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Entrepreneuriat

Les startups françaises championnes à l'international

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EntrepreneuriatLes startups françaises championnes à l'international

Le nombre de créations de jeunes pousses françaises a crû d’environ 20% par an depuis 2006. L’étude Pramex-Banque populaire, qui s’est intéressée au sujet, montre qu'une dynamique française s'installe à l'international bien que la répartition géographique et sectorielle soit inégale.

Cocorico ! Que ce soit dans la publicité digitale (Adtech), le marketing (Martech), l'Internet des objets (IoT) ou encore les Fintech, les startups françaises sont de plus en plus présentes sur la scène internationale. D'après l'étude* inédite menée par Pramex et la Banque Populaire, l'internationalisation des startups françaises est en plein essor avec une augmentation moyenne d'environ 20% par an depuis 2006. Le nombre de projets internationaux entre 2011 et 2016 a également crû de 37% par an. André Lenquette, directeur général de Pramex Internationnal apporte une explication :

 

« La multiplication des startups date d'il y a quelques années maintenant. Il y a une forte dynamique dans la French Tech et, un certain nombre de startups est largement mondialisé. Aujourd'hui, pour beaucoup, il faut être présent à l'international. »

 

Les auteurs de l'étude notent que plusieurs facteurs sont à prendre en considération pour expliquer l'accélération de l'internationalisation. Tout d'abord, l'effet générationnel: les jeunes startuppers possèdent, de manière générale une culture internationale et semblent afficher une fascination pour la Silicon Valley.

 

« Certains jeunes entrepreneurs ont la volonté d'atteindre des niveaux tels que Xavier Niel par exemple », note André Lenquette. « Beaucoup ont cette culture de l'international via leurs études aussi. »

 

A cela, s'ajoute l'accélération des levées de fonds qui pousse les startups au développement à l'international. L'étude montre qu'avec leur évolution rapide, les startups s'implantent en moyenne quatre ans seulement après leur création vers d'autres pays. Enfin, l'internationalisation fait partie intégrante de leur business model puisque les marchés (Adtech, Martech, Medtech, etc.) sont mondiaux. Il faut aller vite et prendre des parts de marché: les startups doivent être scalables, c'est-à-dire qu'elles doivent être capables d'adapter leur business model à la forte augmentation de leur volume d'activité, de résister au choc de croissance en réalisant des économies d'échelle très rapidement notamment.

 

Une répartition inégale de la French tech dans le monde

Et si elles sont importantes, ces startups ne s'installent pas partout dans le monde ni de manière égale. Plus de 70% des implantations des jeunes pousses se concentrent sur 15 villes réparties sur 4 continents dont 7 villes européennes. En tête du classement des destinations avec 12,8% des implantations, on trouve Londres. La capitale britannique arrive juste avant New York, San Francisco et l'Espagne avec Madrid et Barcelone.
Mais, plus globalement, 26% des implantations, ont lieu aux Etats-Unis, ce qui en fait la principale destination. Christophe Descos, directeur du marché des Entreprises et Institutionnels Banques Populaires souligne que la répartition géographique n'est pas anodine:

 

« Dans certains domaines, on remarque la nécessité de s'implanter aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. Pour l'Adtech par exemple, le nombre de clients y est important. Pour des secteurs comme l'IoT, la Medtech où la technologie est pointue, il faut un marché large, les acteurs de ces domaines doivent faire face à une concurrence locale forte. »

 

Les jeunes pousses françaises de l'Adtech et Martech incarnent d'ailleurs les secteurs les plus présents à l'international avec 33% des implantations. Viennent ensuite les loisirs, la mode et le tourisme pour 9%, puis les transports, smart cities et les infrastructures à 8%. Contrairement aux startups liées à l'IoT, les Medtechs ou les applications mobiles qui sont très présentes aux Etats-Unis, les jeunes pousses traitant de la mode, du tourisme, de l'économie du partage (crowdlending, crowdfunding) ou encore les Fintech et Foodtech s'orientent plutôt vers des pays européens. André Lenquette le justifie:

 

« Aux Etats-Unis, le marché est plus difficile à percer. Il apparaît plus raisonnable, plus efficace de s'orienter vers l'Europe. Mais il y a également l'aspect réglementation qui entre en compte. Le crowdlending ou le crowdfunding, par exemple sont facilités par la mise en place de plateformes en Europe. »

 

L'Allemagne et l'Espagne, terres d'attractivité

L'étude révèle également un fort engouement pour l'Allemagne et l'Espagne depuis 2015. Le taux d'implantation tourne autour des 8-9% dans les deux cas. Les explications diffèrent dans le pays. Christophe Descos note:

 

« L'attractivité de l'Espagne s'explique clairement par le redémarrage, le redéploiement de la croissance (+3,2% en 2016). A cela s'ajoute la spécificité de l'écosystème que constitue Barcelone. Une ville dynamique, attractive qui attire les startuppers par la faiblesse des coûts d'implantation et de la masse salariale. »

 

Pour l'Allemagne, l'implantation est beaucoup plus éparse puisque les startups se répartissent dans plusieurs grandes villes : Berlin, Munich, Hambourg...

 

« L'Allemagne est le partenaire historique de la France. Souvent, si les entrepreneurs misent sur une stratégie de développement dans toute l'Europe, ils commencent par Londres puis s'orientent vers l'Allemagne et l'Espagne, deuxièmes destinations. »

 

Le marché chinois impénétrable

Petite surprise du baromètre, la 6e place détenue par le Brésil, alors que le pays connaît une crise politique et économique très importante. « Il y a pourtant un potentiel », relève André Lenquette, avant d'ajouter que les pays émergents sont tout de même peu privilégiés par les startuppers français. En Asie, l'attractivité connaît plutôt une chute d'attractivité et, seuls Singapour et Hong Kong restent des lieux d'implantation pour les jeunes pousses françaises, respectivement à la 8e et 10e place du classement des villes où se concentrent les implantations.

 

« Ce sont plutôt des laboratoires pour permettent de tester le terrain sur les alentours. Hong Kong pour la Chine, Singapour pour le Japon. Mais l'Asie fait peur. On l'a vu récemment, le marché chinois est difficile à pénétrer. »

 

Un modèle pour les entreprises ?

Le développement à l'international n'est pas de tout repos. Principale limite : son coût, très élevé. Le budget moyen d'une implantation est de l'ordre de 500.000 euros. Aux Etats-Unis, un déploiement nécessite deux fois plus d'investissements qu'ailleurs dans le monde, soit 5 millions d'euros de levée de fonds contre 2,5 millions d'euros hors Etats-Unis. « C'est pourquoi, il est important de mettre en place des fonds d'investissement pour accompagner les entrepreneurs », rappelle André Lenquette.

 

« Reste que le message reste très positif après cette étude puisque l'on voit bien qu'aller chercher de la croissance à l'international, c'est possible, même quand on est une petite entreprise. »

 

Et Christophe Descos d'ajouter:

 

« Il y a en effet une dynamique en termes d'internationalisation. On voit une tendance à la multi-implantation plutôt qu'à l'exportation. Les startups et l'international, c'est concret. A elles seules, elles représentent 20% des projets de filiales à l'étranger. Elles peuvent incarner un modèle pour les entreprises : ces startups créent de l'emploi et de la croissance. »


(*) Etude Pramex-Banque Populaire réalisée sur une population de 1.919 entreprises représentatives d'un écosystème startup français comptant 9.400 startups et scale-up [une entreprise plus mature qu'une startup, Ndlr] d'après le dernier recensement réalisé par la French Tech

 

Audrey Fisne
Article paru dans La Tribune le 08/06/2017 

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