Comment vont les séries françaises ?
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Comment vont les séries françaises ?

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Télévision Comment vont les séries françaises ?

France Télévision a annoncé cette semaine qu’elle travaillait, avec sa filiale de production MFP, sur un feuilleton hebdomadaire à Montpellier. L’occasion pour #LetsgoFrance d’interroger Benjamin Fau, auteur du Dictionnaire des séries TV, sur le savoir-faire français en matières de séries TV.

Est-ce que les Français aiment les séries françaises ?

Benjamin Fau : Les Français ont toujours aimé les séries, françaises ou pas. Le genre est populaire. Dans les années 60 et 70, même si on l’a oublié, le feuilleton de 20h10 entre les informations et le film était une institution. Il y a eu des séries historiques de prestige, parfois issues d’adaptations littéraires, souvent de cape et d’épée, en prime-time aussi. Et même du fantastique : Belphégor a été un succès populaire sans précédent à la fin des années 60. Dans les années 90, les sagas de l’été ou les sitcoms AB Prod étaient très regardées.

Le public était là, mais les critiques et les diffuseurs traitaient les séries avec un certain mépris. Tout a changé avec Urgences : pour la première fois, une série - certes américaine-  battait le traditionnel film du dimanche soir. Ça ne rigolait plus du tout. Dans les années 2000, c’est le troisième âge d’or des séries américaines, et la France découvre les séries HBO, Six Feet Under, The Wire, Les Sopranos - et d’un coup il devient “légitime”, “acceptable” de parler de séries. Le regard sur les séries en général, pas forcément françaises, a changé. Canal + a lancé ses propres sitcoms après le succès de Friends, il y a eu H, par exemple. C’est en 2004-2005, avec Reporters et surtout Engrenages, que Canal +, et la France avec, ont passé un cap.

 


Comment sont perçues les séries françaises à l’étranger ?

B.F : Pendant très longtemps, elles n’ont que très peu existé. - ou presque pas. A part les Etats-Unis qui inondaient le monde entier de leurs productions, personne n’exportait de séries, l’Angleterre et l’Allemagne, à peine. On a commencé à exporter dans les années 90 : Le commissaire Maigret avec Bruno Cremer s’est bien vendu, de même que Sous le Soleil qui s’est arrachée comme des petits pains. Elle reste la série la mieux vendue à l’étranger. Plus récemment, ce sont les séries made in Canal + qui se sont fait remarquer : Engrenages a ouvert la voix, en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis, puis sont venues Braquo et les Revenants. Il y a aussi des séries France Télévision qui performent : Un Village Français, Fais pas ci fais pas ça. Depuis 10 ans, les acheteurs placent la France sur leurs cartes, que ce soit pour des droits de diffusion ou des droits d’adaptation.

Les coproductions existent également, et marchent plutôt bien, comme Le Transporteur : La Série ou Crossing Lines qui sont franco-américaines. Elles prouvent notre savoir-faire industriel en matière de tournage de fiction.
 

Selon vous, quels sont les points forts de l’écriture des séries françaises ?

B.F : Longtemps, nous avons été vraiment excellents pour les séries historiques et les adaptations littéraires issues du patrimoine. C’est parce que l’ORTF avait vraiment une vocation culturelle et qu’elle l’exerçait. Il y avait aussi un discours social, passionnant, dans les fictions des années 70, je pense au Pain Noir de Serge Moati par exemple. Dans les années 80, l’arrivée de la vidéo a conduit à la production de séries au kilomètre parce que ce n’était plus aussi cher, mais sans prendre le temps d’écrire et de répéter suffisamment. Il a fallu attendre que Canal + investisse énormément dans le développement de séries pour que cela change.

Nous poursuivons sur cette bonne voie car la profession accepte petit à petit de valoriser les scénaristes. Il faut comprendre que, même si la réalisation est importante, la série est l’art du récit, plus que celui de l’image. Et en France, culturellement, l’auteur d’une œuvre audiovisuelle est le réalisateur, pas le scénariste. Cela nous vient en partie de la Nouvelle Vague et de la “caméra-stylo”, sauf que tout le monde n’est pas Truffaut, Godard ou Rivette. Sans une bonne histoire, une série ne peut tout simplement pas exister. Nos scénaristes, en France, gagneraient à être mis sur le devant de la scène. C’est Fanny Herrero et son équipe de scénaristes qui ont fait le succès de Dix pour cent, diffusée l’été dernier sur France 2. Nous sommes en train de tourner une page et de rétablir le statut du scénariste. La Femis a par exemple créé il y a 5 ans le cursus “création séries tv” pour professionnaliser l’écrire créative.

 

 

Quel est votre top 3 des séries françaises ?

B.F : Un top est toujours en partie subjectif, alors je dirais Baron Noir, Un village français et Le bureau des légendes. Si on considère l’ensemble de l’histoire des séries françaises, ce serait Les Brigades du Tigre, Kaamelott et Baron Noir.

 


Benjamin Fau est l’auteur du Dictionnaire des séries TV, aux éditions Philippe Rey. Il est aussi membre, pour l’Express.fr, de l’Association des critiques de séries (ACS) qui a décerné, le 6 juin dernier à la Cinémathèque française, quelques prix.

Meilleure série : 10 pour cent, diffusée sur France 2

Meilleure scénariste : Fanny Herrero, pour 10 pour cent

Meilleure actrice : Camille Cottin, pour son interprétation d’Andrea Martel, dans 10 pour cent

Meilleur acteur : ex-aequo Jacques Bonnaffé, pour son interprétation de monseigneur Poileaux dans la saison 3 d’Ainsi soient-ils sur Arte et Kad Merad pour son interprétation du député Philippe Rickwaert, dans Baron noir, sur Canal +

Meilleur réalisateur : Fabrice Gobert, pour la saison 2 des Revenants, sur Canal +

Meilleur producteur : The Oligarchs Productions/Federation Entertainment, pour la saison 2 du Bureau des légendes, sur Canal +


Photo : © Canal + pour la série Baron Noir. 

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