Utiliser les molécules pour identifier les criminels et sécuriser nos papiers d’identité ? C’est une innovation prometteuse pour la criminologie, en France et dans le monde. Elle est portée par CST, une entreprise villeneuvoise à suivre. Rencontre avec Cosimo Prete, son fondateur.

La France a une longue histoire dans le domaine de la police scientifique, rappelons-nous du célèbre criminologue Alphonse Bertillon, à la fin du 19e siècle. Vous perpétuez une expertise française. Pouvez-vous nous en dire plus sur la technologie que vous avez développée ?

C.S.T, Crime Science Technology, a mis au point un produit jugé révolutionnaire pour révéler les empreintes : le Lumicyano. Le public connaît la célèbre poudre noire des séries policières, mais les véritables experts, en laboratoire, ont recours à des méthodes plus précises et plus complexes à mettre en œuvre.

La révélation d’empreintes digitales est un élément de preuve essentiel dans les enquêtes criminelles. Toutes les polices scientifiques y ont recours. La technologie actuellement utilisée par les experts consiste à exposer les indices collectés à des vapeurs de cyanoacrylate, plus connues sous le nom de « super glue ». Lors de la deuxième étape, les traces révélées sont contrastées à l’aide de colorants, souvent toxiques. Une fois photographiées, elles sont comparées dans les bases de données. Il s’agit d’une technique contraignante en termes de moyens, de temps, d’hygiène et de sécurité. Les empreintes révélées ne peuvent plus faire l’objet d’une analyse ADN. Le procédé prend jusqu’à 48h et ne peut s’appliquer sur les scènes de crime.

 

En quoi le Lumicyano diffère-t-il des autres méthodes d'analyse sur le marché ?

Par rapport aux techniques traditionnelles, le Lumicyano révèle les empreintes avec une très haute définition, dans un temps de mise en œuvre 100 fois plus rapide : 30 minutes au lieu de 48 heures. Il présente l'avantage décisif d'être compatible avec l’analyse de l’ADN, permettant ainsi une double identification. De plus, il peut s’utiliser sur la scène de crime, ce qui offre de nouvelles perspectives en termes d’identification et de rapidité d’exécution. C’est un nouvel outil incontournable pour lutter contre la criminalité et le terrorisme.

Jean-Marc Ayrault, pendant son mandat de premier ministre, a voulu développer la filière industrielle de la sécurité, en renforçant les synergies et le dialogue public-privé, notamment autour du Cofis - Comité de la filière industrielle de la sécurité. Cela vous a-t-il aidé ? De manière plus générale, l'environnement institutionnel français a-t-il été favorable à l'émergence de votre technologie?

Créée en février 2014 dans le sillage du Cofis, la Délégation ministérielle aux industries de sécurité, sous la direction de Thierry Delville, joue un rôle prépondérant dans nos relations avec les acteurs institutionnels et les « Majors », en particulier l’Institut national de la police scientifique ou encore la Délégation de la coopération internationale. De plus, le DMIS a contribué au rayonnement de notre technologie dans des évènements majeurs, tel que le salon Milipol Paris. Il s’agit d’un levier de premier ordre pour créer un dialogue centré sur l’innovation, entre les industriels de la sécurité et l’État, qui est parfois conservateur.

 

Votre entreprise existe depuis 2011. Quelles sont vos nouvelles perspectives et vos développements à l'international ? Travaillez-vous avec d'autres polices que la police et la gendarmerie nationales ?

Outre le Lumicyano, C.S.T a aussi mis au point une nouvelle technologie pour sécuriser et authentifier les documents identitaires - carte d’identité, permis de conduire, passeport - et les titres fiduciaires – comme les billets de banque. Cette innovation confère des propriétés visuelles inédites, observables à l’œil nu et quasiment infalsifiables. Elle est très facilement identifiable par le grand public et d’une grande fiabilité. Plusieurs acteurs majeurs de l’Industrie de la Sécurité s’intéressent à ce nouveau procédé.

En ce qui concerne notre développement à l’international, mon associé Jérôme Comar anime un réseau de distributeurs spécialisés, en particulier aux États-Unis. Nous avons des collaborations étroites avec les polices étrangères, plusieurs programmes de validation sont en cours en Allemagne, Belgique, Italie…. Nous serons présents cet été au salon de l’International association for identification à Cincinnati ainsi qu’à Interpol en Octobre prochain.

 

Propos recueillis par Olivier Hassid, directeur conseil en sécurité, sûreté, cybersécurité et intelligence économique, chez PwC France.

Chargement …