4 fois championne du monde pour ses bières, La Brasserie du Mont Blanc, relancée en 1999 par Sylvain Chiron, est au sommet de la gloire et fait voyager la Savoie, du Canada au Japon. Rencontre.

Aujourd’hui, c’est la journée internationale de la bière, l’occasion pour vous de pousser un cocorico ?

Sylvain Chiron : Effectivement, depuis 2011, date du premier World Beer Award décerné à la Brasserie du Mont Blanc, nous ne cessons pas de nous réjouir. 2011 n’était que le début, puisque nous avons été primés en 2013, 2014, 2015. Tout récemment en mars, la Rousse a reçu la médaille d’or au Concours général agricole et cet été, la Blonde et la Rousse ont été médaillées, la première au Australian Beer Awards et la seconde au 6e concours des bières françaises à Hong Kong. Même au bout du monde, nous sommes au sommet ! (rires)

Ces labels sont des gages de qualité qui séduisent à l’international. Nous exportons aujourd’hui les bières de la Brasserie du Mont Blanc dans 23 pays qui représentent 15% de notre chiffre d’affaires. Sur le marché français, c’est un argument de vente imparable face aux grandes surfaces de la distribution. Impossible pour elles de ne pas avoir, sur leur rayon, la bière française championne du monde !

 

Quelle est l’histoire derrière ce succès ?

S. C. : Tout a démarré aux Etats-Unis où j’étais étudiant. J’ai assisté aux débuts des micro-brasseries, dans les années 90. Je le ai vues grignoter jusqu’à 15% des parts de marché. Lorsque je suis revenu en France en 1996, j’ai racheté avec deux associés l’activité de distillerie de l’abbaye cistercienne d’Aiguebelle, en Drôme provençale. Ensemble, nous avons redonné ses lettres de noblesse aux sirops et liqueurs d’Eyguebelle. L’aventure se termine trois ans après. C’est à cet instant que me vient l’idée d’une bière trappiste. Je suis savoyard de naissance et c’est à la source de l’Enchapleuze, sous l’aiguille du Goûter, à 2074m d’altitude que j’ai trouvé l’eau de source nécessaire pour brasser nos bières. La marque et la Brasserie du Mont Blanc existaient déjà, mais avaient stoppé toute activité en 1966. J’ai été accompagné par l’un des meilleurs brasseurs belges et un maître distillateur rencontré à Aiguebelle. Et c’est ainsi qu’en 1999 la Brasserie du Mont Blanc a repris du service. A cette époque, le marché de la bière artisanale est balbutiant, quasi inexistant.

 

"Pour les consommateurs d’ici et d’ailleurs, l’idée d’une bière made in France est vraiment nouvelle. Avant, une bonne bière était belge, anglaise … et maintenant, elle peut aussi être française." 

 

Quels ont été les mauvais et les bons moments de votre aventure jusqu’à présent ?

S. C. : Nous avons connu des débuts difficiles. Nous étions une brasserie start-up dans l’agro-alimentaire. Les chiffres de vente progressaient lentement. C’est en 2005 que nous avons enfin décollé. Nous avons eu notre première bonne idée, si on peut le dire ainsi : réinventer la bière verte. L’idée était de faire une Desperado® de Savoie à base de génépi. Un carton alors que nous nous apprêtions à jeter l’éponge ! Il faut dire que les brasseurs belges nous ont beaucoup appris sur le travail des recettes. Je me rappelle avoir ressenti quelque chose de fort lorsque j’ai vu notre première bouteille dans un rayon de supermarché… Puis il y a eu les concours. Dès nos premières récompenses, nous avons reçu des appels des quatre coins du monde. Les gens se demandaient quelle est cette brasserie perdue au pied des montages. Aujourd’hui nous atteignons 50% de croissance, le mérite revient à moitié à notre travail, à moitié aux consommateurs qui nous soutiennent.

 

Les sirops et liqueurs d’Eyguebelle, les bières trappistes du Mont Blanc … vous ravivez en quelque sorte le patrimoine artisanal français ?

S. C. : Les Français ont envie de consommer local. Cette tendance permet de redécouvrir les trésors de nos terroirs. Il y a aussi les touristes : lorsqu’ils viennent dans un pays qui n’est pas le leur, ils sont curieux et veulent des spécialités régionales. Ce sont les touristes de passage en Savoie qui nous ont mis le pied à l’étrier en deux saisons, été et hiver. Puis le bouche à oreille a fait son effet…

Pour les consommateurs d’ici et d’ailleurs, l’idée d’une bière made in France est vraiment nouvelle. Avant, une bonne bière était belge, anglaise … et maintenant, elle peut aussi être française. Nous avons le fromage, le vin, le champagne et désormais, il faudra aussi compter sur la bière française de dégustation. Elle s’anoblit, c’est un mouvement de fond indéniable.

 

"La bière est avant tout un produit convivial, il faut donc se la jouer collectif. C’est l’ADN des brasseurs indépendants. Avant d’être concurrents, nous sommes confrères."

 

Pour vous, que représente l’ancrage territorial ?

S. C. : Dès lors qu’on décide de produire local et d’en faire son argument n°1, on s’engage presque naturellement dans une démarche de développement durable du tissu économique de la région. Nous sommes membres de la Biera, qui regroupe quelque 80 brasseries indépendantes en Rhône-Alpes. Ensemble nous essayons de rétablir une filière locale de houblon et de malte qui nous permettra, à terme, de faire nos bières à partir de variétés différentes, de garantir la traçabilité et de limiter les frais de transport. Elle est là notre intégration dans le territoire savoyard. Sous la même bannière Biera, nous participons aussi à des salons. Nous sommes vraiment partisans du principe des gros qui tirent les plus petits. J’en sais quelque chose : j’ai commencé tout petit  et je sais ce que c’est d’être seul et de ramer. La bière est avant tout un produit convivial, il faut donc se la jouer collectif. C’est l’ADN des brasseurs indépendants. Avant d’être concurrents, nous sommes confrères. J’ajouterai que ce regroupement facilite aussi la discussion entre le monde agricole et le monde industriel.

 

Votre conseil à d’autres entrepreneurs qui, comme vous, souhaiteraient remettre au goût du jour des spécialités françaises ?

S. C. : Il faut persévérer. C’est beaucoup de travail et cela ne marche pas tout de suite, mais il faut y croire ! La Brasserie du Mont Blanc a 15 ans d’existence, soit 10 années difficiles et les 5 dernières qui sont formidables et que je n’échangerai pour rien au monde. C’est un autre rapport au temps et à l’investissement.  

 

 _________________________________________________________________________________________________________

Palmarès

La Rousse
2011 : World beer award
2014 : Global craft beer award
2016 : Concours général agricole

La Blanche
2015 : World beer award*
2013 : World beer award

*Le titre sera remis en jeu le 23 septembre prochain. #LetsgoFrance vous tiendra informé. 

_________________________________________________________________________________________________________

Chargement …