Françoise Detroyat, directrice de la communication d’Opinel, revient sur l’organisation de cette entreprise familiale française, qui a su faire du temps son allié. 

Suite de l’entretien publié le 18 juillet.

 

Comment continuez-vous d’embarquer les collaborateurs d’Opinel à travers toutes ses évolutions ?
F.D : En 2005, je suis arrivée dans cette entreprise industrialisée, qui avait besoin d’un second souffle. Elle se muséifiait en quelque sorte. Il fallait la rendre actuelle dans le quotidien des gens et refaire vivre l’héritage. Nous avons lancé de nouvelles collections, communiquer, pour faire savoir, en interne comme en externe, que la marque avait encore une valeur, une forte identité, que nous pouvons partager. Les nouveautés ont bien été accueillies, tant par nos collaborateurs que par nos clients. Le chiffre d’affaires a doublé en 5 ans. Nos collaborateurs sont fiers de travailler chez Opinel, parce que nous sommes devenus une marque à part entière. C’est une source de motivation énorme. 

Nous avons mis en place un lean management – cette méthode collaborative qui consiste à remonter l’expérience de tous les collaborateurs, experts dans leur métier, pour rendre plus efficace l’organisation. Cette démarche bouscule l’image hiérarchique assez forte d’une entreprise familiale qui serait dirigée en mode top-down. Nous avons choisi d’interroger les salariés, comme l’opérateur-machiniste et l’assistant commercial, de les inclure dans des chantiers participatifs et dans le processus de décision et d’action. On encourage ainsi le changement, l’innovation : on apprend de nos réussites comme de nos échecs. Il faut faire des erreurs pour mieux construire ensemble l’avenir d’Opinel. 
Je peux dire que, pour nous, le lean management est une expérience de bienveillance parce qu’il nous enseigne l’écoute active et nous pousse à nous entraider à tous les échelons de la société. Cela pourrait s’appliquer à l’échelle de l’état et de ses administrés. 

J’en profite pour saluer la Région Rhône-Alpes, à l’initiative de cette formation en lean management à l’attention des PME. Sortir des sentiers battus, rencontrer d’autres entreprises : c’est très important pour Opinel car cela nous permet de nous questionner, de progresser. Nous disons souvent « gravir ». Au milieu des montagnes, c’est tout à fait approprié ! 

 

Vous le rappelez justement, Opinel est une entreprise familiale. Comment se passe la gouvernance ?  
F.D : C’est une entreprise familiale dans le très bon sens du terme : les héritiers sont des personnes respectueuses de leurs collaborateurs qui ont choisi de confier les rênes de la direction à un groupe de cadres, en qui ils ont confiance et dont je fais partie.   

Ils nous ont transmis les valeurs de Joseph Opinel. Ce sont des éléments tangibles mais qui doivent aussi être lus et compris avec sensibilité, parce qu’il y a beaucoup d’émotion autour de leur histoire. On la ressent sans être né Opinel.  N’en avoir qu’une vision stratégique, c’est passer à côté. Sans être passéiste, nous nous y référons toujours. Nous ne sommes pas là pour faire un coup magistral de marketing et avoir une vision courtermiste, mais pour inscrire cette entreprise familiale, au produit éponyme, dans la durée et la transmission, parce que justement, leur nom est en jeu. On ne peut pas faire n’importe quoi.  

Avoir le temps du long terme est un confort. Cela nous permet de relativiser nos choix stratégiques et de prendre des risques plus étalés. Le temps, c’est le luxe et la force de nos entreprises familiales. A ce titre, l’héritage n’est pas un poids, c’est ce qui nous porte au contraire. 
 

Intéressé ? Françoise détroyat nous a raconté l'histoire de l'Opinel, so savoyard, so iconic. Elle a également partagé sa vision de la France

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