La carte à jouer chinoise des vignerons français
Viticulture

La carte à jouer chinoise des vignerons français

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ViticultureLa carte à jouer chinoise des vignerons français

Fleuron national, le vin français a de beaux jours devant lui. En témoigne son succès qui ne démord pas en Chine, malgré la montée en puissance du géant asiatique. Ce territoire vertigineux offre des opportunités aux plus petits comme aux plus grands des vignerons français – à condition de la jouer collectif !

La Chine est récemment devenue le 2e vignoble au monde par sa superficie, devant la France et derrière l’Espagne, et l’Italie a dépassé notre pays en termes de production. Certes, mais la France reste le premier exportateur mondial de vin en valeur, s’affirmant sur un terrain qui fait le prestige historique de sa marque : la qualité. « Le vin et la France, ce sont deux termes qui riment ensemble. Dans le vieux comme dans le nouveau monde viticole, je ne connais pas un discours commercial où le mot "France" ne soit pas prononcé », observe Yann Todeschini, qui tient les rênes du Château Mangot (Saint-Émilion et Castillon Côtes de Bordeaux , deux AOC) avec son frère Karl.

 

Une cote qui perdure, malgré les soubresauts récents du marché chinois

Têtes de pont de ce succès en Chine, les grands crus français, notamment les Bordeaux, se sont d’abord imposés auprès des consommateurs chinois comme des marqueurs de réussite sociale. « Avec la suppression en 2009 des taxes d’importation à Hong Kong, les ventes ont explosé, rappelle Frédéric Chaudière, responsable du domaine familial Château Pesquié (Côtes du Ventoux). Pour les grands crus, Hong Kong est devenu le nouveau hub financier mondial. »

Même si le marché du vin en Chine connaît aujourd’hui un ralentissement, dû en partie à la crise et à la contrefaçon, les perspectives restent prometteuses pour la France, au vu de la croissance continue des classes moyennes. « Les politiques de santé publique ont aussi un impact, note F. Chaudière. Le gouvernement chinois soutient actuellement la consommation de vin rouge en substitution de l’alcool blanc, plus nocif pour la population. »

 

À la conquête du goût

Le marché évolue aussi, avec le raffinement du goût et la professionnalisation croissante des acteurs. « Depuis un an et demi, on sent que les acheteurs chinois ne sont plus intéressés par le seul prix ou la seule étiquette, témoigne Y. Todeschini. On rencontre de plus en plus de personnes qui aiment déguster les vins, qui apprécient qu’on leur raconte une histoire : celle d’un terroir, de pratiques viticoles propres et respectueuses de l’environnement. »

Les frères Todeschini, à la tête du Château Mangot, produisent deux AOC : Saint-Émilion et Côtes du Castillon

 

Si la compétition mondiale, au niveau des volumes et des entrées de gamme, est de plus en plus rude entre les nations viticoles, la France a une carte maîtresse à jouer dans cette quête d’un art de vivre autour de la culture œnologique.

« Il y a un gros potentiel pour les vins comme les nôtres, synonymes d’excellence et de passion à un prix abordable », estime F. Chaudière. 

Tous les moyens sont bons pour l’emporter sur le terrain de la qualité : création de lieux et d’événements pour sensibiliser les consommateurs chinois (bars à vins, cours d’œnologie…), investissement des réseaux sociaux (à l’image de la maison Chapoutier qui a diffusé, sous-titré en chinois, un film sur son « monde merveilleux »), transfert de savoir-faire par la formation d’étudiants chinois en France et l’implantation en Chine de grands groupes de spiritueux (tels Moët Hennessy ou les Domaines Barons de Rothschild)…

 

Frédéric et Alex Chaudière, responsables du domaine familial Château Pesquié (Côtes du Ventoux).

 

Avancer groupés, l’enjeu des interprofessions et des réseaux de vignerons français

Face à l’immensité du marché chinois, nos vignerons ont intérêt à ne pas se disperser. « L’un de nos grands atouts, en France, est la précision de notre travail sur le terroir, notre capacité à créer des vins uniques au monde, dont l’origine est comparable à nulle autre, analyse F. Chaudière. Mais, de ce fait même, notre secteur est très atomisé. Nos nombreuses petites structures ont tendance à gérer l’export de façon un peu artisanale, au gré des contacts et des échanges d’informations. Nous avons rarement les moyens d’une stratégie offensive. D’où l’importance des interprofessions. »

Président d’Inter Rhône, Michel Chapoutier se veut très dynamique en la matière. Par-delà la stratégie de sa propre maison, pleinement ouverte sur le monde (ses vins sont notamment distribués sur les vols de la compagnie aérienne Flying Emirates), le viticulteur globe-trotter a pour ambition d’asseoir le leadership international des Côtes du Rhône d’ici à 15 ans. Il a aussi pour projet d’organiser des séjours à l’étranger pour les enfants de vignerons, négociants et salariés, afin de créer une nouvelle génération de viticulteurs français parfaitement mondialisés.

« Au-delà des interprofessions, organisées géographiquement, nous avons aussi intérêt à nous rassembler en réseaux de vignerons partageant la même philosophie, tout en gardant chacun notre personnalité, complète Y. Todeschini. Sur les salons internationaux, nous constatons combien cette mutualisation a force d’appel. Nous avons beau être 400 AOC françaises, à l’export, nous sommes français avant tout ! »

 

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