Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple
Collaboratif

L’open data, une invention de 1789

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CollaboratifL’open data, une invention de 1789

Notre déclaration universelle des droits de l’Homme avait-elle un coup d’avance sur l’accessibilité de la donnée publique ? Son article 15 prévoyait, dès 1789, que « la société ait le droit de demander compte à tout agent public de son administration ». Près de 200 ans plus tard, ce droit fondamental français trouve une nouvelle interprétation avec l’avènement du numérique, faisant de la mise à disposition publique des datas par les institutions de l’Etat, un enjeu démocratique et économique.

Qu’est-ce que l’open data ? Le site du gouvernement y consacre une page entière. « L'open data désigne l'effort que font les institutions, notamment gouvernementales, qui partagent les données dont elles disposent. Ce partage doit être gratuit, dans des formats ouverts, et permettre la réutilisation des données. La politique du Gouvernement s'appuie notamment sur le droit d'accès aux documents administratifs (loi Cada 1978), qui considère que les données produites ou détenues par les administrations, dans le cadre de leurs missions de service public, doivent être mises à disposition du public. »

Concrètement, cela a donné lieu, durant les cinq dernières années, à des initiatives comme la plateforme data.gouv.fr. Quels sont les contours des parcelles agricoles ? Combien dépensent votre collectivité ? Combien y-a-t-il de licenciés par fédération sportive ? Les réponses se trouvent dans les millions de data mises à disposition des citoyens, des producteurs de données, des réutilisateurs de données, des développeurs et des intégrateurs. Les objectifs ? Favoriser la vie démocratique, dynamyser l’innovation et rendre plus performant le fonctionnement de l’Etat.

Geste de transparence, l’open data a en effet initialement contribué à lutter contre le phénomène de défiance de la société civile à l’égard des pouvoirs publics. « Les données sur les budgets, la liste des comptes-rendus des conseils municipaux, toutes les données qui donnent à voir l’action du service public et à la comprendre, liste Claire Gallon, co-fondatrice de LiberTIC, sont un gage d’avancée dans le système démocratique ». La circulation, de plus en plus fluide, de la donnée publique, grâce à la digitalisation, encourage progressivement l’autonomie du citoyen et décloisonne le pouvoir.

 

« Bien informés, les hommes sont des citoyens ; mal informés, ils deviennent des sujets » Alfred Sauvy, démographe français du XXe siècle.

 

La donnée publique intéresse aussi les ONG, vigies de l’action des administrations, mais également les entreprises, qui créeront, à partir de son exploitation, de nouveaux servicecs.

 

Prochaine étape : l’ouverture des données de l’entreprise ?

Comme le souligne l'étude BVA pour Bluenove de 2011, l'essentiel du mouvement concerne le secteur public. Les acteurs privés s’y intéressent également. Les démarches d’open innovation qui fleurissent dans les entreprises françaises sont intimement liés à la mise à disposition des données leur appartenant, à l’attention du public. Mais comment faire en sorte que des entreprises, parfois concurrentes, acceptent de rendre publiques leurs données ? Et comment partager à l’externe des données qui ne sont accessibles que depuis une interface interne ?

 

« L’open data, c'est avant tout un état d'esprit », Isabelle Cambreleng, directrice des publications et des médias numériques du groupe La Poste

 

Des sociétés comme OpenDataSoft se positionnent, avec des solutions qui gèrent la publication des données, le partage et la réutilisation de données par les utilisateurs. Elles transforment les données en visualisations interactives prêtes à l’emploi. Finie l’exploration laborieuse des catalogues et des tableurs exhaustifs, place aux tableaux de bord ergonomiques, intuitifs, faciles à comprendre, pour tous ! L’opérateur de transport Star (Keolis), la SNCF, comme la Mairie de Paris sont quelques exemples français à suivre en la matière.
Cependant, les questions relatives à la propriété intellectuelle et à la sécurité des données restent encore en suspens, freinant le passage à l’open data pour certaines entreprises et donnant lieu parfois à de véritables bras de fer entre les pouvoirs publics et le privé. Isabelle Cambreleng, directrice des publications et des médias numériques du groupe La Poste, a choisi de voir, dans le partage, non pas un risque mais un levier d’innovation : « l'open data, c'est avant tout un état d'esprit ».

 

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