Comme dirait la fashionista Alexandra Golovanoff : la mode, la mode, la mode ! Oui, mais utile, connectée et durable. C’est le parti-pris que défend l’association française « La Fashiontech ». Rencontre avec Alice Gras, sa présidente et co-fondatrice.

Quels sont les exemples qui illustrent le mieux la fashion tech #MadeInFrance ?

Il y a les tailleurs masculins de la maison Dupuy de Lôme qui protègent ceux qui les portent du vol de data. Les poches du costume fonctionnent comme une cage de Faraday. La carte bleue et le smartphone qui s’y trouvent sont isolées et échappent à toute géolocalisation ou tentative de piratage sans contact.

Wair, le foulard anti-pollution connecté, est aussi un bel exemple de ce que nous savons faire en France. C’est un accessoire de mode, équipé d’un système de filtration des particules nocives présentes dans l’air, et également connecté à une application qui donne un indice en temps de la pollution environnante.

La technologie intervient également dans le processus de fabrication. C’est ce que démontre la styliste Noémie Devime qui fabrique, par exemple, des tops en élastiques recyclés.

 

Aujourd’hui qui sont les acteurs de la fashion tech en France ? Comment s’organisent-ils ?

Nous avons ce formidable outil qu’est le Ceti – le Centre européen du textile innovant, à Roubaix.  Et également un réseau, R3ilab, qui a le soutien de l’Etat et anime la communauté des acteurs du textile, de la mode et des industries créatives, pour la conduire à l’innovation.
J’aimerais par ailleurs souligner l’action du hackerspace Data Paulette, dédié au textile et aux technologies numériques.

Mais quid des designers ? Leur intérêt pour ce sujet est présent depuis longtemps déjà, je pense à l’équipe d’EasyLabel. Et ils sont de plus en plus à l’origine d’initiatives. Ces designers, on ne les reconnaissait ni dans les réseaux de l’innovation ni dans les réseaux de la mode, et eux-mêmes ne s’identifiaient pas aux circuits classiques.  

La création de notre association a été une réponse à cette situation. Nous avons souhaité faire avancer l’interdisciplinarité et réunir ces personnes. Nous voulions mettre sur pied une instance représentative de poids et ainsi offrir une plus grande portée au développement de la fashion tech. Travailler sur le lien entre mode et innovation numérique, n’est-ce pas un bel enjeu ? Mais c’est aussi représentatif de notre époque où l’usage prime. Nous voulons tous des objets adaptés.

 

« Tout devient phygital. Et nous œuvrons pour que la mode française s’affirme en ce sens. » Alice Gras

 

La fashion tech est donc un secteur d’activité en construction. Quelle brique vous manque-t-il ?

Si l’on reprend l’exemple de Wair, l’entreprise a réalisé son premier prototype productible en série. Et l’enjeu n°1 est là : passer du prototype à la production en série car peu d’industriels en France sont à ce jour dotés des machines adéquates. Il y a un travail de longue haleine à réaliser pour monter une filière française, avoir des acteurs sur toute la chaîne de valeur, du composte au cabine équipée de scanners en retail.
Il faut créer la passerelle entre les jeunes pousses et les industriels. J’ajouterai qu’il y a un fossé entre les entreprises de mode traditionnelle qui travaillent dans la culture du secret et nous, qui privilégions l’open source. Mais nous cherchons des terrains d’entente pour faire avancer l’innovation numérique.
Enfin, il faut également travailler sur l’accompagnement des start-ups du secteur, au bout de deux ans d’existence. Elles entrent à ce moment-là dans une période charnière où elles ont besoin de plus d’espace et de fonds propres.

 

« Les acteurs français de toutes tailles sont entrain de comprendre que tout va se jouer sur le terrain de la rencontre entre designers, biologistes, industriels, unions professionnelles, geeks… ». Alice Gras

 

Quelles solutions l'association envisage-t-elle ?

Nous gagnons en visibilité dans les grands rendez-vous comme Avantex, dans le but de créer des connections et à terme monter une filière. Mais la France a déjà quelques cartes à jouer. La première, c’est son histoire de la mode. Nous rayonnons et la fashion week de Paris en est l’exemple par excellence.
Ensuite, quelque chose a changé. Avant, nous n’intéressions que les chercheurs et les petites structures. Aujourd’hui des entreprises et des organismes de plus grande envergure se tournent vers nous et recherchent notre expertise.
Les écoles de mode comme Lisaa, la Fabrique, Esmod et l’IFM, s’intéressent aussi au sujet. Il faut savoir qu’actuellement, les élèves ne sont pas formés d’office à la fashion tech. Lorsque l’on débute, on est souvent ou l’un, ou l’autre, mais pas les deux en même temps. Or il y a une méthodologie pour s’ouvrir à la disruption et elle nous vient du hacking et des early makers.

Les acteurs français de toutes tailles sont entrain de comprendre que tout va se jouer sur le terrain de la rencontre entre designers, biologistes, industriels, unions professionnelles, geeks etc.

On ne peut pas le nier, les choses se passent sur le plan numérique et sur le plan physique. Tout devient phygital, ce n’est pas qu’une tendance de fonds. Et nous œuvrons pour que la mode française s’affirme en ce sens.

 

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