5 mars 2019 5 minute(s)

VLC : l’irréductible lecteur vidéo gaulois

3 milliards de téléchargements : c’est la barre qu’a passée en janvier le logiciel libre de lecteur multimédia VLC, né il y a deux décennies entre les murs de l’École Centrale Paris et désormais utilisé partout à travers la planète. Retour sur une success story française qui offre un autre visage, plus vertueux, de la numérisation du monde.
mg_0031.jpg, par AdminLetsGo

Qui n’a jamais cliqué sur ce petit cône orange de signalisation de travaux permettant de lire gratuitement n’importe quel fichier audiovisuel, quels que soient son format et le système d’exploitation utilisé ?

Et pourtant ! Ce « couteau-suisse du multimédia » a beau avoir été adopté par plus de 400 millions de personnes à travers le monde, être traduit dans 110 langues et avoir enregistré début 2019 son 3 milliardième téléchargement, peu de gens savent qu’il est français.

 

Un e-cône français devenu icône mondiale

C’est au milieu des années 1990 que remonte la genèse de VLC media player, quand des étudiants ingénieurs de Centrale Paris se donnent lancent le défi de diffuser de la vidéo numérique à travers le réseau local – le « lan » – de l’école, afin de justifier leur nouveau réseau. Au fil des années et du renouvellement des promotions, le projet évolue du développement d’outils informatiques de gestion de flux vidéos à la conception d’un lecteur multimédia à part entière, s’appuyant sur une technologie révolutionnaire de codecs* intégrés. VideoLAN Client (VLC) est né et parvient, bien avant YouTube, à utiliser du streaming vidéo.

C’est en 2001 qu’il prend  son envol, quand le logiciel devient open source et se pare de son désormais fameux plot de chantier routier – outil de gestion des flux de circulation, « référence surtout à un jeu d’étudiants qui s’amusaient à les collectionner », explique Jean-Baptiste Kempf, arrivé en 2003 dans l’aventure. Dès 2004, la barre des 10 millions de téléchargements est atteinte, nécessitant bientôt de créer une structure en-dehors de l’école pour continuer à développer le lecteur vidéo.

« À partir de là, tout s’est accéléré, raconte Jean-Baptiste Kempf, président et fondateur de l’association VideoLAN. VLC répondait à un vrai besoin des utilisateurs. Des développeurs du monde entier s’en sont emparés. C’est aujourd’hui le logiciel français le plus utilisé à travers la planète ! »

 

Un projet collaboratif en chantier permanent

S’il rencontre un tel succès, c’est que, par-delà ses performances technologiques, VLC est aussi le symbole d’une certaine idée de la numérisation du monde.

Respectueux des données des utilisateurs, le logiciel libre – c’est-à-dire accessible gratuitement mais aussi librement diffusable et modifiable par tout internaute – est développé par une association loi 1901, là où les grandes universités américaines, à l’image de Stanford avec Google, créent des start-up afin de rentabiliser leurs découvertes. « Notre association ne gagne pas d’argent, témoigne Jean-Baptiste Kempf. Les développeurs de la communauté, qui est aujourd’hui européenne, travaillent sur leur temps libre à actualiser le projet. J’ai créé en parallèle une start-up, Videolabs, qui emploie une vingtaine de personnes à temps plein, pour valoriser les technologies développées autour de VLC – du support, du service, des applications vidéos associées – auprès de grands groupes comme Netflix et permettre au logiciel grand public de rester gratuit et sans publicité. Les étudiants y jouent toujours un rôle important : chaque année, une dizaine est intégrée au projet VLC, ce qui permet de renouveler nos façons de travailler et de maintenir intact l’esprit open source. 

Notre succès – Videolabs enregistre une croissance de 25 à 30 % tous les ans – montre qu’on peut monter des entreprises et créer de l’emploi autour de projets sympas sans forcément avoir un modèle commercial agressif qui rende les utilisateurs esclaves de nos produits. »

 

Une certaine idée de la France

Derrière ce modèle alternatif aux géants de la Silicon Valley, c’est aussi une certaine idée de la France qui se manifeste, selon l’ancien Centralien élevé fin novembre 2018 au rang de Chevalier de l’Ordre national du mérite – une première dans le milieu :

« Un tel projet n’aurait pas pu naître ailleurs. D’abord pour des raisons juridiques : en France, le brevet de logiciel n’est pas autorisé, contrairement aux États-Unis ou en Asie par exemple, ce qui permet aux développeurs de concevoir leurs propres outils. Nous avons un environnement légal beaucoup plus sain qu’ailleurs.

Ensuite, parce que nous avons de très bons mathématiciens – or la vidéo, ça n’est jamais que des maths – et que nous savons encore faire de la vraie tech, du développement de façon quasi artisanale avec des budgets assez modestes, sans besoin de dépenser des millions en consultants. Il faut dire aussi que les Français sont particulièrement amateurs de films, ils ont l’habitude d’aller au cinéma. »

Une culture à la fois juridique, technique et esthétique qui fait toute la French Touch de VLC et a permis à l’Hexagone de se constituer un savoir-faire multimédia reconnu mondialement.

 

*Dispositif matériel ou logiciel permettant de mettre en œuvre l’encodage ou le décodage d’un flux de données numérique, en vue d’une transmission ou d’un stockage (Source : Wikipédia).


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