répondre aux enjeux écologiques, le numérique se révèle, avec l’accélération de son déploiement, une menace réelle pour l’environnement. C’est pour lutter contre ces effets pervers qu’Inès Leonarduzzi a créé en 2017 l’ONG Digital for The Planet. Rencontre avec cette jeune Française inspirée et inspirante, qui entend promouvoir l’écologie digitale dans le monde.

Vous avez travaillé par le passé dans de grandes entreprises françaises. Comment vous est venue l’idée de fonder Digital For the Planet ?

Inès Leonarduzzi – Digital For The Planet était à mon sens une initiative nécessaire, qui manquait au paysage numérique. Ayant accompagné de nombreuses entreprises et politiques sur le déploiement du numérique et notamment l’accompagnement des humains pendant près d’une dizaine d’années dans 11 pays, j’ai réalisé qu’il fallait traiter les questions de développement durable liées à ce phénomène et créer des solutions viables, que les entreprises, les citoyens et les institutions à la fois puissent appréhender. Car le développement durable, ce n’est pas que la bonne gestion des ressources naturelles, c’est aussi la répartition de la richesse entre tous les individus. Digital For The Planet s’empare de toutes ces questions. C’est un « Earth project » réunissant des experts du monde entier, des citoyens et des entreprises afin de bâtir un numérique positif, inclusif et bas carbone. 

 

Vous alertiez récemment sur le fait que nous avons eu le même besoin de 70 Ko pour envoyer un homme sur la lune en 1960 qu’aujourd’hui pour envoyer un seul e-mail ! Quelles solutions concrètes se présentent à nous pour lutter contre la pollution digitale, sans freiner l’apport de cette technologie dans la réponse aux enjeux écologiques mondiaux ?

I. L. – En tout premier lieu, la prise de conscience, l’éducation à un numérique durable, moins polluant et mieux orienté. Nous intervenons ainsi auprès des enfants dans les écoles, mais aussi auprès des entreprises car celles-ci sont parmi les populations prioritaires à informer et accompagner. Pour elles, nous avons également développé des outils de mesures énergétiques, de mesures carbone ainsi qu’un agent d’aide à la bonne gestion des parcs SI et réseaux.

Ensuite, il existe une myriade de bonnes pratiques citoyennes à mettre en œuvre au quotidien, et sans contrainte.

Enfin, nous agissons au niveau législatif avec des partenaires parlementaires, des groupes de travail européens ainsi qu’avec l'Afrique et les États-Unis. Cela représente beaucoup de travail et de déploiement en simultané mais c’est le principe de l’attaque coordonnée dans « l’art de la guerre », et c’est de cette façon qu’on remporte des victoires !

 

Pensez-vous que cela soit suffisant pour passer, comme vous l’appelez de vos vœux, « du numérique préhistorique au numérique des lumières » ?

I. L. – Le grand défi est de passer d’une écologie punitive et floue – qui aujourd’hui est capable de calculer l’impact carbone de son trajet quotidien en voiture maison-travail ? – à une écologie incitative et facile à comprendre, avec les bonnes informations. 

L’écologie numérique est un sujet extrêmement nouveau, qui englobe de nombreuses thématiques et des réalités très complexes. Pour avoir l’attention de tous les acteurs – pouvoirs publics, acteurs économiques comme citoyens –, il nous a fallu prouver, pour chaque action, la création de valeur économique multipliée par la création de bien commun. 

Notre force, chez Digital For The Planet, a été de nous montrer inventifs et de sortir du cadre pour créer des modèles en rupture du management de l’écologie en vigueur depuis 30 ans. 

 

Pouvez-vous d’ores et déjà mesurer l’impact de votre action ?

I. L. – Oui, et cela a été notre priorité. On pense dans nos bureaux qu’il n’y a pas de progrès sans mesure. C’est une des phrases qu’on aime répéter lorsqu’on développe de nouveaux projets. Nos outils aujourd’hui permettent de savoir d’où on part, quel est le travail à accomplir et quels en seront les résultats. 

 

Diriez-vous que votre engagement a un « esprit français » ?

I. L. – Complètement. L’écologie numérique est une notion que j’ai inventée, et développée en interne avec des consultants, des chercheurs et des scientifiques français. J’ai passé un an sur la R&D. Depuis, des Américains, Japonais, Canadiens, Sud-Africains et Européens nous ont rejoints, mais nous sommes particulièrement heureux que l’initiative, qui se répand mondialement, ait démarré de France. 

La France est un pays d’intelligence. Je rencontre, dans les fablabs en région parisienne et en province, des personnes qui développent des concepts et des produits brillants en faveur de l’économie et de l’écologie, mais surtout  en faveur des autres. 

La France redessine son visage à travers des entrepreneurs passionnés plein de ressources. Le numérique peut prendre un tournant historique grâce à tous ces gens. La France a un vrai rôle à jouer, j’en suis persuadée. 


Résumé de l’entretien

Inventeur du concept d’écologie digitale, Digital For the Planet  est un « Earth project » né en France réunissant des experts du monde entier, des citoyens et des entreprises pour bâtir un numérique positif, inclusif et bas carbone. Son plan de bataille ? Intervenir dans les écoles et les entreprises pour promouvoir l’éducation à un numérique moins polluant. Mettre à disposition des citoyens des bonnes pratiques à mettre en œuvre au quotidien. Fournir aux entreprises des outils de mesure et de gestion. Travailler avec les pouvoirs publics pour définir une législation à la hauteur des enjeux. Avec un crédo fort : passer d’une écologie punitive et floue à une écologie incitative et facile à comprendre, avec les bonnes informations.


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